Rudy Demotte tacle Bart De Wever: "Les mots sécurité et sociale sont indissociables"

"Je suis choqué par les propos tenus encore récemment et qui remettent en cause la sécurité sociale, notre cathédrale à nous"
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"Je suis choqué par les propos tenus encore récemment et qui remettent en cause la sécurité sociale, notre cathédrale à nous" - © JASPER JACOBS - BELGA

Le ministre-président du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, s'est exprimé dimanche contre une remise en cause des moyens financiers de la sécurité sociale, envisagée samedi comme la seule piste d'économies encore possible au niveau fédéral par le président de la N-VA, Bart De Wever.

Le président de la N-VA a indiqué samedi qu'il ne voyait la possibilité d'économies supplémentaires que dans le budget de la sécurité sociale, dans la mesure où cela n'est plus possible en ce qui concerne le fonctionnement de l'Etat, dont les dépenses vont augmenter en raison de la crise des réfugiés et de la menace terroriste.

Pour lui, le gouvernement fédéral se doit d'économiser et de réformer davantage sous peine de devenir un gouvernement de stagnation.

Lors de ses bons voeux, adressés dimanche à la population de Tournai, dont il est le bourgmestre empêché, Rudy Demotte s'est dit choqué des propos remettant en cause la sécurité sociale.

Il s'est aussi dit "très préoccupé qu'à la suite de mesures prises dans la rapidité, on ne fasse chavirer des combats séculaires qui ont établi les bases de la liberté et de la sécurité d'existence".

Certains attisent à dessein le feu de la lutte des classes

"Je suis choqué par les propos tenus encore récemment et qui remettent en cause la sécurité sociale, notre cathédrale à nous, partisans des démocraties sociales. Jamais, nous ne pouvons dissocier les deux mots: sécurité et sociale. J'ai le sentiment qu'à la manière dont les prises de position s'expriment, certains attisent à dessein le feu de la lutte des classes, des groupes ethniques. Pour nous, il n'est de meilleure sécurité que le partage entre forts et faibles, entre bien portants et malades, entre travailleurs et sans emploi", a encore précisé M. Demotte.

Plus largement, la séance des voeux de Rudy Demotte, tenue dimanche en fin de matinée dans les installations de la Halle-aux-Draps de Tournai, était placée sous le sceau de la démocratie, soumise à rude épreuve dans le contexte du climat de terreur des derniers mois.

"Il y a 53 ans, Martin Luther King avait un rêve. Même si ce rêve n'est toujours pas pleinement réalisé, il donne de l'espoir, l'envie de construire un monde meilleur. Aujourd'hui, je vous invite à cultiver l'espoir, de continuer à croire que ce monde meilleur est possible", a-t-il dit.

Céder, c'est finalement, leur donner raison

Rappelant que les valeurs d'antan portées sur la générosité, l'ouverture aux autres et le vivre ensemble avaient été totalement battues en brèche au profit de discours simplistes, blessants et haineux, M. Demotte a ajouté que les fanatiques, les extrémistes et les terroristes avaient tous un but en commun, à savoir la destruction de ces valeurs.

Pour lui, "céder, ne serait-ce qu'un millimètre, à leur haine en répondant par des mesures qui rongent nos valeurs, c'est finalement, leur donner raison".

Il a enfin dit refuser "un monde où la fraternité se ratatine sur le groupe, ethnique, culturel ou religieux".

Paul Magnette temporise

De son côté, son alter-ego wallon, le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) estime que la culture et l'enseignement pourraient être un jour régionalisés, mais il est opposé à l'idée de l'envisager actuellement car cela ne pourrait se faire sans une réforme de l'Etat, à laquelle il est opposé, ressort-il de ses propos tenus dimanche au cours de l'émission "L'invité" sur RTL-TVi.

"Comme le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, je suis régionaliste... je pense qu'il est convaincu comme moi que le pôle des matières est dans les Régions. L'Enseignement et la Culture seront-elles régionalisées? Un jour, sans doute, mais aujourd'hui, je suis contre, car demander une réforme de l'Etat, c'est se jeter dans la gueule du loup N-VA", a commenté Paul Magnette, interrogé sur le positionnement de quelques personnalités de son parti dans ce débat institutionnel.

Le ministre-président a précisé que plusieurs ajustements pouvaient toutefois être opérés dans le fonctionnement des institutions régionales et communautaires francophones sans passer par une réforme de l'Etat.

"C'est moins cher via les syndicats et les mutuelles que via les pouvoirs publics"

Le président du CD&V Wouter Beke ne pense pas que l'on puisse aisément faire des économies dans la sécurité sociale, comme le souhaite le président de la N-VA Bart De Wever. Interrogé par VTM dimanche, il a ajouté que le travail effectué par les mutuelles et des organisations syndicales dans le paiement des indemnités coûtait moins cher que s'il était effectué par les pouvoirs publics.

Le chef de file du CD&V n'a pas caché son irritation face aux propos de Bart De Wever. "On ne doit pas oublier qu'en matière de sécurité sociale, il s'agit des gens".

Actuellement, les syndicats et les mutuelles sont chargées du paiement d'une grande partie des indemnités de chômage et de l'assurance-maladie. Selon Wouter Beke, si l'état doit assurer ce service, "cela coûte deux fois plus cher". Les organisations sociales et celles des classes moyennes font ce travail à bien meilleur marché et de manière plus efficace.

"Un parti qui dit d'un côté 'nous voulons privatiser, les pouvoirs publics doivent dégraisser', et qui va dire d'un autre, que les pouvoirs publics devraient effectuer cette mission alors qu'il y en a d'autres qui le font mieux, plus efficacement, et surtout à meilleur compte, je ne le comprend pas", a encore dit Wouter Beke.

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