Rudi Vervoort: "A nous de faire en sorte que l'intégration soit un succès"

Rudi Vervoort dans Matin première
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C’est ce mardi que Rudi Vervoort succède à Charles Picqué à la tête du gouvernement de la région bruxelloise. Le nouveau ministre-président de la région capitale était au micro de Bertrand Henne dans Matin première pour évoquer les défis qui l’attendent, notamment celui de la démographie, et exposer son projet politique.

Qu’est-ce qui va changer à Bruxelles sous Rudi Vervoort ? "Mon objectif n’est pas de changer Bruxelles pour changer Bruxelles mais de baliser ce qui me semble être la meilleure voie à suivre". Le ton est donné, succédant à Charles Picqué, Rudi Vervoort devra imposer son cap à partir de l'héritage de celui qui l'a précédé pendant près de deux décennies à la tête de la région à l'iris.

Et cette voie, c’est avant tout à travers le "sentiment bruxellois" qu’il compte la tracer. Selon celui qui est encore le bourgmestre d’Evere, le tout est de savoir comment, à partir de ce sentiment, faire émerger un projet qui soit "positif pour la Belgique de demain", en bonne collaboration avec les deux autres régions mais tout en faisant bénéficier Bruxelles de la "plus-value" qu’elle constitue pour le pays.

L'institutionnel? "Ce qui m’importe, c’est que cela fonctionne"

Cependant, en ce qui concerne la tuyauterie institutionnelle, l’homme reste prudent et n’abat pas ses cartes, se contentant de préciser qu’il n’est pas "obsédé" par les institutions. "Ce qui m’importe, c’est que cela fonctionne", se limite-t-il à dire.

"Je ne suis pas partisan de la régionalisation de l’enseignement", répond-il toutefois lorsqu’on l’interroge sur ce dossier en particulier. Se voulant pragmatique, Rudi Vervoort pointe le fait que "ce qui bloque l’accès à l’emploi à Bruxelles", c’est la connaissance d’une deuxième et troisième langue. "A Bruxelles, l’enseignement se doit de former des élèves bilingues", martèle-t-il. Mais on n’en saura pas plus sur la manière dont il compte s’y prendre pour faire aboutir cet objectif si ce n’est, en portant "plus haut la voix des Bruxellois au sein de la fédération Wallonie-Bruxelles (qui a la compétence de l’enseignement francophone à Bruxelles, ndlr)".

Défi démographique

Le défi démographique est-il possible à relever pour Bruxelles, sachant que la capitale devrait voir sa population croître de 150 000 à 160 000 unités en dix ans ? "Tout cela nécessitera évidemment un investissement des communautés" flamandes et francophones pour ce qui concerne leurs zones de compétences (accueil de la petite enfance, enseignement…). Il faudra également "hiérarchiser les priorités" dans les matières régionales: logement, emplois, transports...

"Les défis sont là, on le sait, nous avons la capacité de les rencontrer. Les grands dossiers de développement urbain, ils existent, il importe maintenant de les finaliser et de tracer le calendrier de réalisation", tient à rassurer celui qui avait déjà succédé à Philippe Moureaux à la vice-présidence du PS.

Mais pas question de limiter les naissances pour ralentir la croissance démographique, comme avait pu le suggérer jadis le bourgmestre socialiste de Bruxelles, Freddy Thielemans. "Il faut laisser les citoyens vivre leur vie avec toute la liberté qui s'impose", commente l'invité de Bertrand Henne à ce sujet.

"Pour connaître, il faut vivre l'ensemble de ses quartiers"

Le nouveau ministre-président est favorable à un "parcours d’intégration obligatoire" pour les primo-arrivants à Bruxelles. "Si on veut réussir le concept même de parcours d’intégration, il faut à tout le moins que l’amorce se fasse de manière obligatoire" mais c’est "à nous à faire en sorte que l’intégration soit un succès". "Nous devons faire en sorte de maintenir la cohésion bruxelloise qui existe" malgré l'immense diversité de la population de la ville (une étude citée par Le Soir parle d’une population issue à plus de 75% de l’immigration).

Cette idée de parcours obligatoire, portée par les libéraux, signifie-t-elle que le MR a raison lorsqu’il estime, à l’instar de Didier Reynders, que l’intégration est un échec à Bruxelles?

"Ce sont des slogans", estime l’élu socialiste. Si réellement l’intégration était un échec, "Bruxelles serait une ville de grands troubles sociaux, de confrontation permanente, or ce n’est pas le cas, du moins ce n'est pas la perception que j'ai de Bruxelles".

"Mais pour connaître Bruxelles, il faut évidemment vivre l’ensemble de ses quartiers pour se rendre compte de cette richesse", lance-t-il en guise de pique à l’intention de Didier Reynders, ex-élu liégeois récemment arrivé dans la capitale où il réside dans la commune huppée de Uccle.

Pour autant, il ne faut pas "nier les problèmes". Comme toute grande ville, "Bruxelles est un espace extraordinaire de liberté. Et qui dit liberté dit parfois, à la marge, danger. Mais là, il est de notre responsabilité d’assurer la sécurité des Bruxellois".

Péage urbain? "Il faut un accord entre les entités"

Dès l'annonce de sa future arrivée à la tête du gouvernement bruxellois, Rudi Vervoort avait fait part de son intention de relancer l'idée d'un péage urbain à l'entrée de Bruxelles. Une façon de faire contribuer les navetteurs aux coûts qu'ils engendrent et également de décourager l'entrée de véhicules dans la ville, avancent les partisans d'une telle mesure. Mais l'invité de Matin première s'est montré extrêmement prudent à cet égard également ce mardi.

"Moi ce que je veux pousser, c’est l'élaboration d’un grand plan régional de mobilité", a-t-il simplement préciser. Un plan dans lequel où la hiérarchie des niveaux de pouvoir est claire, selon lui: la région doit définir les grandes lignes et les communes être en charge de la mise en œuvre. Un plan qui suppose aussi un dialogue avec les deux autres régions et l’Etat fédéral (en charge de la SNCB, ndlr), ajoute-t-il. Dans ce cadre, le péage urbain "nécessite un accord entre les entités", se contente d'avancer Rudi Vervoort.

Julien Vlassenbroek

   

 

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