Rouvrir les commerces avant d'autoriser les retrouvailles en famille: le débat politique fait rage

Pourra-t-on revoir ses parents, ses enfants, son copain ou sa petite copine au détour d’un rayon d’un magasin de vêtements, dans un centre commercial de Bruxelles, Liège ou Anvers ? Oui ! C’est ce qu’a déclaré le Vice-Premier ministre Open VLD Alexander De Croo chez nos confrères de VTM. Avec une condition, ajoute le ministre : "Probablement que cela pourra se faire mais peut-être avec un masque."

Le propos prononcé sur le ton de "la boutade" selon Alexandre De Croo fait réagir : la réouverture de tous les commerces (hors horeca) se fera dès le lundi, 11 mai, soit dans deux semaines (sauf changement et évolution incontrôlée de l’épidémie de coronavirus en Belgique) alors que le retour partiel des Belges à une vie sociale (réunions privées à domicile) n’est lui prévu que le lundi 18 mai. Ce sont les phases 1B et 2 du plan de déconfinement du Conseil national de Sécurité.

Incompréhensible

Le commerce, le business, l’économie avant la possibilité pour la plupart des familles, séparées depuis la mi-mars, d’enfin se retrouver : c’est ce qui a été privilégié regrettent certains. Ecolo et le cdH se sont exprimés à ce sujet.

Pour les Verts, "il est incompréhensible que le plan de déconfinement prévoie d’autoriser la réouverture des commerces sans permettre préalablement les retrouvailles familiales en cercle restreint." Pour le député fédéral Georges Dallemagne du cdH, "il a manqué un cdH (NDLR : le parti humaniste) autour de la table".

La déclaration d’Alexandre De Croo est venue ajouter de la confusion dans ce débat. Pour Raoul Hedebouw, du PTB, formation d’extrême gauche anti-capitaliste, c’est un non-sens. "Les gens d’abord, pas le profit", écrit le député.

D’autres commentaires sur Twitter ne font plus sarcastiques et dénoncent "l’absurdité" des propos d’Alexandre De Croo. D’autant que certains articles de presse ont raccourci en titraille le propos du libéral flamand, mettant dans sa bouche le nom d’une grande enseigne, en l’occurrence Hema, où des rencontres familiales seraient possibles. Mais à l’origine, c’est la journaliste de VTM qui cite les exemples d’Hema et Zara dans sa question au ministre. La déclaration passe mal, de toute manière. C’est un faux pas, jugent d'aucuns.

 

Ce dimanche soir, Alexandre De Croo qui regrette de ne pas avoir été contacté explique que les réactions se basent sur un article du Laatste Nieuws et une dépêche d'agence erronés. "Sur VTM, je réponds à la question de la journaliste qui disait que c'était déjà tellement difficile de se voir en famille. J'ai répondu par une boutade. Mais la nuance et le contexte n'ont pas du tout été compris. Je n'ai évidemment pas dit qu'il fallait faire du "social shopping". Côté flamand, cela a été compris, l'article de presse erroné a même été corrigé. Dans la partie francophone du pays, je constate avec étonnement que cela a été perçu différemment." Le ministre se montre particulièrement agacé.

Limiter l’accès pour éviter les effets de foule

C’est clair : pour Comeos, la Fédération du commerce et des services, la réouverture des boutiques constitue une bouffe d’oxygène pour plusieurs secteurs, notamment de l’habillement. Les grandes chaînes comme les plus petites enseignes pourront à nouveau proposer leurs collections de pulls, robes ou encore chaussures à la vente.

Des règles de distanciation sociale seront mises en place, après concertations avec les secteurs et les partenaires sociaux. Il faudra veiller à l’organisation du travail, l’accueil des clients mais surtout "la limitation de l’accès aux commerces pour éviter les effets de foule", comme l’a expliqué la Première ministre Sophie Wilmès (MR), lors de sa conférence de presse vendredi.

En pratique, dès le 4 mai, rien n’empêche des membres d’une famille séparés depuis plus d’un mois de se retrouver dans un shopping ou une rue commerçante. A vrai dire, cela était déjà possible dans les grandes surfaces qui n’ont jamais fermé au cours de cette crise, tout en respectant la distanciation sociale. Mais clairement, d’ici au 18 mai, impossible de partager un repas avec son frère, ses neveux ou sa tante, dans un lieu privé et encore moins à l’extérieur : la réouverture des restaurants n’est pas prévue avant le 8 juin (phase 3).

On a craint également avec la réouverture récente des drives des chaînes de fast-food une rupture des règles de confinement et des retrouvailles. Concrètement : profiter de la cohue des premiers jours pour passer de sa voiture à celle d’une connaissance et ainsi renouer un lien plus physique.

Pas de shopping social

En tout cas, ce dimanche dès la mi-journée, à la VRT, le ministre Alexandre De Croo était déjà venu précisé ses propos tenus sur le plateau du JT de VTM. "Si les magasins rouvrent le 11 mai, cela se fera dans des conditions très strictes", a insisté le vice-Premier ministre De Croo. "Tout comme nous établissons des protocoles pour les entreprises, nous ferons de même pour les magasins. Il y aura des accords clairs : c’est comme ça. Ce ne sera clairement pas du "social shopping" avec des amis ou des amies."

Mais qui pour faire respecter cela ? Pour Erika Vlieghe, présidente du groupe de travail chargée de définir la stratégie de déconfinement, qui s’exprimait ce dimanche également sur la VRT, "en tant que médecin, notre cauchemar serait une rue Neuve bondée ou des foules devant les magasins" avec le risque de voir le nombre de contaminations reparti en flèche. Toute la stratégie de lutte contre l’épidémie mise en place depuis la mi-mars serait réduite à néant. "En collaboration avec les bourgmestres et la police, des accords seront conclus sur la gestion des foules afin de ne pas réunir trop de monde".

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