Taxe kilométrique: les barrages routiers levés par la police sur ordre du gouvernement

Aussitôt dit, aussitôt fait : le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a annoncé la levée des barrages des routiers en colère pour 16 heures ce mercredi lors d'une conférence de presse au Centre de crise du SPF Intérieur et vers 20 heures, c'était chose faite sans devoir employer les grands moyens. 

"Actions sauvages"

La phase fédérale de gestion de crise a été activée, a précisé le ministre, à la demande des gouverneurs. "Si les injonctions ne suffisent pas, la police fédérale utilisera la contrainte pour lever les barrages des transporteurs".

Tout en spécifiant qu'il appartient au gouvernement wallon de commenter le mouvement de grogne des camionneurs, Jan Jambon a qualifié les blocages d'"actions sauvages, inacceptables et intolérables au vu des problèmes d'approvisionnement qu'elles causent, notamment pour les services de secours et des collectivités sensibles comme des hôpitaux ou des maisons de soins".

Une réunion avait été prévue le 14 avril entre le secteur du transport et le gouvernement wallon, a rappelé le ministre de l'Intérieur. "D'ici là, le secteur avait convenu de n'entreprendre aucune action."

La police intervient en quatre étapes, a expliqué le porte-parole de la police fédérale: injonction, retrait de permis, dépannage du camion et enfin, saisie du camion.

Le gouverneur de la province de Namur, Denis Mathen, a précisé, au nom de tous les gouverneurs de province, qu'ils ont dû faire appel au fédéral après de vaines tentatives de faire lever les barrages. Selon lui, même la demande de laisser libre la bande d'arrêt d'urgence pour faire passer les services de sécurité n'était pas respectée. En outre, les hôpitaux et services de secours commençaient à ressentir les difficultés d'approvisionnement. Il fallait donc agir, affirme-t-il.

Nous avons lancé un ultimatum aux camionneurs

"Nous avons lancé un ultimatum aux camionneurs: soit ils dégageaient dans la demi-heure, soit nous les dégagions de force", a précisé le gouverneur du Hainaut Tommy Leclercq.

Le gouverneur du Hainaut annonce la fin des barrages

Le gouverneur du Hainaut a annoncé via Facebook en début de soirée la fin des opérations en Hainaut. "Comme annoncé, nous sommes intervenus fermement mercredi vers 16 heures et les barrages routiers n'en sont plus", a indiqué Tommy Leclercq. "Quatre lieux ont été ciblés: le zoning de Orcq à Tournai, l'A8 au niveau de Froyennes, soit 180 camions à l'arrêt depuis 72 heures, l'aéroport de Bruxelles-Sud/Charleroi et le zoning de Feluy."

"Je ne pouvais accepter, alors que je suis investi de l'attractivité du territoire et du maintien de l'ordre en Hainaut, qu'une poignée de personnes non mandatées paralysent les outils les plus importants de la région en termes d'économie, d'emploi et de vitalité."

Les barrages routiers levés sans heurt ailleurs aussi en Wallonie

Le barrage mis en place sur l'E411 à hauteur de Habay-la-Neuve, près d'Arlon, a été levé, de même que ceux mis en place au niveau de l'échangeur E25/N4 près de Bastogne et au niveau du zoning Aldi, selon la zone de police Centre-Ardenne. "Les meneurs du barrage ont été informés de la situation, que s'ils n'obtempéraient pas, des actions plus rudes seraient menées", confie ainsi un commissaire de cette zone. La police signale également une arrestation administrative, celle d'un chauffeur qui a voulu forcer un barrage, avant de revenir à la raison.

Les barrages dressés à Marche et au carrefour de la N89/N83 près de la frontière française ont été levés mercredi en fin d'après-midi, confirment les zones de police concernées.

"En négociant, nous sommes parvenus à faire lever le barrage au carrefour de la N89/route de Florenville", explique le chef de corps de la police Semois-et-Lesse, Vincent Léonard.

A la suite de l'ouverture des différents barrages à travers le pays, plus de 800 camions se sont agglutinés en amont du barrage, rapporte la police. Les barrages encerclant Marche, sur la N63, la N4 et au niveau du rond-point du WEX, ont également été levés en fin d'après-midi.

En province de Liège, le barrage de Sclessin a lui aussi été levé. Le port pétrolier de Wandre a, de son côté, été libéré en fin d'après-midi après qu'un juge du tribunal de première instance de Liège eut ordonné une astreinte de 5000 euros par heure et par chauffeur si les camionneurs n'en quittaient pas l'entrée, à la suite d'une demande de Total.

Une ordonnance semblable a été obtenue pour la raffinerie de Feluy (Hainaut) mais n'a pas (encore) dû être appliquée, un accord ayant été trouvé avec les camionneurs pour sortir un certain nombre de camions par heure. La raffinerie devrait toutefois être libérée également à la suite de l'ordre donné à la police de lever l'ensemble des barrages.

Ci-dessous, les images de la police qui arrive au barrage de Habay:

Six jours de blocages

Depuis vendredi, les transporteurs routiers mènent des actions, barrages filtrants et bloquants, pour protester contre l'entrée en vigueur de la taxe kilométrique. Ces actions ont eu de nombreuses conséquences, notamment pénuries de carburant dans certaines stations-service, non-approvisionnement de certains magasins, etc.

Aucune autre action des chauffeurs routiers n'est plus prévue, mais des actions surprises ne sont toutefois pas à exclure.

"Seules les autorités fédérales prennent leurs responsabilités", dénonce Comeos

Comeos, la fédération du commerce et des services, se félicite du fait que les autorités fédérales vont intervenir pour mettre un terme aux blocages des camionneurs. Elle estime que les pertes pour le commerce s'élèvent à des dizaines de millions d'euros.

"Il revient aux autorités locales d'intervenir lorsqu'il y a des troubles de l'ordre public", souligne Dominique Michel, CEO de Comeos. "Nous avons eu d'innombrables contacts, notamment avec les bourgmestres et gouverneurs, et avons tout mis en oeuvre pour les convaincre de faire lever les barrages - en vain. Ce n'est que lorsque les commerçants possédaient un mandat du tribunal que les bourgmestres ont demandé à la police d'intervenir. Ceci dépasse l'entendement: les blocages constituaient en effet une violation manifeste de la loi."

Comeos se félicite de l'intervention de Jan Jambon, ministre de l'Intérieur, qui a ordonné de lever les barrages.

"Les pertes financières subies par le commerce se chiffrent à plusieurs dizaines de millions d'euros. Le gaspillage alimentaire est également considérable: il s'agit de centaines de tonnes d'aliments frais qui ne sont plus consommables", explique encore Dominique Michel.

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