Robert Vertenueil (FGTB): "Kris Peeters doit œuvrer à la concertation sociale et pas mettre le bordel"

Invité de Matin Première, Robert Vertenueil, le président de la FGTB a fait le point, à l’aube de la journée de mobilisation dans le cadre de la grève nationale ce mercredi. Qu’attendent concrètement les travailleurs et qui est responsable de la rupture des négociations dans le cadre de l’accord interprofessionnel ? Le représentant des travailleurs a son idée bien arrêtée, il pointe les représentants du patronat, les politiques et plus directement le ministre de l’Economie, Kris Peeters.

Ce mercredi est marqué par une grève nationale au lourd impact : transports en commun perturbés, aéroports désertés ou simplement fermés ou encore administrations au ralenti. Que cherchent au juste les travailleurs qui ont décidé de lever le pied ? « Ce que nous cherchons c’est de dire aux employeurs, quels qu’ils soient : "Il y en a marre que vous gardiez tout le pognon que l’on gagne dans votre poche, il va falloir en donner une partie aux travailleurs" ! », répond le président de la FGTB.

L’objectif poursuivi est donc bel et bien de secouer les employeurs suite au blocage des négociations de l’accord interprofessionnel 2019-2020 sur la hausse des salaires. « Il faudra que les employeurs acceptent le message martèle Robert Vertenueil. Ils prétendent que la porte est ouverte, moi j’attends une invitation et quand j’irai autour de la table, j’espère qu’ils auront compris le message ». Car selon le syndicaliste, les travailleurs sont le premier rouage de l’économie belge : « Sans les travailleurs, il n’y a pas d’économie qui tourne, c’est ça la démonstration d’aujourd’hui. Il faut que ces travailleurs reçoivent leur juste prix. Si les employeurs n’entendent pas le message, nous en tirerons aussi les conclusions. »

Un acte 2 de la grève nationale est possible

Avec la fermeture de l’aéroport de Charleroi mais aussi la mise à mal des services de Brussels Airport, cette grève aura un lourd impact économique, qui pourrait à son tour se répercuter sur les travailleurs. « Il ne va pas impacter les travailleurs puisqu’on ne veut pas leur donner quelque chose », rappelle Robert Vertenueil.

« On a distribué 12,5 milliards de dividendes en 2017. Cela fait un pourcentage largement supérieur au 0,8 que l’on veut aujourd’hui concéder aux travailleurs. Je demande que les travailleurs qui produisent l’économie, qui permettent de créer les richesses, puissent avoir leur juste part. Leur donner aujourd’hui 0,8 ce n’est pas leur donner leur juste part », s’indigne le président de la FGTB.

Si l’appel n’est pas entendu, devons-nous nous attendre à de nouvelles actions de mobilisations et, dans le cas extrême, une nouvelle grève ? « Nous sommes toujours prêts à mobiliser les travailleurs quand on ne veut pas négocier sérieusement avec nous », répond-il.

D’autant que le « patron des patrons », Pieter Timmermans (FEB) confie ce mercredi dans le quotidien La Libre : « Y a-t-il plus social que de créer de l’emploi ? » Il rappelle par ailleurs que 200.000 postes ont été générés en quatre ans. Des déclarations qui font réagir le représentant des travailleurs de la FGTB. Ce qu’il faut, selon lui, c’est « créer des emplois qui sont suffisamment rémunérés et qui permettent des conditions de travail décentes ». Une bonne partie des emplois qui ont été créés ne répondent pas à ces critères aux yeux de la FGTB.

D’autant qu’aujourd’hui, la mobilisation ne s’arrête plus aux simples grèves : les jeunes s’engagent pour le climat, les citoyens enfilent leurs gilets jaunes et bloquent les routes pour se faire entendre, les façons de se mobiliser sont donc multiples. « Il y a aujourd’hui une autre forme de mobilisation des citoyens », constate le syndicaliste. « Dans une démocratie, il y a d’autres moyens de mobilisation que la mobilisation syndicale et les citoyens en usent quand ils jugent nécessaire de le faire. »

« Que Kris Peeters fasse son travail de ministre de l’Emploi »

Dans cet entretien, Robert Vertenueil pointe aussi la responsabilité du gouvernement, notamment en cas d’échec des négociations entre partenaires sociaux. « La loi prévoit que nous devons négocier entre partenaires sociaux. Si on peut, on continuera mais si on n’y arrive pas, le gouvernement doit prendre la main et enfin décider. » Une demande d’engagement formelle, donc. « Si on n’avait pas eu la manipulation de la loi qui est intervenue en 2016 par le gouvernement Michel, nous aurions devant nous une marge de 1,8 », rappelle-t-il aussi.

Dans le gouvernement, Kris Peeters, ministre de l’Emploi, a déclaré dimanche 10 février que « la grève […] est un échec de la concertation sociale, mais les syndicats ont quitté la table des négociations trop vite ». « J’ai discuté mardi avec les employés et les employeurs en présence du Premier ministre. J’ai appris à cette occasion qu’il y a encore des possibilités. J’espère que la concertation à partir du 14 février disposera à nouveau de toutes ses chances », avait-il ajouté.

Le ministre CD&V avait ajouté qu’il était important de trouver une issue à la concertation afin que le gouvernement, en affaire courante, devrait trancher, sans garantie d’obtenir le soutien des parlementaires, ce qui laisserait le champ libre à la prise de pouvoir de la N-VA et mettrait à mal la concertation fédérale tout entière. « M. Peeters a un problème avec les nationalistes flamands, c’est évident. Mais qu’il fasse son travail de Ministre de l’emploi », insiste Robert Vertenueil.

Le ministre a& aussi rappelé qu'un échec de concertation pourrait impacter la sécurité sociale. Ces allégations font bondir le président de la FGTB qui conclut : « Un ministre de l’emploi fédéral doit œuvrer à la concertation et ne pas mettre le bordel. »

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