Robert Vertenueil à "Jeudi en Prime" : "Notre sécurité sociale est en danger"

Dans la foulée du Journal Télévisé sur la Une Télé, c’est le président de la FGTB Robert Vertenueil qui était l’invité de "jeudi en Prime". Une interview sur fond de grève de 24 heures du côté des Chemins de fer, illustration selon le syndicaliste socialiste de ce climat où "la politique a tendance à vouloir enterrer les services publics. Des services publics victimes des gouvernements successifs, avec à la clé une série de restrictions budgétaires. Or quand le service public est victime, en bout de course ce sont bien les citoyens qui risquent d’être victimes. Et ici il est question avec le rail de sécurité, de qualité et d’accessibilité du service".

La grève du rail

Robert Vertenueil qui a déploré l’application ce jour de grève du "service minimum garanti" à la SNCB, avec du coup une grève moins "perceptible". Pour le leader de la FGTB, "la mesure, prise par le gouvernement Michel, n’a pas visé à assurer un service minimum au citoyen mais bien avant tout à casser le droit de grève. A cause des conditions désormais posées pour pouvoir faire grève, bon nombre de cheminots n’ont pas pu la faire. C’est une atteinte réelle au droit de grève". Et de rappeler que la CGSP a d’ailleurs introduit un recours et entend encore contester ce "service minimum" en justice.

"Complet occultisme" au fédéral

Concernant l’actualité politique la plus immédiate, à commencer par les essais de formation d’un prochain gouvernement fédéral, on savait que la FGTB tenait à l'oeil les politiques à la manœuvre. Et bien, Robert Vertenueil se dit inquiet. Inquiet d’abord du retour à la confidentialité sur les discussions en cours. Visiblement il préférait bien la période de l’informateur PS Paul Magnette ! "Nous ne savons plus rien depuis que le nouveau duo d’informateurs MR-CD & V (Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens) a été nommé. On ne sait plus rien des discussions actuelles ; c’est un changement après la période de transparence de Paul Magnette ; on en est revenu à un complet occultisme. Je peux admettre qu’il faut de la discrétion pour négocier, mais tout de même. J’ai l’impression que l’on retombe dans un 'pot au pot' politique : choisir et chercher qui aura-t-on autour de la table plutôt que de travailler sur le programme et le fond du problème : à savoir tenir compte du message de l’électeur […] qui surtout ne veut plus d’un gouvernement De Wever-Michel".

Pas question pour la FGTB de valider – ce que propose notamment la FEB, le patronat – à savoir, faut d’avancées dans les négociations fédérales, la constitution d’un gouvernement "intérimaire" : pour Robert Vertenueil, "ce serait tout sauf démocratique. Puisque ce n’est pas ce qu’a demandé l’électeur. Et pire ce serait la démonstration par l’absurde que les élections sont inutiles. En démocratie, c’est grave de jouer avec ce type de propositions".

Et faute de gouvernement fédéral actuel de plein exercice, la FGTB en quelque sorte "ronge son frein". Pas d’actions prévues dans l’immédiat même si tout ne plaît pas toujours dans la politique actuellement menée. "Nous attendons le prochain gouvernement. Et son programme. Alors ce qui ne nous plaira pas sera dénoncé". Pas d’actions donc à redouter a priori en janvier alors que dans la presse quotidienne il y a une semaine il ne l'excluait pas ? "Non, cela me semble un peu court, janvier, pour dénoncer un gouvernement que l’on ne connaîtrait pas. On attend. Ensuite on jugera".

Un grand sujet de débat : la Sécurité sociale

La FGTB a toujours notamment dans son viseur la réforme du gouvernement sortant et de son ministre des Pensions le MR Daniel Bacquelaine qui a conduit à un relèvement progressif de l’âge de l’accès à la pension (65 ans en 2025, 67 à l’horizon 2030). "Nous voulons toujours le retour du droit à la pension légale à 65 ans. Et cela doit être inclus dans un débat global, portant également sur les conditions de travail, les fins de carrière, le financement des pensions, les conditions d’accès. Il faut remettre ce dossier à plat".

La FGTB qui entend lancer un vaste chantier de réflexions – et peut-être là, plus tard, des actions – autour de la Sécurité sociale, dont notre système va fêter prochainement (le 28 décembre) ses 75 ans. Une Sécurité sociale que le président de la FGTB estime "en danger" pour cause de sous-financement progressif. Pour lui, elle est pourtant "le meilleur outil pour lutter contre la pauvreté en Belgique. Sans elle, le taux de pauvreté atteindrait chez nous les 40%, nous en sommes aujourd’hui avec elle à 15-16%, ce qui est déjà trop. C’est donc bien un outil efficace mais qui n’a pas aujourd’hui les moyens suffisants notamment pour arriver au bout de cette pauvreté. Elle est en danger oui, car la couverture sociale qu’elle offre à chacun est en train de diminuer, car on est en train de la priver de ses sources de financements".

Robert Vertenueil plaide dès lors un débat global, ouvert et serein, sur "les politiques menées récemment de réduction des cotisations sociales, ces salaires qui éludent les cotisations - et d’épingler les mesures de soutien, par exemple, au 1er emploi, qui coûterait 1 milliard à l’horizon 2024 -, il faut un débat serein et sérieux. Ces politiques sont-elles efficaces ? Personnellement, j’ai des doutes. Débat sur l’ampleur avec laquelle ces mesures la privent de revenus. Je n’ai pas dit qu’il fallait toutes les supprimer, mais cela vaut débat et inventaire". Et de plaider au final sur de possibles nouvelles sources de financement. Et là, la FGTB vient avec sa "petite" dernière idée en date : "la cotisation générale globale", sorte de nouvelle cotisation spéciale de solidarité au profit de la Sécurité sociale, dans la lignée en quelque sorte du Pacte social de Solidarité de décembre 1944 à la fin de la guerre. Ce qui ne manquera pas de faire l’objet de nombreux autres débats…

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