"Rien que pour Bruxelles, il faudrait 70 écoles supplémentaires dans les 10 ans"

Les inscriptions débutent ce lundi matin dans l'enseignement secondaire. Et, à travers le décret qui les régit, l'objectif est toujours le même : favoriser la mixité scolaire. Un décret qui "fonctionne" quand il s'agit de départager objectivement en cas de trop-plein dans un établissement, mais qui, à Bruxelles, n'a pas été accompagné des places et des moyens nécessaires pour répondre au "défi démographique". La solution "fonds PPT" présentée par la ministre de l'Éducation il y a dix jours ne suffira pas.

C'est en tout cas l'avis d'Étienne Michel, directeur général du SeGEC, le Secrétariat général de l'enseignement catholique (réseau qui représente environ la moitié des inscrits en secondaire), qui était ce lundi l'invité de Matin Première.

"Ce décret exerce véritablement sa fonction là où il y a un excès de la demande d'inscriptions par rapport à l'offre de places disponibles. Et dans ce cas-là, le décret prévoit des critères pour pouvoir départager les candidats quand ils sont plusieurs pour une seule place", indique-t-il.

Certains de ces critères sont socio-économiques, d'autres sont purement géographiques. Ils ont le mérite d'être "objectifs", mais, si les premiers servent le principe de mixité sociale, les seconds vont à son encontre, juge Étienne Michel. "Il n'y a, au fond, pas de mixité sociale inscrite dans les territoires, dans les quartiers."

Avec ou sans mixité sociale, les inscriptions affichent quoi qu'il en soit un bilan plutôt positif : 90% des élèves se retrouvent dans l'école qui avait leur premier choix.

Revoir une énième fois ce décret ? Peut-être bien que oui

Mais là aussi, avec ou sans résultat positif, la ministre francophone de l'Éducation Joëlle Milquet (cdH) a promis de revoir – une énième fois – ce décret. Elle veut qu'il tienne davantage en compte le critère pédagogique.

Un critère bien moins objectif. Mais qui n'est pas neuf, pour le directeur général du SeGEC. C'est même déjà ce critère-là qui prévaut : "C'est en réalité le principe de base d'un élève que de choisir l'école qui correspond le mieux au projet pédagogique des parents. C'est le critère de base, celui qui est inscrit dans la Constitution. Les autres critères, notamment géographiques, ont été ajoutés par la suite, parce que ce seul critère pédagogique ne suffisait plus pour départager les élèves".

Dans l'opposition en Fédération Wallonie-Bruxelles, le MR veut aller jusqu'à abroger le décret. Le SeGEC n'est pas de cet avis. Il s'agit de l'améliorer et de l'accompagner de places supplémentaires.

Car le problème se situe à Bruxelles "qui se retrouve face à un choc démographique considérable", explique Étienne Michelle. "S'il y a des tensions sur les inscriptions à Bruxelles, c'est parce qu'on n'a pas créé suffisamment de places, et des places qui répondaient suffisamment aux attentes des parents au cours de ces dernières années."

"Le message central est qu'il faut continuer à s'attaquer à ce défi démographique avec des moyens à la hauteur de ce défi."

"Ces écoles ne sont pas là, il faut se donner les moyens de les faire apparaître"

Et ces moyens seraient-ils arrivés ? Ils ont été annoncés : 35 500 nouvelles places d'ici 2020. C'est du moins ce que promet, ou espère, Joëlle Milquet en débloquant l'utilisation des fonds PPT (Programme prioritaire pour travaux) pour la création de classes, impossible jusqu'alors.

Une décision "utile", répond un Étienne Michel néanmoins perplexe face au chiffre avancé par la ministre. Il ajoute que d'autres besoins de rénovation devront être assumés dans le même temps avec ces mêmes fonds PPT; il s'agira donc, au-delà de cette mesure, de prévoir "un nouveau programme de création de places en urgence, comme cela a été fait lors de la précédente législature pour pouvoir relever les défis".

Et Étienne Michel d'illustrer ces derniers avec les estimations pour la capitale : "Il y aura 11 000 élèves de plus à scolariser dans l'enseignement fondamental au cours des dix prochaines années. C'est l'équivalent de de 55 écoles fondamentales de taille moyenne. Dans l'enseignement secondaire, ce sera 14 000 élèves de plus, soit l'équivalent de 18 écoles secondaires de taille moyenne. Et elles ne sont pas là ces écoles. Il faut se donner les moyens de les faire apparaître. Car on ne parle ici que de Bruxelles."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK