Reynders: "Des solutions à l'étranger valent mieux que des applaudissements en Belgique"

Sur le chemin du retour de sa visite de trois jours en Iran, le vice-premier ministre Didier Reynders (MR) a notamment réagi aux accusations du président burundais.
2 images
Sur le chemin du retour de sa visite de trois jours en Iran, le vice-premier ministre Didier Reynders (MR) a notamment réagi aux accusations du président burundais. - © DIRK WAEM - BELGA

Sur le chemin du retour de sa visite de trois jours en Iran, le vice-premier ministre Didier Reynders (MR) s'est exprimé ce mercredi sur différents sujets: ses méthodes de diplomate, le contenu de ses discussions avec Téhéran, sa réaction aux accusations du président burundais Pierre Nkurunziza, et le processus électoral en RDC.

"Se faire déclarer persona non grata ne contribue pas à aider les populations locales"

"En tant que ministre des Affaires étrangères il importe surtout de trouver des solutions aux dossiers à l'étranger plutôt que de récolter les applaudissements en Belgique", a rétorqué le vice-premier ministre aux critiques émises quant au fait qu'il serait un chef de la diplomatie trop transparent. "Un campagne publique se révèle un choix contre-productif dans certains pays".

"Je lis parfois que je ne parle pas d'une voix assez forte mais cela donnerait-il des résultats ?", s'interroge Didier Reynders. Il estime qu'il est très facile en tant que ministre de se rendre populaire par le biais de déclarations fortes mais cela ne permet pas toujours de débloquer un dossier. Il s'estime renforcé par le dénouement du dossier des enfants congolais destinés à l'adoption. "J'ai demandé aux familles de rester discrètes et j'ai dit que je ne viendrai pas à l'aéroport", explique-t-il.

Il ajoute que se "faire déclarer persona non grata dans certains pays ne contribue pas à aider la situation des populations locales". Le vice-premier avait déjà fait savoir précédemment lors de sa visite en Iran préférer être plus discret en Belgique mais plus efficace à l'étranger, "au contraire de certains de mes prédécesseurs". Reynders ne veut pas citer de noms mais il semble faire allusion à Karel De Gucht (Open Vld) qui s'était jadis heurté de plein fouet au pouvoir à Kinshasa.

L'islam et les droits de l'homme évoqués en Iran

Lors de ses discussions avec les autorités de Téhéran, il a également évoqué l'islam et l'islamisme. Il plaide pour que, dans notre pays et en Europe, de plus nombreux imams soient formés par la communauté musulmane locale, réputée prêcher un islam plus modéré, plus en phase avec les normes, les valeurs et les principes européens. Didier Reynders cite ainsi l'exemple de l'Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, où l'islam cohabite parfaitement avec les traditions et coutumes locales et où on est parvenu à faire perdurer un islam modéré.

Didier Reynders a également rappelé que dans certains quartiers en Belgique, l'intégration n'a pas réussi. "Cela ne signifie pas que je veuille mettre en doute une communauté dans son ensemble", insiste-t-il. Il tient d'ailleurs à balayer d'abord devant sa porte car du point de vue de l'accès au monde du travail ou de la formation, il y a encore des progrès à faire.

Le vice-premier est aussi revenu sur la question des droits de l'homme en Iran. Malgré le fait que le nombre de condamnations à mort se compte toujours en centaines chaque année, Didier Reynders dit avoir noté une évolution depuis sa précédente visite à Téhéran en février de l'an dernier. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a déclaré être prêt à un dialogue sur tous les sujets, également sur ceux où il persiste des désaccords. En ce qui concerne la peine capitale, Didier Reynders s'est laissé dire qu'elle est essentiellement appliquée pour des délits liés à la drogue. L'Iran se dit prêt à discuter avec l'Europe des expériences que celle-ci pourrait fournir en matière de lutte contre les trafics, précise encore M. Reynders.

Burundi: "Nous appelons au calme et au dialogue"

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a démenti mercredi que la Belgique armait l'opposition burundaise ou lui apportait une autre forme de soutien, des accusations portées par le parti CNDD-FDD du président Pierre Nkurunziza. Le ministre belge a qualifié ces accusations d'absurdes, soulignant que la Belgique appelait à la fin des violences au Burundi. "Nous appelons au calme et au dialogue", insiste le chef de la diplomatie belge, précisant qu'il s'adresse aux autorités mais aussi à l'opposition.

Didier Reynders rappelle qu'il avait mis en garde le président Pierre Nkurunziza contre sa volonté de briguer un troisième mandat, jugé par l'opposition et la société civile anticonstitutionnel, et constate que la situation alors redoutée se vérifie actuellement. Il demande d'en revenir à l'accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile. "La violence s'accélère même ces dernières semaines et on dénombre plus de 200 morts", observe-t-il. Le chef de la diplomatie belge ajoute que la Belgique se situe sur la même ligne sur ce conflit que l'Union européenne, l'Union africaine et bientôt le Conseil de Sécurité de l'ONU qui devrait adopter "probablement" prochainement une résolution.

Mardi, le député européen Louis Michel (MR) disait craindre sur les ondes de la RTBF un génocide au Burundi. "Je pense que les propos qui sont tenus par des responsables, de plus haut niveau de l'état burundais, des propos repris par Nkurunziza lui-même, sont des propos qui rappellent singulièrement, dramatiquement, la sémantique qui a été utilisée au moment du génocide rwandais", a-t-il notamment déclaré.

Le ministre Didier Reynders estime pour sa part qu'il n'existe pas d'indice actuellement de conflit ethnique au Burundi. "Le conflit se situe à l'intérieur du pouvoir, du parti dominant, ainsi qu'au sein de l'armée", juge-t-il. Il rappelle qu'actuellement, outre le vice-président de la Cour constitutionnelle du Burundi Sylvère Nimpagaritse et le militant des droits de l'homme Pierre Claver Mbonimpa, l'ancien vice-président de la République Gervais Rufyikiri et l'ex-président de l'Assemblée nationale Pie Ntavyohanyuma se sont également exilés en Belgique.

RDC: le ministre prend note de l'annonce de la tenue d'un dialogue national

Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, prend note de l'annonce par le Président Joseph Kabila de la tenue prochaine d'un dialogue national qui devrait réunir la majorité, l'opposition et la société civile. Ce dialogue dont les contours précis ne sont pas encore connus porterait sur le calendrier électoral, les moyens financiers à mettre à disposition et la sécurisation du processus.

Didier Reynders estime qu'il est essentiel que ce dialogue s'inscrive dans le cadre de la constitution et le respect des échéances électorales qui y sont prévues. Il souligne une fois encore la nécessité de tenir en République Démocratique du Congo des élections crédibles, inclusives, apaisées et transparentes.

Didier Reynders rappelle la volonté de la Belgique et d'autres partenaires internationaux d'appuyer le processus électoral, moyennant l'adoption par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) d'un calendrier crédible, d'un budget clair, raisonnable et transparent, ainsi que d'un plan de décaissement.

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK