Revalidation des patients Covid : "Notre service est plein à 100%"

Au CHU Brugmann de Bruxelles, le service de neuro-revalidation est aujourd’hui, en plein milieu de la deuxième vague. "Evidemment, nous on arrive après. On est en queue de peloton. Et là, on est remplis de la deuxième vague. Je n’ai plus une place ! Notre service est plein à 100%", explique le Docteur Marie-Dominique Gazagnes, cheffe de clinique au sein de ce service. En un peu moins d’un an, environ 150 patients Covid ont été pris en charge ici.

La première vague fut sans doute la plus compliquée à gérer. "Le problème à l’époque, c’est que pour arriver dans une unité de rééducation, il ne fallait plus être malade du covid, il ne fallait plus être contagieux", se souvient le Docteur Gazagnes. Les patients démarraient donc leur revalidation très tard.

A la première vague, quand on voyait arriver les patients pour leur revalidation, il y avait des catastrophes en termes de fonctionnalité.

"Ça pouvait prendre des semaines, voire des mois avant qu’ils nous soient confiés. Car les tests PCR détectent aussi des résidus de virus morts. Et donc les gens pouvaient parfois attendre un mois ou deux, avant d’arriver chez nous." Une salle dédiée aux malades du Covid a alors été ouverte, en plus des 3 salles déjà existantes du service. "Nous, les soignants, on était avec la protection maximale. Et eux, les patients, bénéficiaient de toute la rééducation dont ils avaient besoin." Les connaissances sur le covid avançant, les choses ont pu s’améliorer. Et les patients ont pu démarrer leur revalidation plus tôt. "Cette salle covid-revalidation, on l’a fermée au mois de juin parce qu’on a appris qu’au bout de 14 jours les gens ne sont plus contagieux. Donc maintenant, les malades du covid peuvent nous rejoindre plus tôt. Et ils arrivent directement dans les salles normales de revalidation."

"A mon réveil, j’étais comme un bébé"

Les patients qui arrivent dans le service du Docteur Gazagnes sont ceux qui ont été gravement atteints par la maladie. Souvent, ils doivent tout réapprendre. Se tenir debout, marcher, parler, déglutir, tenir des objets, etc. “J’étais comme un bébé. Je ne pouvais pas marcher, pas parler. Je ne pouvais pas prendre des choses de mes mains", nous raconte Zulika. Cette mère de famille de 39 ans est restée 40 jours dans le coma. A son réveil, c’est peu dire qu’elle était dans le brouillard. Son mari, Slimane, se souvient lui aussi : "Même lever les mains, elle ne pouvait pas. Tout était encore paralysé. Les mains, les jambes, tout ! Elle a même dû réapprendre à avaler. Une cuillère d’eau ça a été le parcours du combattant."

Raconter à sa femme ce qu’elle avait manqué pendant ce long sommeil, n’a pas été chose facile pour cet homme. "Elle demandait après son père, on n’a pas osé lui dire directement, pour ne pas la choquer”. Le père de Zulika est décédé du Covid, alors que sa fille était dans le coma. “Et puis quand on lui a dit qu’elle était là depuis plus d’un mois et demi, ça l’a quand même un peu perturbé. Parce que pour elle, c’était comme une longue nuit de sommeil." Aujourd’hui, Zulika ne se reconnaît plus. "En fait j’ai beaucoup changé. Je ne suis plus la même personne qu’avant. J’ai peut-être rouvert les yeux, mais je ne suis pas tout à fait réveillée." Et cela fait bientôt un an que Zulika est tombée malade.

Le temps passe et physiquement, la patiente a presque tout récupéré. Mais moralement, cela reste compliqué. Zulika est très marquée. Elle continue à voir de nombreux spécialistes : pneumologue, cardiologue, neurologue, kiné… et bien sûr, psychologue.

"3 mois de revalidation, c’est un standard"

La revalidation peut durer plusieurs mois. "Au mieux c’est un mois, mais en règle générale c’est plutôt 3. 3 mois c’est un standard." D’autant qu’il s’agit pour le corps médical de comprendre ce sur quoi ils doivent agir. Un corps affaibli par son immobilisation ? Ou des atteintes dues au Covid lui-même ? "C’est une très bonne question, et des études sont toujours en cours sur ce qu’on appelle les Covid longs ou prolongés. Avec la psychiatrie et l’unité de recherche clinique, nous essayons de comprendre ce qu’il se passe. Certains patients présentent des signes post-viraux tout à fait atypiques." Les atteintes aux nerfs sont particulièrement scrutées par les neurologues. "Cest ce qu’on appelle les polyneuropathies post-covid, c’est-à-dire les atteintes des nerfs des membres inférieurs. Dans ces cas-là, les gens qui nous arrivent ne tiennent pas debout parce qu’ils ont non seulement une atteinte de leurs muscles due par exemple au coma, mais aussi une atteinte de leurs nerfs.”

Le processus de revalidation est long et nécessite beaucoup de courage. Mais la cheffe de clinique au service de neuro-revalidation à Brugmann est catégorique : "Physiquement, ils vont tous tout récupérer !" Si Marie-Dominique Gazagne souligne l’avancée des recherches et donc des connaissances sur le Covid, elle le reconnaît : "on en apprend encore tous les jours."

 

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