Rétro politique 2014: le 21 juillet, jour où la "suédoise" est née

En coulisses, ce 21 juillet 2013, le président du MR passe sa journée, l’oreille scotchée à son téléphone. Jusqu’aux petites heures, il réunit les partenaires de la future coalition. Une page de l’histoire politique est en train de s’écrire. Charles Michel s’apprête à annoncer au Roi : Sire, une coalition "suédoise" est née.

Sur le parvis de la cathédrale des Saints Michel et Gudule, le ballet est habituel, pour ne pas dire banal. Deux mois après les élections, la Belgique n’a toujours pas de gouvernement fédéral. Cela n’inquiète plus grand monde. "Vive le Roi !". Les badauds applaudissent le couple royal.

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Le roi Philippe sur les marches de la cathédrale © thga

Poker face

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Dans la tribune officielle, tous ont noté l'absence de certains invités © thga

"Merci Elio !" Un petit club de fans accueille le futur ex-Premier ministre. "Je n’ai pas reçu d’appel de l’informateur, nous n’avons aucun contact", plaisante Elio Di Rupo. Il sait mais ne le dira pas devant les caméras : il devra bientôt céder son poste à la tête du gouvernement. Quand ? A qui ? Cela fait plusieurs jours qu’un scénario tient la corde. Le MR serait prêt à s’allier à trois partis flamands : le CD&V, l’Open VLD, mais aussi la NV-A.

Place des Palais, en attendant le défilé, toute la classe politique ne peut s’empêcher de discuter de la coalition en formation. La "kamikaze", disent les uns, la "courageuse" leur répondent les autres. "Seul contre trois, c’est faible…", glisse la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet, avant de rejoindre la tribune royale pour commenter l’évènement aux oreilles de Philippe.

"On ne sera jamais seul, on ne peut pas former un gouvernement seul !". Didier Reynders, discret durant tout l’été, n’a pas perdu son sourire taquin. Le vice-premier ministre discute ostensiblement avec Frans Van Daele, le chef de cabinet du Roi. Que se disent les deux hommes ? Parlent-ils des négociations en coulisses ? La fanfare couvre toutes les discussions.

Les absents négocient

Les éminences ont bien noté l’absence de certains invités : les deux co-formateurs, Charles Michel et Kris Peeters, mais aussi la présidente des libéraux flamands, Gwendolyn Rutten, et enfin, Bart De Wever.

Le président de la N-VA n’est, il est vrai, pas un habitué du 21 juillet. Ce que beaucoup ignorent c’est que depuis plusieurs jours, dans un appartement non loin du Palais royal, Charles Michel, Kris Peeters et Bart De Wever scellent un accord. Le lieu est privé, loué pour l’occasion. Peu de monde est dans la confidence. Charles Michel et Kris Peeters veulent rester en petit comité. Rien n’a d’ailleurs fuité dans la presse. D’heure en heure, Charles Michel commence à voir son rêve se réaliser ; sa mission impossible, devenir réalité…

Un jour symbolique

"Symboliquement, c’est le jour de la fête nationale que tout se déclenche. C’est à ce moment-là que je constate que l’on est à 1 millimètre d’un accord", se souvient Charles Michel. L’énigme se situe en fait à plusieurs niveaux de pouvoir. Le MR veut son alter ego flamand à la table du gouvernement fédéral. L’Open VLD a, lui, fixé ses conditions : une présence dans tous les gouvernements, ou rien. Mais, jusqu’ici, seuls les nationalistes et les chrétiens démocrates ont entamé les négociations pour la formation du gouvernement flamand. Il faut donc ramener les libéraux flamands dans la danse. Les artificiers s’activent près du Mont des Arts.

Un château à Lubbeek

Le feu d’artifice va illuminer la capitale. Mais le dénouement de l’intrigue a lieu loin de Bruxelles, en Brabant flamand. Un châtelain a mis à disposition des négociateurs un lieu totalement secret.

Personne n’a remarqué les allées et venues de berlines dans la petite commune de Lubbeek. C’est l’élu local N-VA, Théo Francken, qui a pris discrètement contact avec le comte de Liedekerke, propriétaire du château. Bart De Wever et Wouter Beke ont invité Gwendolyn Rutten pour débloquer la situation. Les grandes lignes d’un accord ont déjà été fixées. L’Open VLD doit y apposer sa signature. Les libéraux auront deux ministres fédéraux, et deux régionaux.

L’hôte a fait venir son traiteur. Toute la nuit, les trois présidents de partis flamands finalisent leur note pour démarrer la formation du gouvernement flamand. Au même moment, la voie se dégage aussi pour la formation du gouvernement fédéral. Dans quelques heures, les deux co-formateurs sont attendus par le Roi pour faire état de l’avancement de leur mission. Nous sommes déjà au lendemain de la fête nationale. La pression n’est toujours pas retombée.

Les dés sont jetés

"J’ai le sentiment d’avoir agi en conscience". A la sortie du Palais royal, le mardi 22 juillet, Charles Michel paraît crispé. Il vient de franchir un pas historique. Sa mission, à laquelle personne ne croyait, est un succès. Mais l’euphorie s’accompagne de plusieurs inconnues politiques. Cette coalition "suédoise" débouchera-t-elle sur un accord de gouvernement ? Comment va réagir l’opinion francophone ?

Le MR, s’engage dans une négociation avec trois partis flamands. Seul francophone autour de la table avec les nationalistes de la N-VA. "Comment ont-ils osé ?" dira plus tard, Laurette Onkelinx. Charles Michel et Kris Peeters viennent expliquer sur les plateaux télévisés l’objectif commun : doper l’économie belge, donner de l’oxygène à nos entreprises et créer de l’emploi. Le volet communautaire est mis au frigo. Les 4 partenaires (MR, Open VLD, CD&V et N-VA) se lancent dans une nouvelle valse de négociations. Personne ne sait alors quand la Belgique aura un gouvernement… et surtout qui le dirigera.

T. Gadisseux

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