Retour sur 2 mois de confinement : "Il y a eu une tétanisation pendant quelques semaines", dit Alain Maron

Retour sur 2 mois de confinement : "Il y a eu une tétanisation pendant quelques semaines", dit Alain Maron
Retour sur 2 mois de confinement : "Il y a eu une tétanisation pendant quelques semaines", dit Alain Maron - © Tous droits réservés

A l’heure où le déconfinement s’accélère, le moment est venu de tenter un premier bilan. Pour le faire, CQFD reçoit ce lundi soir quatre invités : l’épidémiologiste Marius Gilbert, la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block (Open VLD), le ministre bruxellois de la Santé, Alain Maron (Ecolo) et Leïla Belkhir, infectiologue aux cliniques universitaires de Saint-Luc. Trois chapitres : comment expliquer les 9000 morts que compte la Belgique ? Comment qualifier la gestion politique de la crise ? Et le point sur les connaissances de nos experts sur ce virus.

Marius Gilbert est d’abord amené à poser un avis rétrospectif sur son appréciation de la maladie. "Au début du mois de mars, j’étais inquiet et savais qu’il fallait prendre des mesures fortes. De là à imaginer les 8.000 décès que compte le pays aujourd’hui. J’en étais loin".

"Médecine twitter"

L’infectiologue Leïla Belkhir revient aussi sur la façon dont elle a vu cette crise évoluer. "On a tous pensé que c’était une grosse pneumonie, puis arrivée en Europe on a compris que cette maladie était plus grave. C’est la première fois qu’on est confrontés à une telle épidémie avec un accès à l’information très rapide. Tout va très vite. Beaucoup de fausses infos circulent, avec la médecine sur Twitter. C’est un virus complexe et totalement différent de ce qu’on a vu auparavant".

L’attention s’est détournée des maisons de repos

Parmi les décès causés par ce virus, beaucoup se comptent au sein des maisons de repos. A-t-on délaissé ces institutions ? "Des mesures les ont rapidement concernés. On a très vite décidé de leur imposer un confinement. Puis l’attention s’est portée sur les hôpitaux. Nous étions très marqués par les mesures italiennes. En faisant cela, l’attention s’est détournée des maisons de repos", confesse Marius Gilbert. "On a connu de véritables difficultés opérationnelles. Avec un testing consacré au personnel soignant on aurait pu limiter les dégâts".

Euthanasie passive: "Nous n'avons donné aucune consigne !"

Avec plus de 4600 décès, les maisons de repos paient un très lourd tribut à la crise du coronavirus. Manque de matériel, de personnel, arrivée tardive de tests, le secteur a tiré la sonnette d’alarme dès le début de la crise. Aujourd’hui, il reste meurtri et demande des comptes. Certains parlent d'"euthanasie passive". Alors, a-t-on utilisé les maisons de repos comme mouroirs ? Alain Maron s'insurge : "Nous jamais. Je le dis, le politique n’a donné aucune consigne. Mais des mesures médicales de prises en charge existent et peuvent être mises à l’œuvre". Maggie De Block confirme : "On a toujours dit que tout le monde devait être soigné, mais c’est le médecin qui décide à la fin".

Une autre erreur serait-elle de ne pas avoir confiné plus tôt, dès le retour des vacances de carnaval ? Sur ce point, Marius Gilbert est sans appel : "Des études montrent que le virus était sûrement déjà là avant Carnaval. Mais ils n’étaient pas diagnostiqués, notre définition de cas était trop étroite alors. Confiner tout le monde au retour des vacances n’aurait donc rien changé. Et l’importance des patients asymptomatiques était sous estimés".

La défense De Block

Ce lockdown connu par la Belgique, beaucoup estiment qu’il est dû à une certaine impréparation. La ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block, est d’ailleurs pointée du doigt pour un certain laxisme affiché au commencement de la crise. Elle s’en défend : "J’ai donné les infos sur base de ce que je savais à ce moment, sur base des avis de l’OMS et des scientifiques. C’était l’info à l’époque. On pouvait pas savoir". A-t-elle mal été conseillée ? Elle botte en touche : "Dès le mois de janvier, nous avons sollicité les hôpitaux pour qu’ils mettent en place des plans d’urgence, pour éviter une situation à l’italienne". Et Battibouw ? Et la foire du livre ? N’était-ce pas de l’imprudence ? Elle esquive : "Les pays européens auraient dû se concerter pour organiser un confinement synchronisé". La ministre ne semble pas présenter de regret, et ne veut pas entendre parler de mea culpa : "Quand il y a une pandémie comme ça, tout le monde peut dire, 'si je savais'"… Aujourd'hui, certains échos rapporte une certaine absence de la ministre.

Quel capitaine à la barre? 

Tient-elle toujours le cap? "Evidemment!", répond-elle. "Encore aujourd'hui, j'ai participé entre autres à une réunion sur une enquêtes au sein du personnel de santé, pour faire un suivi du risque de burn out". 

Tout sauf un reconfinement

Aujourd’hui le déconfinement suit son cours. Mais qu’arriverait-il si la maladie revenait en force ? Un plan de reconfinement est-il prêt ? "Non", répond Marius Gilbert. "Nous ne l’envisageons pas, ce serait une catastrophe pour la société". Ceci dit, une stratégie est bel et bien en place. "Un certain nombre de valeurs seuil sont surveillées et si elles sont dépassées, on agira de manière ciblée et localisée. Que ce soit dans une école, une prison, une maison de repos. Le plan, c’est de faire en sorte qu’un petit foyer reste un petit foyer. Mettre des stratégies locales pour ne jamais retourner à des lockdown".

Toujours les masques

Quand on lit "protéger", on pense immédiatement aux masques. Et Maggie De Block, en sa qualité de ministre fédéral de la Santé, incarne ce terme devenu sujet de crispations. Retour en arrière. Le 23 mars, le Vif-L’Express révélait que la Belgique a détruit un stock stratégique l’an passé. 6 millions de masques FFP2 qui étaient périmés. Maggie De Block n’avait pas renouvelé le stock, étudiant la constitution d’un stock tournant, où les masques sont revendus sur le marché avant leur date de péremption, et ce "pour ne pas gaspiller l’argent du contribuable". Cette critique, deux mois après le début du confinement, il faut l’entendre. Maggie De Block répond : "Ça a été la même chose en France. Aujourd’hui nous sommes prêts si une seconde vague nous frappe. On a détruit 6 millions de masques, mais on en a acheté 100 millions". Alain Maron embraye : "On est parti sans assurance, en fait. Avoir des masques ou pas, c’est comme avoir une assurance ou pas. La France comme la Belgique en ont payé le prix fort. Ces masques sont fabriqués en Chine. Cela met en évidence un autre problème. Nous n’avons pas la main dessus et ça se paie cash".

 

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