Résolution votée pour le retour des oeuvres d'art pillées par la France

La commission des Relations extérieures de la Chambre a adopté ce mardi après-midi - à l'unanimité -une proposition de résolution "visant l’entame d’un dialogue avec l’État français portant sur les œuvres picturales majeures du patrimoine artistique de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles translocalisées par les troupes de la Révolution française". Une proposition déposée il y a quelques temps déjà par le député MR Richard Miller, co-signée par d'autres députés de son parti et amendée au final par sp.a, PS, cdH et N-VA. La suite mais pas encore la fin d'une incroyable saga.  

Des années que Richard Miller souhaite notamment la restitution à la Belgique de tableaux de l'"Ecole de Rubens", volés par la France. A la charnière du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, les troupes révolutionnaires françaises, puis les troupes napoléoniennes ont dérobé de nombreuses œuvres d'art dans nos régions. Certaines sont toujours exposées en France. C'est le cas du "Triomphe de Judas Macchabée", partie d'un dyptique commandé vers 1635 par l'évêque de Tournai et emporté de la cathédrale de Tournai en 1794, et exposé depuis 1804 jusqu'à aujourd'hui dans le Musée municipal de Nantes. Le député Richard Miller a déjà tenté de le récupérer à plusieurs reprises lorsqu'il était député de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En 2014, la ministre française de la Culture, Aurélie Filippetti, avait répondu au Ministre-Président de la Communauté Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte - lequel avait écrit à François Hollande un an plus tôt à propos de l'oeuvre. Réponse sèche : la France ne rendra pas le tableau. 

Il faut dire que si les biens culturels comme les peintures, les bibliothèques et les archives pillés au cours de la Seconde Guerre mondiale ont fait l’objet d’accords internationaux légaux exécutés, les œuvres d’art disparues au cours de la période napoléonienne quant à elles n’ont jamais fait l’objet de traités ou de dispositions légales. Même après son indépendance, la Belgique n’a jamais entrepris de démarches officielles et/ou diplomatiques pour réclamer à la France les œuvres d’art disparues.

Richard Miller retente donc l'opération en se tournant vers le gouvernement fédéral. Et de plaider donc pour un dialogue au cas par cas entre Belgique et France pour voir si des solutions ne sont pas possibles. Des années que le même député appelle ainsi à "un dialogue raisonnable" entre les deux pays, afin de récupérer ces biens. "Accepter de restituer leurs biens, par exemple aux cathédrales de Tournai et d'Anvers, serait un geste à portée européenne qui, de plus, servirait d'exemple sur la scène internationale", espérait le député l'année dernière, affirmant toutefois ne pas vouloir "qu'une 'guerre' soit déclarée au nouveau gouvernement Macron." En 2017 et 2018, le gouvernement fédéral lui promettait, côté belge, de faire établir par l'administration de la Politique scientifique un inventaire exhaustif, objectif et scientifique des œuvres saisies dans les trois Régions du pays, et de faire définir un cadre juridique et légal concernant cette problématique. Pour aider au cas où.

16 oeuvres ciblées

Les seize œuvres – qui ne constituent qu’une petite partie des pièces emportées – sont les suivantes: (1) Le Martyre de saint Sébastien de Wenceslas Coebergher, emporté d’Anvers en 1794  et exposé au Musée de Nancy; (2) Le Martyre de sainte Catherine de Gaspar de Crayer, emporté de Courtrai en 1793 et exposé au Musée de Grenoble; (3) Hercule entre le v ice et la vertu de Gaspar de Crayer, emporté de Gand en 1794  et exposé au Musée de Marseille; (4) L’Adoration des bergers de Jacques Jordaens, emporté de Liège en 1794 et exposé au Musée de Grenoble; (5) L’Adoration des bergers (II) de Jacques Jordaens, emporté de Courtrai en 1794 et exposé au Musée de Lyon; (6) Le Calvaire de Jacques Jordaens, emporté de Lierre en 1794, détenu par le Musée de Bordeaux et mis en dépôt à la cathédrale Saint-André; (7) Alexandre Goubau et sa femme Anne Anthony devant la vierge de Paulus Petrus Rubens, emporté d’Anvers en 1794 et exposé au Musée de Tours; (8) Le Martyre de saint Georges de Paulus Petrus Rubens, emporté de Lierre en 1794 et exposé au Musée de Bordeaux; (9) Le Christ marchant sur les eaux de Paulus Petrus Rubens, emporté de Malines en 1794 et exposé au Musée du Louvre; (10) Le Judas Macchabée priant pour les défunts de Paulus Petrus Rubens, emporté de Tournai en 1794 et exposé au Musée de Nantes; (11) Sainte Marie-Madeleine en extase de Paulus Petrus Rubens, emporté de Gand en 1794 et exposé au Musée de Lille; (12) Le Christ en croix entre les deux larrons de Paulus Petrus Rubens, emporté d’Anvers en 1794  et exposé au Musée de Toulouse; (13) Jésus donnant les clefs à saint Pierre de Otto Venius, emporté de Gand en 1794 et exposé au Musée de Bordeaux; (14) Portraits de la famille Van der Aa de Cornélis de Vos, emporté d’Anvers en 1794 et exposé au Musée de Nantes; (15) Le Martyre de saint Jacques de Thomas Willeboirts Bosschaerts, emporté de Bruges en 1794 et exposé au Musée de Toulouse; et (16) Persée et Andromède de Frans Wouters, emporté de Anvers en 1793 et exposé au Musée de Nantes.

En attendant la prochaine réponse française

Fin 2011, à l'initiative de M. Miller, le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles avait approuvé une résolution réclamant son retour. Depuis cet après-midi, après ce premier vote au niveau de la commission des Relations extérieures, c'est le cas à la Chambre des Représentants. Qui presse donc officiellement le gouvernement fédéral d’entamer un dialogue avec l’État français portant sur la problématique des œuvres picturales majeures du patrimoine artistique de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles "translocalisées" en France et deuxièmement, précise le texte, d’insister particulièrement sur les œuvres de Pierre-Paul Rubens, en ce compris “Le Triomphe de Judas Macchabée”, appartenant à la cathédrale de Tournai. A suivre. Une fois de plus...