Réseau 4G: Bruxelles au bord de la saturation

Réseau 4G: Bruxelles au bord de la saturation
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Des quartiers dépourvus de connexion dès la rentrée prochaine, une région quasi entièrement saturée à l'horizon 2022, le réseau 4G à Bruxelles est en passe d'atteindre ses limites. Les opérateurs et le régulateur des télécoms militent aujourd'hui pour le relèvement de la norme de rayonnement des antennes.

Cela fait des années qu'il alerte l'opinion. Au moment de se hisser sur le toit d'un immeuble de Jette, Marc Lambotte ne mâche pas ses mots. "Si on ne bouge pas, d'ici 3 ans, ni les Bruxellois, ni les touristes, n'auront accès à l'internet mobile, ça serait un comble pour la capitale de l'Europe" lâche le CEO d'Agoria, la fédération professionnelle regroupant les opérateurs télécoms. Bouger impliquerait de revoir à la hausse la norme qui encadre le rayonnement des antennes en région bruxelloise, l'une des plus strictes au monde.

"Sur ce toit vous avez 3 antennes, chacune appartient à un opérateur différent" explique Marc Lambotte, joignant le geste à la parole, "mais ensemble elle ne peuvent émettre des ondes supérieures à 6 volts/mètre, c'est à dire qu'elles sont largement limitées dans les données qu’elles peuvent transporter." Résultat, à en croire les prévisions réalisées par les opérateurs télécoms, les mille antennes disséminées sur toute la région bruxelloise ne seront bientôt plus en mesure d’absorber la croissance vertigineuse de notre consommation de data. "Que ce soit pour regarder des films sur YouTube, acheter des billets de train, naviguer dans la ville avec Waze, on est sans cesse en train d'utiliser l'internet mobile, tous les ans le trafic augmente de 60%, avec une multiplication par 6 attendue d’ici 2024" explique M. Lambotte.

La Bourse et les quartiers de la gare du Midi et du Nord seront les premiers touchés

A politique inchangée, et aux heures les plus chargées de la journée, Agoria est d'ores et déjà en mesure de détailler l'ampleur de la saturation du réseau 4G qui plane sur Bruxelles. Dès la rentrée, plusieurs quartiers centraux seront privés d’une connexion performante. La Bourse et les quartiers de la gare du Midi et du Nord seront les premiers touchés. En 2020, la congestion s’étendra aux environs de l'avenue Louise et du quartier européen, avant d'atteindre, en 2021, une bonne partie de Saint-Gilles, Forest, Saint-Josse, Ixelles, Etterbeek, Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, soit les communes les plus peuplées de Bruxelles. Au premier semestre 2022, pratiquement tout le territoire de la Région bruxelloise, hormis les bois, risque d'être à court de réseau.

Voilà pourquoi les opérateurs télécoms réclament ardemment un relèvement de la norme d'émission des antennes GSM. Limitée à 6 volts, elle est aujourd'hui 2 fois plus basse qu'en Wallonie, 4 fois plus qu’en Flandres, et 50 fois plus que les recommandations de l’OMS, l’organisation mondiale de la santé. Une précaution, à l'heure où les effets sur la santé de ces antennes restent controversée, qui n'est pas sans incidence. 

Une 4G saturée et une 5G en suspens

Dans un rapport commandé par la désormais ex-ministre bruxelloise de l’environnement, Céline Fremault, l'IBPT, le régulateur des télécoms, préconisait en 2018 le relèvement à 14,5 volts de la norme en vigueur à Bruxelles. "Si on ne le fait pas on s'expose en effet à une saturation du réseau 4G, lié au trafic qui augmente, mais également à l'impossibilité d'introduire la 5G dans la région bruxelloise parce qu'on ne pourra pas ajouter de fréquences" prévient Michel Van Bellinghen, le président de l'IBPT. Conséquence, la région se priverait des développements économiques liés à l'arrivée de la 5G, en matière de santé, de mobilité ou encore d'éducation.

Reste à voir si Alain Maron, fraichement nommé ministre bruxellois de l’Environnement, est sur la même longueur d’onde. Fidèle adepte du principe de précaution, l’écolo préfère pour l’heure temporiser. "Nous n’allons pas répondre au secteur par presse interposée, on va analyser le dossier en dehors de toute pression des lobbies " fait savoir Pascal Devos, son porte-parole. Le dossier, brûlant, de la 4g à Bruxelles sera bien sur le haut de la pile du ministre, mais pas avant la rentrée.

 

 

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