Reprise par IPM, coopérative? Le futur de l'Avenir était débattu au Parlement wallon

Le CEO des Editions du journal l’Avenir et plusieurs représentants du personnel se sont exprimés cet après-midi lors d’une réunion conjointe des commissions Médias du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Economie du Parlement wallon.

Le 23 octobre, la direction des Éditions de l’Avenir avait annoncé son intention de supprimer 60 équivalents temps plein sur un total de 280 travailleurs. Quelques jours plus tard, IPM avait proposé à Nethys de lui racheter L’Avenir. Une proposition réitérée par son administrateur délégué François le Hodey lors de ces auditions.

Les Editions de l'Avenir, vraiment en difficulté? 

C’est la question au centre de ces auditions: L'Avenir est-il vraiment en difficulté ? Autrement dit, la suppression des emplois est-elle vraiment indispensable ? Pour Jos Donvil, patron de VOO et des Editions de l'Avenir, la réponse est clairement oui. "Cette année, nous prévoyons 2 millions d’euros de perte." En se rapprochant du groupe Rossel qui sera désormais chargé de l'imprimerie du journal, Jos Donville veut diminuer ces dettes. "Mais les pertes augmentent plus vite que les bénéfices. Si on ne fait rien, l’année prochaine on va perdre plus. Et la part de nos coûts liés au personnel est très élevée. Cela représente plus de 30% sur notre chiffre d’affaire.", ajoute-t-il. Entendez par là: il faut nécessairement se séparer de membres du personnel pour sortir la tête hors de l'eau. 

Un argument qui ne convainc visiblement pas les représentants du personnel: "Quand vous avez un chiffre d’affaire moyen de 47 millions d'euros et vous avez une perte de 2 millions d'euros, il faut resserrer les boulons mais pas mettre un quart du personnel dehors", a rétorqué Philippe Leruth, journaliste à l'Avenir et élu CNE au conseil d'entreprise.

Le directeur général a fait pression sur des journalistes pour qu'on ne publie pas une lettre où nos lecteurs nous exprimaient leur solidarité.

Évoquées également pendant ces auditions, les pressions que subissent les journalistes de la part de Nethys et notamment du directeur général. En témoignent les premiers mots d’Albert Jallet, journaliste et délégué effectif de l’association des journalistes professionnels au sein de l’Avenir."Nethys a-t-il pensé s’acheter une danseuse ? Si c’est le cas, la danseuse a les pieds sur terre et oppose une farouche résistance aux actionnaires. Les équipes de l’Avenir paient-elles aujourd’hui leur absence de docilité ?" Car si les journalistes affirment ne pas avoir subi de pressions lors de la commission d'enquête Publifin, ils disent aujourd'hui subir les conséquences de cette couverture. "Quelques têtes sont tombées. Désormais, les choix rédactionnels ne sont plus du ressort de la rédaction, elle n’a en tout cas pas voix au chapitre. Tout finit par se payer un jour", commente le président de la société des rédacteurs des Editions de l'Avenir, Emmanuel Wilputte. "Le Conseil d'Administration des éditions de l’Avenir n’a plus aucune confiance en sa rédaction et ce n’est pas nouveau", ajoute-t-il. 

Philippe Leruth, président de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) , cite quant a lui un exemple de pression récent: "Lorsque la restructuration a été annoncée, le directeur général a fait pression sur des journalistes pour qu'on ne publie pas une lettre où nos lecteurs nous exprimaient leur solidarité. C’est une forme de censure et ça on ne l’acceptera jamais."

Pas question pour ces journalistes de perdre leur indépendance. Et pourtant, c'est bien leur crainte puisqu'ils ne savent pas encore qui sera demain à la tête de leur journal. 

Qui pour reprendre le journal?

Plusieurs solutions sont sur la table. L'administrateur délégué d'IPM, éditeur de La Libre Belgique et de La Dernière Heure, a longuement argumenté la volonté du groupe IPM de reprendre le journal. Il assure la préservation de cette liberté rédactionnelle. "Nous avons un document en interne qui est signé par l’employeur et les journalistes et qui oblige l’un et l’autre à déclarer tout conflit d’intérêt". Sa priorité? Ancrer davantage le journal dans l'ère digitale: "On veut rattraper ce retard internet. On ne veut pas laisser Sudpresse manger toute la jeune génération qui est intéressée par l’information régionale et développer le payant. Ce que nous proposons, c’est une solution structurante qui respecte le pluralisme et l’indépendance et que les autorités de la concurrence devraient accepter dans un délai cours. Or ici le temps joue contre l’Avenir."

Pour François le Hodey, contrairement à ce que prétend le patron des Editions l'Avenir, l'association au groupe Rossel n'est que l'amorce d'une pure et simple cessation du journal: "On nous dit qu'il n'y a pas de projet de consolidation avec Rossel. Il y a plusieurs manière de consolider. La mutualisation est une des manière de consolider."

L’association des journalistes professionnels évoque quant à elle une autre idée de reprise. Elle plaide pour un arrêt immédiat du plan social à l'Avenir, "létal pour le journal", sa sortie du giron de Nethys et la création d'une société à gestion coopérative et participative des salariés de L’Avenir et de ses lecteurs dans laquelle pourrait être associés un ou plusieurs opérateur(s) industriel(s) privé(s) ou des partenaires publics (SCOP). Selon Albert Jallet: "Nethys espérait pouvoir mettre en synergies Voo et l'Avenir, mais il n'y a jamais eu de réel projet opérationnel". Les Editions l'Avenir fonctionneraient alors selon un principe de gouvernance participative et le personnel participerait aux différents organes de décisions.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK