Réouverture des commerces ce 11 mai : pour Willy Demeyer certaines mesures du fédéral sont "impossibles à appliquer"

La Belgique rentre ce lundi matin dans la phase 1B de son déconfinement progressif avec la réouverture de la plupart des magasins. Cette décision du gouvernement fédéral s’accompagne d’un cadre qui a été détaillé par le ministre de l’Intérieur et qui doit être appliqué par les pouvoirs locaux. Mais les bourgmestres de quatre grandes villes de Bruxelles et de Wallonie (Bruxelles, Charleroi, Namur, et Liège) estiment que certaines de ces dispositions sont "impossibles à appliquer dans des centres-villes commerciaux" et ont écrit au ministre de l’Intérieur Peter De Crem pour le lui signifier.

Si les dispositions prises par le gouvernement sont jugées "extrêmement précises" par Willy Demey, celui-ci estime avec ses collègues Philippe Close, Paul Magnette et Maxime Prévot qu’elles sont arrivées "assez tardivement", soit ce vendredi 8 mai pour une mise en application ce lundi 11 mai.

Dans le courrier adressé au ministre, le bourgmestre de Liège ainsi que les trois autres bourgmestres de ces grandes villes de Bruxelles et Wallonie ont "fait remarquer" à Pieter De Crem que si ces mesures étaient "très détaillées", celles-ci étaient arrivées très tard et demandent le report de leur application. Par ailleurs, ils estiment que certaines de ces mesures sont "inapplicables" dans les centres-villes commerciaux.

Dès lors, ils ont signifié au ministre de l’Intrérieur, qu’à côté des dispositions fédérales envoyées vendredi dernier, ils ont pris "un certain nombre de mesures qui nous semblent appropriées et qui sont réalistes".

Quelles sont les mesures qui posent problème ?

Interrogé par Thomas Gadisseux sur les mesures pointées comme étant problématiques par les quatre bourgmestres, le socialiste évoque le document "de trois pages" et des exemples de règles à faire appliquer comme "prévoir des entrées et sorties séparées pour les rues commerçantes" ou "déterminer à l’avance le nombre maximum de personnes qui peuvent entre dans une zone commerçante donnée".

Une réglementation que Willy Demeyer estime difficile à faire appliquer dans une ville comme Liège parce qu’il faut d’abord calculer ce nombre mais aussi parce qu’il faut ensuite le faire respecter "sans créer une émeute ou un problème à l’entrée de la rue où vous aurez des gens qui vont attendre".


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Les quatre bourgmestres ont donc estimé qu’il y avait d’autres manières de faire, et ont pris leurs propres dispositions pour faire respecter le nombre de personnes autorisées à circuler dans une rue commerçante au même moment. Ils ont décidé d’avoir recours à des dispositions comme le "marquage au sol pour les principales rues", ou la "présence visible de la police dans les galeries commerçantes, dans les rues commerçantes […], aux endroits fréquentés comme les arrêts de bus".

Concernant la gestion des files à l’extérieur, "nous l’assumons", mais à l’intérieur "ce sont les commerçants qui vont le faire". "Et puis nous avons créé un centre de surveillance et d’analyse de l’espace public avec des caméras, nous avons de nombreuses caméras, avec la centralisation des constats policiers", indique M. Demeyer.

Demande de report de l’application des mesures envoyées par l’Intérieur

Compte tenu de la situation et de l’arrivée tardive des mesures sur la table des villes, les quatre bourgmestres demandent le report de l’application de celles-ci au week-end prochain. Une prise de position forte alors que beaucoup de centres commerciaux et de commerces ouvrent ce lundi matin.

Une décision justifiée par la réception tardive de la lettre. "Nous avons agi, comme souvent les bourgmestres doivent le faire, dans une certaine urgence. Ça ne veut pas dire qu’on n’a rien fait".

Nous savons ce qui est réaliste et ce qui ne l’est pas

Y a-t-il, dès lors, de la confusion entre les différents niveaux de pouvoir ? Pour le bourgmestre de Liège, "Ce n’est pas une confusion. Il y a différentes approches et au niveau des bourgmestres nous sommes sur le terrain, […] et nous savons ce qui est réaliste et ce qui ne l’est pas".

La question de la responsabilité des bourgmestres

Il ajoute : "Nous ne sommes pas dans la lettre de ce qui nous a été écrit mais dans l’esprit de ce que le ministre nous a dit et à notre estime tout cela pose en filigrane la question de la responsabilité des bourgmestres qui souvent apparaissent en bout de chaîne. En bout de chaîne à propos des maisons de repos, en bout de chaîne à propos des masques, en bout de chaîne à propos de la gestion de l’espace public. Et j’ai observé qu’en France, il y a maintenant un débat qui viserait à exonérer de certaines responsabilités les bourgmestres qui en ont beaucoup".

L’idée derrière ce courrier serait donc de se protéger ? "Nous ne fuyons pas les responsabilités mais nous estimons que là on nous met face à certaines dispositions qui ne sont pas applicables et je ne voudrais pas qu’on nous reproche après de ne pas les avoir appliquées telles quelles".

Cependant Willy Demeyer semble confiant concernant la réouverture des commerces ce lundi car "rien n’est mal fait" même s’il aurait souhaité recevoir la lettre "plus tôt" et pouvoir "en discuter un peu plus". Il estime par ailleurs qu’il ne devrait pas y avoir de "grandes ruées" et que cette réouverture des commerces se passera bien mais qu'"il vaut mieux prévenir que guérir".

L’application des règles par la police

Afin d’assurer un retour dans les commerces dans la sérénité, la police est mobilisée. Si du côté de Liège le moral des troupes semble au beau fixe, selon le bourgmestre, il demande que les règles soient claires pour pouvoir être comprises de tous pour ensuite être appliquées et que la police puisse les faire respecter.

Les commerçants pourraient-ils exiger le port du masque pour entrer dans leurs magasins ?

Concernant ces dispositions fédérales, il y a notamment la recommandation du port du masque mais pas d’obligation. Un commerçant pourrait-il néanmoins exiger le port du masque et refuser l’accès à sa boutique à un client qui n’en porterait pas ? Le bourgmestre dit réfléchir à cette question mais estime que "dans son périmètre, le commerçant décide".

Si la ville "ne peut pas le rendre obligatoire", elle a néanmoins décidé de fournir des masques à sa population et a fortement recommandé son port.

Mais pourquoi n’est-il pas possible à un bourgmestre d’imposer le masque dans les lieux publics ? À cette question Willy Demeyer en réfère à des réunions qui ont eu lieu avec les services du gouverneur (de la province de Liège) où il lui a été répété ceci : "Nous ne pouvons pas faire moins que ce que les autorités fédérales ou régionales nous indiquent mais nous ne pouvons pas faire plus, non plus".

Dès lors, à Liège, le masque reste "fortement recommandé" et deux masques ont été donnés à chaque habitant de la ville pour en favoriser l’utilisation par chacun et chacune.

Quel impact aura la crise sur les communes ?

Alors que la crise du coronavirus frappe l’économie de plein fouet, les communes risquent, elles aussi, de vivre des périodes difficiles sur le plan des finances. La ville de Liège, dont l’état des caisses n’est pas au beau fixe, risque de subir des conséquences économiques importantes. La ville est-elle néanmoins en mesure d’absorber le choc ?

"Nous avons certaines interventions qui viennent du fédéral ou du régional qui vont nous aider. Elles ne vont pas pouvoir tout absorber mais nous n’avons pas le choix. Nous devons évidemment être prudents avec les dépenses publiques mais dans une crise comme celle-ci, il faut prendre les mesures nécessaires", juge le bourgmestre socialiste.

Il évoque aussi les réquisitions possibles par les bourgmestres qui peuvent faire usage de ce levier pour couvrir une dépense avec l’accord du directeur financier de leurs villes ou communes. Un dispositif qui permet aux bourgmestres de prendre les devants, notamment pour devancer des mesures fédérales.