Rentrée scolaire: le contre-la-montre est engagé pour donner corps au Pacte d'excellence avant les élections

Face à une montagne de travail, le cabinet de la ministre de l'Enseignement Marie-Martine Schyns (cdH) se veut toutefois rassurant.
Face à une montagne de travail, le cabinet de la ministre de l'Enseignement Marie-Martine Schyns (cdH) se veut toutefois rassurant. - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Les grandes vacances touchent doucement à leur fin. D'ici une dizaine de jours, les près de 900.000 élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles vont progressivement retrouver le chemin des écoles, tout comme leur quelque 100.000 enseignants.

Cette rentrée des classes -marquée cette année par un nombre record d'enfants toujours sur liste d'attente pour accéder en 1re secondaire- est aussi la dernière de la législature communautaire, qui restera dans les annales comme celle de l'élaboration du "Pacte pour un enseignement d'excellence".

Durant plus de trois ans, les différents acteurs de l'enseignement, à savoir les pouvoirs organisateurs, les syndicats et les associations de parents, ont travaillé d'arrache-pied pour échafauder l'école de demain, avec pour ambition de la rendre plus efficace et moins inégalitaire.

Nous, les acteurs du Pacte, on a fait notre boulot!

Si quelques premières mesures ont déjà été concrétisées, notamment le recrutement de profs supplémentaires et un meilleur soutien administratif des directeurs de l'enseignement fondamental, le gros des textes législatifs nécessaires à cette réforme n'a toujours pas été approuvé.

"La balle est clairement dans le camp du politique aujourd'hui. C'est à lui à agir ! ", exhorte Eugène Ernst, de la CSC-Enseignement. "Nous, les acteurs du Pacte, on a fait notre boulot ! ".

Les travaux, il est vrai, ont pris bien plus de temps que prévu. Pour s'assurer l'adhésion de tous, il a fallu concerter largement et longuement. Puis, certaines réformes se sont révélées particulièrement sensibles, d'autant que le diable se cache souvent dans les détails. Et puis, le "débranchage de prise" de Benoît Lutgen en juin 2017 n'a pas vraiment contribué à ressouder la majorité PS-cdH, ce qui a aussi entraîné son lot de retards...

Résultat : en tenant compte du prochain scrutin communal qui va accaparer la classe politique jusqu'à la mi-octobre, puis la campagne pour les législatives/régionales/européennes du 26 mai, il reste tout au plus six mois utiles pour s'accorder et voter un maximum de textes. Un vrai contre-la-montre.

Une "to-do-list" impressionnante

D'autant que la "to-do list" du Pacte est impressionnante ! Il y a le décret toujours en souffrance sur le pilotage des écoles, la réforme de l'inspection à concrétiser, le décret sur le recrutement des directeurs d'école à valider.

En mai dernier, la redéfinition programmée de la charge de travail des enseignants dans le cadre du Pacte avait passablement hérissé les syndicats, avec menace de grèves à la clé. Ici aussi, un accord doit donc encore être trouvé.

La réforme de la formation initiale des enseignants -qui doit passer de trois à quatre années- n'a, elle, toujours pas été définitivement validée. Les référentiels pour le futur tronc commun (visant à assurer un continuum pédagogique de la maternelle jusqu'à la 3e secondaire) sont, eux, toujours en cours d'élaboration alors que cette réforme doit théoriquement commencer en maternelle à la rentrée 2019 déjà...

Et puis, il reste à scinder les pouvoirs organisateur et régulateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles en matière d'enseignement, avec la difficulté supplémentaire que PS et cdH doivent ici convaincre l'opposition MR également, la réforme nécessitant une majorité des deux tiers...

Inquiétude des acteurs de l'enseignement

Face à cette montagne de travail, le cabinet de la ministre de l'Enseignement Marie-Martine Schyns (cdH) se veut toutefois rassurant.

"Il a toujours été clair que le Pacte était un processus continu, qui s'étalerait sur plusieurs années", rappelle son porte-parole. "Idéalement, c'est vrai qu'il faudrait que tous ces dossiers, qui sont fort liés, passent (avant les élections, ndlr). Mais si ce n'est pas possible, le travail se poursuivra après".

Et c'est bien ce qui préoccupe les acteurs de l'enseignement. Si le processus du Pacte est engagé, on est très loin d'avoir atteint un quelconque point de non-retour. Rien ne garantit que la prochaine coalition aux manettes en Fédération poursuivra l'ouvrage dans le même esprit, et exactement avec les mêmes plans.

"Si les textes et décrets ne sont pas votés avant la fin de la législature, je pense que ce sera la fin du Pacte ! ", prédit sans détour Joseph Thonon, de la CGSP-Enseignement.

Il est clair qu'on ne laissera pas faire n'importe quoi

Il est vrai que depuis que le cdH a publiquement répudié le PS l'an dernier, tout le monde s'attend à un changement de majorité après 2019, avec le MR en embuscade bien sûr.

Or, les réformateurs l'ont dit à maintes reprises : ils ne veulent absolument pas de l'allongement du tronc commun jusqu'à quinze ans, une mesure qui fait pourtant partie du délicat équilibre négocié par les auteurs du Pacte, lesquels ont toujours présenté l'édifice comme un tout indissociable.

"Beaucoup de questions subsistent donc sur l'avenir du Pacte. On est vraiment dans l'expectative, curieux de voir comment les choses vont se dérouler. Mais il est clair qu'on ne laissera pas faire n'importe quoi...", poursuit Eugène Ernst.

Certains espèrent d'ailleurs que les différents partis, au-delà de leurs positionnements politiques, ont convenu en coulisses un accord tacite pour mener le Pacte à bon port, indépendamment des aléas électoraux.

"Si l'on ne parvient pas à concrétiser le Pacte, alors il est clair qu'on est parti pour de nombreuses années avant que le monde politique ne parvienne à mobiliser à nouveau qui que ce soit pour réformer l'enseignement...", avertit Roberto Galluccio, l'administrateur-délégué du CPEONS, la fédération des pouvoirs organisateurs de l'enseignement communal et provincial dans le secondaire.

Lancer la machine législative

Visiblement bien conscient de l'enjeu et de l'urgence, le politique précisément pourrait passer très prochainement à la vitesse supérieure.

L'idée circule ainsi actuellement au sein du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles de convoquer, avant même la rentrée parlementaire officiellement prévue ce 6 septembre, une réunion de la commission Education pour approuver le décret sur le pilotage des écoles, et lancer ainsi la machine législative qui va devoir avaler d'ici au printemps prochain quantité de décrets relatifs au Pacte. Pour autant bien sûr que les derniers compromis soient forgés à temps...

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