Rentrée des classes : pas de droit de retrait sans avis médical pour les enseignants, affirme Julien Nicaise (FWB)

Ce lundi matin, c’est le grand jour pour les 120.000 élèves qui reprennent en principe le chemin de l’école en Fédération Wallonie-Bruxelles. Une mesure annoncée le mois dernier par le Conseil national de sécurité, qui suscite à la fois le soulagement et l’appréhension face aux risques de contamination. Mais l’administrateur de Fédération Wallonie-Bruxelles enseignement est plutôt satisfait de cette décision : "pour des raisons sociales et psychologiques, je pense que c’était important, ne fût-ce que pour préparer septembre dans des conditions grandeur réelle", affirmait-il dans Matin Première ce lundi.

Et pour des raisons pédagogiques ? Certains professeurs doutent de leur capacité à terminer les programmes à dix jours de la fin des cours. Julien Nicaise nuance : "c’est important que tous les élèves de rhéto, qui préparent un examen d’entrée, ou ceux qui sont dans le qualifiant, puissent rentrer." Faire rentrer d’abord les années certifiantes, c’était la bonne approche, selon l’administrateur. "Cela va permettre de pouvoir avoir de nouvelles matières, de pouvoir, en fonction de leur projet de vie, de mettre les priorités sur les cours importants", explique-t-il.

C’est une autre école qui a été mise en place en quelques semaines

Reprendre l’école, c’est bien, mais tous les établissements sont-ils préparés à faire respecter les 150 mesures sanitaires ? "Il faut souligner le travail des directions, de leurs équipes, des ouvriers, des enseignants qui ont vraiment réinventé leur établissement, c’est une autre école qui a été mise en place en quelques semaines, note Julien Nicaise, qui rappelle avoir visité plusieurs établissements ce week-end et encore ce lundi. Les mesures seront dures à respecter mais elles seront respectées." Parmi ces mesures, le port du masque : "à ma connaissance, ils sont tous là et ils ont été dispatchés", assure l’administrateur.


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Malgré le ton rassurant de l’administration, certains professeurs sont encore dans l’inquiétude. Pourront-ils faire appel à leur droit de retrait ? Oui… mais seulement pour des raisons médicales (maladie ou situation à risque). "Ça ne se décide pas soi-même, ça se décide avec son médecin traitant, affirme Julien Nicaise. C’est un avis médical qui est nécessaire, l’enseignant n’est pas médecin." L’administrateur rappelle que c’était déjà le cas lors de l’accueil des petits enfants en garderie, avec un roulement sur le terrain.

Continuer à "dédramatiser l’approche du numérique"

Avant cette première rentrée physique depuis le début du confinement, les enseignants ont dû travailler avec leurs élèves en numérique. Une tâche à laquelle certains d’entre eux n’étaient pas forcément habitués, et qui a pu causer des disparités dans l’enseignement des élèves. "La crise a montré que nous ne sommes pas tous égaux face à l’enseignement à distance, admet Julien Nicaise. La grande information que l’on doit retirer, c’est qu’il faut continuer à les former et dédramatiser l’approche du numérique pour les enseignants." L’administrateur rappelle que le gouvernement a pris une série d’initiatives pour avoir des ordinateurs dans les écoles.


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Le numérique pour tous d’ici quatre mois, n’est-ce pas un doux rêve ? "Il est clair que si on reste sur des mesures aussi drastiques, avec des silos de dix élèves, ça sera très compliqué de faire rentrer tout le monde, note l’administrateur. Si la crise continue à s’améliorer, on peut imaginer que les silos puissent être plus grands, alors on aura plus de souplesse, et s’il faut faire un roulement, on le fera, soit jour/jour, soit demi-jour/demi-jour", conclut-il.

Faire redoubler les élèves parce qu’on n’a pas su leur donner cours, c’est d’une injustice inexplicable

Mais les élèves qui ont été confinés et qui ne feront leur vraie rentrée qu’en septembre pourront-ils rattraper le temps perdu ? "Il faudra vraiment consacrer les premières semaines de cours à faire de la remédiation, un bilan et surtout pas entamer une année comme si c’était une année normale dès septembre", prévient Julien Nicaise. De la remédiation dès cet été ? C’est possible, selon l’administrateur, qui rappelle que le mot d’ordre reste "pas de redoublement" cette année, à moins d’être exceptionnel.

Une mansuétude qui pourrait pénaliser les élèves dans leur avenir ? "Nous sommes sur deux ou trois mois problématiques sur une scolarité d’une dizaine, voire une vingtaine d’années, tempère Julien Nicaise. Il est préférable d’essayer de régler les problèmes qui pourraient apparaître plus tard, que de dire aux élèves qu’ils redoublent parce qu’on n’a pas su leur donner cours, ça me paraît d’une injustice inexplicable."


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Quant aux professeurs, qui ont dû pratiquer un nouveau métier pendant deux mois, il est clair que le regard a changé, selon Julien Nicaise. "Les enseignants ont souvent 'mauvaise réputation' dans leur grand public, mais leur capacité de s’adapter est assez exemplaire", reconnaît-il. De quoi réfléchir à revaloriser le statut enseignant ? "Il faudra voir, nuance l’administrateur. Je pense que ce statut a des avantages et des désavantages, on verra au cours de cette crise comment ils vont appréhender les choses."

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