Remplacement des F-16: les dernières offres sur la table ce mercredi

C'est ce mercredi 14 février que les Etats et les avionneurs en compétition doivent remettre "leur meilleure offre" à la Belgique pour le renouvellement de nos vieux F-16. Des offres - prix d'achat, capacités, retombées économiques - qui vont être analysées par une série d'experts de la Défense. Dernière étape avant la décision du gouvernement fédéral attendue pour juillet.

Petit rappel : on parle tout de même d'un marché de 3,6 milliards d'euros montant initial, mais surtout de 15 à 18 milliards sur la durée de vie des avions, soit 40 ans. 

Officiellement, ils ne sont plus que deux en course, ayant parfaitement respecté la procédure choisie : l'Américain Lockeed-Martin producteur du F-35 et le consortium Eurofighter dominé par British Aerospace avec son avion de combat Typhon. Mais il y a aussi un 3ème larron, la France avec le Rafale produit par Dassault. La France qui propose un "partenariat stratégique et économique" HORS du processus de sélection classique.

Petit tour des prétendants

Jusqu'au dernier moment, on aura assisté à un lobbying jamais vu pour le "marché du siècle" : invitations presse, réceptions, contrats et promesses de retombées économiques, d'emplois à créer ou consolider. Des accords qui n'engagent à rien si l'on n'est pas pris. Chacun ses arguments dans une vaste opération-séduction.

Lockeed-Martin et son F-35, c'est l'archi-favori même s'il est aussi le plus cher - une fuite du Département d'Etat a évoqué un contrat à plus de 5 milliards. Misant sur la continuité de solides relations historiques avec la Belgique via le marché précédent, il y a 40 ans, celui des F-16. Lockheed qui a sorti l'artillerie lourde et un beau simulateur de vol pour mettre en avant son F-35. Même le N°1 de la force aérienne hollandaise, qui attend 37 F-35 à l'horizon 2019, a joué les représentants de commerce pour Lockheed et souligné que, comme Pays-Bas et Belgique collaborent (cela a été le cas notamment contre l'organisation terroriste Etat islamique en Syrie et Irak), ce serait plus facile si la Belgique achetait Américain. Le Lieutenant-général Dennis Luyt : "Si nous n'avons pas les mêmes avions alors les formations communes, les entraînements, les opérations conjointes deviendront différentes, plus lourdes voire impossibles. Voler sur les mêmes appareils rend cette collaboration plus évidente; elle peut aller beaucoup plus loin".  

Autre concurrent - l'outsider ?- le consortium anglais-italien-espagnol-allemand Eurofighter et son Typhoon, venu avec beaucoup de chiffres : 19 milliards d'euros de retombées promises, 6000 emplois, des contrats promis - certains déjà signés - dans tous le pays. Anthony Gregory, directeur de British Aerospace Systems Belgique : "L'une de nos propositions est la création de deux centres nationaux d'innovation spécialisés dans la recherche et le développement de nouvelles technologies. Ce genre de technologies sera nécessaire pour le développement d'un programme d'avion de nouvelle génération en Europe". 

Eurofighter qui écarte l'épouvantail du Brexit et promet que l'avion sera produit sur le seul continent européen. Europe, projet européen c'est aussi ce que promet la France, avec Dassault et le Rafale. 20 milliards d'euros de retombées économiques sur 20 ans, 5000 emplois soutenus, et là aussi des centres de compétences, d'innovation en Flandre, Wallonie et Bruxelles aussi. Le grand patron du groupe s'est même déplacé ce mardi à Bruxelles pour signer une dizaine de contrats de collaboration - future - avec des entreprises belges. Conférence de presse et contrats signés à la Warrande, un cercle d'affaires flamand.

Seul hic, les Français sont sortis de la procédure d'appel d'offres classique, respectée par les deux autres avionneurs, pour proposer un "partenariat stratégique et économique". Eric Trappier patron de Dassault : "La France a quelque chose de plus grand à proposer que simplement de répondre à des questions très formatées et plus restrictives dans un appel d'offres, quelque chose de plus en terme d'ambition, au sein de la construction d'une Europe de la Défense. Nous estimons donc que la Belgique devrait pouvoir étudier cette offre. C'est l'offre d'un pays ami, d'un pays voisin et d'un pays européen".   

Suite de la procédure : et maintenant ?

On le sait, le gouvernement belge s'est divisé sur l'offre française; le ministre N-VA de la Défense Steven Vandeput est plus que réticent, le MR s'est montré plus sensible à l'offre de Paris. Mais voilà officiellement on attend toujours l'analyse juridique qui devra dire si cette offre française, hors processus de sélection classique, pourra au final être étudiée avec les autres... 

Tout ce processus a été lancé en mars 2017 par le gouvernement Michel qui avait alors choisi de lancer un appel d'offres pour remplacer 34 de nos F-16 en fin de vie. 5 candidats au départ, mais Boeing et son F-18, la Suède et son Gripen se sont retirés en avril et juillet 2017. Reste donc Lockeed-Martin, Eurofighter et peut-être donc Dassault. Autant d'éléments qui vont être examinés à présent par des comités d'experts de la Défense - une trentaine en différents groupes selon les critères et différents chapitres de l'appel d'offres. De quoi préparer une note pour le ministre de la Défense qui, à son tour, remettra le dossier sur la table du gouvernement fédéral. Pour un choix définitif du gouvernement, dit-on, pour juillet, avant un prochain important sommet de l'OTAN où l'on devrait notamment reparler de la part d'investissements des uns et des autres en terme de dépenses militaires. On devrait alors savoir si l'équipe Michel valide l'une des propositions avancées... ou reporte à plus tard ou pour un prochain gouvernement le dossier épineux du remplacement des F-16.    

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