Remplacement des F-16: "Le gouvernement n'a pas véritablement pris ses responsabilités"

Le gouvernement ne l'a pas encore annoncé, mais la décision semble imminente : les avions F-16 devraient être remplacés en Belgique par les avions F-35 du constructeur américain Lockheed Martin. Un choix "incompréhensible", pour le député fédéral cdH Georges Dallemagne, invité de Matin Première ce jeudi. Pour le député, qui suit le dossier depuis longtemps, le gouvernement a fermé la porte à une ambition européenne en matière de défense, qui était "l'enjeu fondamental" de ce remplacement. "L’Europe s’est construite au départ sur le charbon et l’acier, rappelle Georges Dallemagne. On devrait faire aujourd’hui la même chose sur le plan de l’industrie de défense. C’est ça qui a été raté dans le choix de cet avion américain."

Pour le député, le F-35 est une impasse : il est très cher (3,6 milliards d'euros cette année, 15 milliards sur quarante ans) et semble déjà dépassé. Dans son développement, les constructeurs ont privilégié la furtivité, c'est-à-dire sa capacité à se rendre indétectable. "Mais on sait très bien que c’est un jeu du chat et de la souris, qu’il y a déjà des radars qui peuvent détecter le F35", note Georges Dallemagne. Le député rappelle d'ailleurs qu'à l'heure actuelle, la plupart des F-35 dans le monde sont au sol, et que beaucoup de pays qui ont fait ce choix s'en mordent les doigts : l'Italie, le Royaume-Uni ou encore Israël.

Le cahier des charges a été dessiné pour choisir cet avion américain

Selon Georges Dallemagne, il s'agit d'un choix politique, guidé par la N-VA, qui a "sans doute privilégié le lien transatlantique", un lien que le député ne rejette pas, même s'il préférerait un "vrai partenariat", et non une "vassalité de l'Europe à l'égard des Etats-Unis". "La N-VA a martelé à de nombreuses reprises qu'elle voulait cet avion", affirme Georges Dallemagne, rappelant que déjà en 2013, Pieter de Crem (CD&V), alors ministre de la Défense, le réclamait. 

Pour le député, les explications du gouvernement à la Chambre ce mercredi n'ont rien changé : "le Premier ministre ne s’est pas suffisamment impliqué dans ce dossier, il a laissé faire le ministre N-VA de la Défense, et nous n’avons rien appris à la Chambre, regrette Georges Dallemagne. On nous a parlé de procédures et de dossiers dont on nous avait parlé il y a un an et demi." Même s'il reconnaît que le gouvernement s'est appuyé sur l'armée, avec 30 militaires sur les 33 experts, le député persiste à penser que la décision était politique et courue d'avance : "On savait dès le départ que le cahier des charges avait été dessiné pour choisir cet avion américain."

Nous avons laissé faire un parti

Georges Dallemagne est convaincu qu'il y avait une collusion entre le gouvernement fédéral et le constructeur américain Lockheed Martin. En mars dernier, un rapport de Lockheed Martin avait fuité : il affirmait que les F-16 pouvaient être prolongés, mettant le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA) dans la tourmente. Lockheed Martin avait dû venir à la rescousse des Etats-Unis pour finalement expliquer que les F-16 étaient obsolètes, rappelle Georges Dallemagne.

Au-delà des questions d'influence, Georges Dallemagne regrette que l'ambition européenne ait été abandonnée. "J’ai l’impression que le gouvernement n’a pas véritablement pris ses responsabilités, explique le député. Nous avions la possibilité de peser sur l’ambition européenne, d’avoir enfin une bonne nouvelle pour les Belges et les Européens en matière de sécurité et de défense, et en matière de politique. Nous avons raté ce coche, parce que nous avons laissé faire un parti, il y a eu un problème de responsabilité majeure."

Nous déforçons notre capacité et notre industrie de défense belge

En choisissant l'option américaine au détriment du Rafale proposé par Paris, le gouvernement fédéral a porté "un très sale coup dans les relations franco-belges", note Georges Dallemagne. "Le président français est l’un des rares dirigeants qui a une vraie ambition européenne", affirme le député, qui estime que la Belgique aurait "dû à tout le moins s'asseoir à la table des Français." Pour Georges Dallemagne, la France et l'Allemagne sont actuellement en train d'élaborer "l'avion du futur". Après une telle "claque", difficile d'imaginer que la France propose encore à la Belgique d'embarquer dans son projet. 

Concernant l'impact pour la Wallonie, Georges Dallemagne s'inquiète : "Nous ne savons rien des retours industriels, nous savons que ce sera en tout cas nettement moins qu’avec le F16, et probablement nettement moins qu’avec l’Eurofighter [le projet d'avion européen, ndlr] et le Rafale." Pour le député, la Flandre souhaite, avec ce choix américain, "rééquilibrer l'industrie de défense à son profit", alors que la Wallonie possède un pôle industriel important dans la défense et la sécurité. "En allant acheter des avions américains, nous déforçons notre capacité et notre industrie de défense belge, explique Georges Dallemagne. Je plaide pour qu’on ait un pôle de sécurité et de défense qui se traduise par une ambition industrielle."

Interrogé enfin sur sa volonté de se désengager de la vente d'armes à l'Arabie saoudite, Georges Dallemagne a rappelé que l'enjeu était important : "l'Arabie saoudite pose des problèmes sur notre propre sécurité : il y a un lien entre salafisme et terrorisme." Le député rappelle que la Wallonie n'est pas seule à vouloir abandonner le commerce militaire avec le régime saoudien : c'est également le cas de l'Allemagne.

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