Remplacement des F-16: "Choisir un avion qui permettra à l'industrie wallonne de s'inscrire dans le futur"

Quelles sont les retombées économiques potentielles du remplacement des F-16, pour l'industrie aéronautique belge? C’est la grande question qui se pose pour notre économie, pour le monde politique et pour le fournisseur potentiel. Mais à entendre Pierre Sonveaux, président de la Sonaca et de l'EWA (association des Entreprises Wallonnes de l'Aéronautique), la réponse est loin d’être évidente. 

Ce mercredi, les avionneurs candidats au renouvellement des chasseurs F-16 de l'armée belge doivent déposer leur meilleure offre finale au comité d'acquisition. Trois candidats sont encore en lice. Deux d’entre eux, Lockheed Martin (F-35) et le consortium européen Eurofighter (Typhoon) ont respecté l'appel d'offres. Le troisième candidat est le Rafale du français Dassault qui a choisi de ne pas suivre la procédure officielle.

Ce contrat préfigure-t-il la poule aux œufs d’or pour l’industrie belge ?  Pierre Sonveaux y voit plutôt l’opportunité "de participer demain à des programmes du futur et de se positionner sur les nouvelles technologies."

Rien à voir avec le contrat F-16

Par rapport à l’achat des F-16, il y a 40 ans, la situation a bien changé, explique le président de la Sonaca. "Sans le F-16, il n’y aurait pas eu d’industrie aéronautique en Belgique. Le contrat portait sur l’achat de 120 exemplaires d'un modèle encore en cours de développement. Cette fois l’armée va acquérir 34 avions qui ont terminé leur développement et pour lesquels il n’y a plus de place à prendre dans la chaîne d’approvisionnement.

Les compensations industrielles, c’est fini

Le message de Pierre Sonveaux est qu’il faut, cette fois, prendre position sur des programmes du futur. D’autant que, par rapport à la situation de 1975, les compensations industrielles ne sont plus autorisées par la loi. "Les associations professionnelles doivent donc convaincre les fournisseurs qu’ils ont intérêt -sans obligation- à développer des collaborations avec l’industrie belge. Car des accords de collaboration sont toujours possibles, mais sans plus figurer parmi les critères d’attribution d’un contrat."

Les retombées potentielles: 20 milliards ou 4 milliards?

Les chiffres des retombées potentielles pour l’industrie belge sont peu précis. Il est question de 20 milliards pour le Rafale de Dassault et le Typhoon du consortium Eurofighter. Mais Pierre Sonveaux relativise : "Il s’agit surtout de la pérennisation de certains contrats existants. Au-delà de cela, ce qui nous intéresse c’est de nous inscrire dans de nouvelles technologies. Et dans ce cas, on ne parle plus que de 4 milliards d’euros."

Or, pour l’instant, les candidats fournisseurs présentent des lettres d’intentions, sans engagements fermes. "Nous espérons que ces intentions se transforment en engagements de manière à ce que nous puissions évaluer ce retour financier de manière précise."

Lequel est le meilleur ?

Lequel des trois prétendants séduit le plus les entreprises wallonnes? Pierre Sonveaux opte pour une réponse de Normand: "Nous manquons d’une vue précise des retombées pour les entreprises wallonnes. Des opportunités s’ouvrent pour tous les candidats".

Les fournisseurs ont aussi des stratégies différentes. Lockheed Martin, par exemple, ne veut pas d’accord avec les associations, mais avec des entreprises. Et cela dans le cadre de règles de confidentialité très sévères, souligne le président de l’EWA qui semble préférer une discussion avec les l’associations, laissant ainsi la porte ouverte à tous les fournisseurs qu’elles représentent. "Eurofighter -le Typhoon- a compris qu’il est plus facile de travailler avec les associations pour élaborer des projets très génériques qui ne s’adressent pas à un interlocuteur particulier."

Le F-35, favori, le Typhoon outsider

Tout le monde le dit, le F-35 serait le plus cher des trois avions de combat. La Belgique peut-elle vraiment se l’offrir? Pierre Sonveaux reconnaît que le coût d’exploitation et de fonctionnement de l’avions américain est élevé, mais renvoie à l’appel d’offre: "L’appel d’offre  lancé définit les critères sur lesquels le choix sera déterminé. Les 3 avions remplissent les minima requis par l’armée." Retour à la case départ.

Reste l’argument politique de la préférence européenne. Surtout, explique le patron de l’IWA si, "à travers un partenariat, la Belgique peut s’impliquer dans un programme du futur. Par exemple en s’associant au programme du futur chasseur franco-allemand" qui reste encore à développer.

La décision du gouvernement est attendue pour juillet, mais selon Pierre Sonveaux, l’analyse des dossiers demandera des mois. "Le timing me paraît extrêmement court, mais on peut s’attendre à une décision encore cette année".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK