Remboursement des traitements innovants: des négociations "opaques" avec l'industrie

Jean-Pascal Labille, patron des mutualités Solidaris et ex-ministre fédéral des Entreprises publiques était sur le plateau de Matin Première ce mardi, afin d'évoquer la politique de Maggie De Block en matière de santé, et le mouvement des gilets jaunes.

Le coût des malades longue durée ne cesse d'augmenter, son budget s'approchant de celui du chômage. En cause, le vieillissement de la population, mais surtout, selon l'Inami, les pathologies d'ordre psychique — dépression et burn-out — et musculo-squelettique.


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Le gouvernement a donc décidé de s'attaquer au problème de la réintégration des malades longue durée. La ministre fédérale de la Santé Maggie De Block a lancé donc un plan "d'activation" des malades longue durée, et parmi les mesures, des incitants ou des pénalités financières pour les mutuelles, selon leurs efforts dans leur réintégration. Un plan qui ne reçoit pas l'approbation du patron de la mutualité socialiste.

"Je suis d’accord avec le principe d’accompagner les gens pour les remettre au travail. Mais ce n’est pas ce que Maggie De Block propose. Elle veut les forcer à reprendre le travail. Elle responsabilise financièrement les mutuelles, et pousse les médecins conseils à prendre des décisions parfois tout à fait antinomiques par rapport à une personne, ce n’est pas comme cela que l’on fait."

Et de rappeler que seule une petite partie des malades ne reprend pas le travail après six mois. "50% des gens qui sont en maladie ont repris le travail au bout de deux mois, 80% au bout de six mois. On vient de faire une enquête sur 16.000 personnes qui sont en maladie longue durée : 68% ont été considérées comme déclassées socialement — même si je n'aime pas ce terme —, inaptes au travail. Il faut répondre aussi à cet aspect-là des choses, et ce n’est pas en les obligeant à reprendre le travail que l’on va régler les choses. Il faut les accompagner, avec les offices des emplois comme on avait fait sous le gouvernement précédent, pour les aider à retrouver un poste adapté à leur situation de maladie, et sur base volontaire. Pas avec des mesures comme Maggie De Block a prises où l’employeur peut licencier la personne sans indemnité parce qu’il n’y a pas de poste adapté."

A propos de cette responsabilisation des mutuelles, "elles n’ont pas besoin d’un bâton pour jouer ce rôle d’accompagnement", rétorque Jean-Pascal Labille.

Maggie De Block a accepté, pour les médicaments innovants, des coûts scandaleusement élevés

Parmi les causes de la hausse du coût des médicaments, le remboursement de nouveaux traitements innovants qui justifient que dans l’enveloppe budgétaire, le prix de certains médicaments soient plus élevés, afin d'assumer ce coût supplémentaire. Sur ce volet du budget santé, Jean-Pascal Labille dénonce des négociations opaques entre les industries pharmaceutiques et la ministre de la Santé.

"Maggie De Block a accepté, pour les médicaments innovants, des coûts scandaleusement élevés, avec l’industrie pharmaceutique dans un système d’opacité complète, de non transparence des prix."


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Et d'avancer des chiffres pour le déficit du secteur pharma, alors que tous les autres secteurs du budget de la santé sont dans le positif : "Aujourd’hui l’industrie pharmaceutique doit à la sécurité sociale 580 millions, je me demande si Mme De Block va aller chercher cet argent. Les médecins et dentistes ont remis une liste de demandes de meilleurs remboursements, pour 450 millions" qui n'a pas été entendue par la ministre. "C’est impossible de le faire, puisqu’il y a ces 580 millions que l’industrie pharmaceutique ne redonne pas au budget maladie." En réaction, l'Absym,  Association Belge des Syndicats Médicaux, s'est abstenue d'approuver le budget 2019 de la santé.

Centralisation des services de soin: "Maggie De Block veut aller trop vite"

Un des projets de la ministre de la santé est de lancer une centralisation des services de soin dans le pays, pour éviter, par exemple, à des hôpitaux proches de fournir les mêmes services. Une réforme que soutient le patron de Solidaris, mais de nouveau, en dénonçant la méthode utilisée par Maggie De Block. "Je soutiens la nécessité d’intégrer les hôpitaux dans un bassin de soin. Mais là où la méthode de Maggie De Block a ses limites, c’est qu’elle veut faire des économies tout de suite, et elle ne se laisse pas le temps de réformer le parc hospitalier. Et donc, à cause de cela, cette réforme ne va pas décoller alors qu’il y a nécessité de mettre ces hôpitaux en réseaux pour mieux soigner les patients demain. Il y a une évolution technologique, et liée au vieillissement, qui impose que l’on s’organise autrement."

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