Relance: faut-il diminuer le coût salarial?

Pierre Kroll
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Pierre Kroll - © Pierre Kroll

Un vent d'optimisme semble souffler sur la Belgique, mais le pays va-t-il réellement mieux? Les chiffres du chômage restent élevés, les cas de faillites d'entreprises ou de licenciements collectifs sont nombreux. La relance sur laquelle le gouvernement s'est accordé portera-t-elle ses fruits? Sur le plateau de Mise au Point ce dimanche, la question d'une baisse du coût salarial était au centre d'un débat mouvementé.

Si la déclaration gouvernementale a été faite avec grand enthousiasme par la majorité, et que le Premier ministre a vanté l'efficacité de la "recette belge" pour redresser l'économie, retrouver la confiance et aller de l'avant, une question plane au-dessus des têtes : est-ce que cela suffira ?

Cette déclaration avait immédiatement fait l'objet de critiques de l'opposition, mais aussi du MR qui parlait d'"autosatisfaction stérile". Pour Christine Defraigne, cheffe de groupe MR au Sénat, "le gouvernement a fait des choses colossales sur une demi législature, et a pris de bonnes mesures de relance". "Mais la crise cogne encore dur", dit-elle, en appelant à aller "plus loin, plus vite et plus fort" pour certaines mesures. Elle relève par exemple l'allègement des charges fiscales, ou la diminution de l'impôt sur les sociétés. Mais elle insiste surtout : "Notre coût salarial nous handicape par rapport à nos pays voisins", dit-elle.

Un handicap salarial par rapport aux pays voisins ?

Et alors que le nombre de faillites n'a jamais été aussi important en Belgique, pour l'administrateur délégué de BECI (une entreprise bruxelloise) Olivier Willocx, c'est justement ce handicap salarial qui étouffe les entreprises.

"Les charges sociales pèsent très fort aujourd’hui", dit-il en pointant "un dérapage de l’ordre des 16%" avec nos voisins immédiats.

Si ce chiffre est contesté, il ajoute que "tout le monde sait que faire travailler quelqu’un à Bruxelles ou en Wallonie coûte plus cher que chez notre premier partenaire, l’Allemagne".

Pour lui, l'allègement des charges sur les cinq premiers emplois "ne va pas assez loin""parce que les petites entreprises ont engagé moins que ce qu'elles pouvaient".

Rikiki, ce plan de relance ?

A cela, Joëlle Milquet précise que la volonté de gouvernement était d'établir, plus qu'un plan de relance, une "stratégie de relance". "On garde les mêmes objectifs, explique-t-elle, mais on peut ajouter des morceaux à chaque conclave selon les moyens dont nous disposons".

Faut-il aller plus loin dans la baisse du coût du travail ? Ceux qui le demandent font part, selon la ministre cdH de l'Intérieur, "d'une grande hypocrisie". Pour elle, il faut d'abord que ceux qui proposent d'aller plus loin "expliquent comment ils vont financer ces mesures de relance".

Bref, "faire des dépenses sur le dos de l'Etat ou des trous dans la sécurité sociale" n'est d'après elle plus possible.

Une exonération complète des charges sur les trois premiers emplois ?

Christine Defraigne y va dès lors d'une proposition : pour la cheffe de groupe MR, qui annonce "un effet retour""il faut une exonération des charges complètes sur les trois premiers emplois pendant les treize premiers mois".

Cela ne convainc pas Philippe Defeyt, président Ecolo du CPAS de Namur et économiste, qui parle d'"effet d’aubaine", parce que "certains profiteront de ce plan alors qu'ils auraient de toute façon embauché".

Il plaide plutôt pour une concertation européenne qui mènerait "à une véritable relance en se basant sur la construction de logements pour abaisser les prix, compenser le manque et fournir de l'emploi à un secteur qui en a besoin".

Revenant sur une éventuelle baisse du coût du travail, Alain Mathot, député fédéral PS, met en garde : "Il ne faut pas partir sur une mesure linéaire", dit-il.

"Une grande opération de relance au niveau européen"

Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, veut élargir le débat au-delà de cette seule baisse du coût du travail : "C'est loin d'être le seul problème", martèle-t-il. "Si on le diminue, il faut protéger la sécurité sociale au niveau de ses rentrées".

"Si on veut faire de la relance, il faut le faire sur les plans régional et fédéral, mais cela doit s'articuler au sein une grande opération de relance au niveau européen, financée par des moyens européens".

Faire travailler bénévolement les chômeurs, bonne ou mauvaise idée?

Christine Defraigne voit d'un bon oeil la proposition de Rik Daems de faire travailler les chômeurs de longue durée au profit de la collectivité. Claude Rolin ne partageait pas son enthousiasme, critiquant vivement "une façon de stigmatiser les chômeurs".

Philippe Defeyt parle quant à lui de "fausse bonne idée" "Aujourd'hui, nettoyer les rues par exemple nécessite des qualifications, et cela demande de la formation qui coûte aussi de l'argent", dit-il.

Et Alain Mathot d'y aller de son propre exemple : "Les travailleurs cotisent pour avoir une assurance financière en cas de perte d’emploi", explique-t-il, en ajoutant de façon cynique qu'"on pourrait demander aux pensionnés de travailler un jour par semaine parce qu'ils touchent de l’argent de l’Etat".

Gino Russo a voulu conclure le débat en rappelant cette marche blanche du 20 octobre 1996, au cours de laquelle "les citoyens ont marché pour leurs droits""On ne peut plus se plier à des banques comme Goldman Sachs ou à une Commission européenne dont on sait comment elles sont composées", dit-il.

"J'ai l'impression qu'on ne compte que pour très peu de chose dans notre société de chiffres".

G.R.

Réunis sur le plateau de Mise au Point, les invités d'Olivier Maroy étaient :

Christine Defraigne, cheffe de groupe MR au Sénat

Alain Mathot, député fédéral PS

Joëlle Milquet, Vice-présidente cdH et ministre de l'Intérieur

Philippe Defeyt, Ecolo, président du CPAS de Namur et économiste

Claude Rolin, secrétaire général de la CSC

Gino Russo, délégué syndical FGTB chez ArcelorMittal

Olivier Willocx, administrateur-délégué BECI (entreprises bruxelloises)

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