Réformes des bourses d'études: "Dans les faits, l'enseignement supérieur est inégalitaire"

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles
Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles - © RTBF

Le 17 novembre, c'est la journée internationale de l'étudiant et des étudiantes, la FEF (Fédération des étudiants francophones) lance une campagne sur la précarité étudiante. La Ligue des familles est partenaire de cette campagne, sa secrétaire politique Delphine Chabbert explique pourquoi elle soutient cette initiative: 

"Pour des chiffres d'abord, qui traduisent une réalité étudiante très dure, des chiffres qui s'aggravent d'année en année, qui ont des impacts très négatifs sur les familles. Un premier chiffre : le nombre d'étudiants qui dépend du CPAS pour financer leurs études a été multiplié par 7 en 15 ans."

"Aujourd'hui ce sont plus de 27 000 étudiants qui sont en grande difficulté financière. Autre chiffre: le coût des études : entre 8000 et 10.000 euros par an, ce n'est pas rien. Ce montant augmente d'année en année et devient un vrai frein à l'enseignement supérieur pour toute une série de jeunes. Dernière chose, des aides insuffisantes: le système de bourses est trop faible. On a supprimé le critère académique, c'est bien, mais du coup on a changé les règles d'obtention de ces bourses, et aujourd'hui de nombreux étudiants n'ont plus accès à ces aides. Dans les faits, l'enseignement supérieur est inégalitaire puisque les étudiants de familles modestes y sont moins nombreux que les autres".

Quelles sont les conséquences pour les jeunes et pour leurs familles ?

"Pour les étudiants, c'est le travail: un étudiant sur deux a un job pour financer ses études. Parmi eux, ce sont 15 % qui doivent se débrouiller intégralement, sans aucune aide de leurs parents. Et pire, on voit se dérouler des phénomènes comme la prostitution sur les campus."

"Difficile de ne pas évoquer la polémique autour des sugar daddies, cette histoire est proprement scandaleuse par la promotion commerciale de la prostitution de jeunes femmes sur un campus universitaire. Mais surtout elle témoigne d'une réalité inacceptable qui est celle de la pauvreté des étudiantes et des étudiants. Première conséquence pour les famille: l'appauvrissement ; deuxième, l'angoisse des parents pour faire face à ces dépenses ; troisième, on voit beaucoup d'inégalités entre les familles, et les familles monoparentales et celles à revenus modestes sont très éprouvées ; quatrième conséquence, des tensions intrafamiliales quand le jeune doit passer les portes d'un CPAS et qu'il doit exiger de ses parents qu'ils assument leurs responsabilités alimentaires ; et cinquième conséquence — c'est la pire selon moi — c'est l'autocensure. L'autocensure c'est que parfois très tôt des parents ou des jeunes s'interdisent d'imaginer une seconde de faire des études supérieures. Ils intègrent le fait que ce n'est pas pour eux parce qu'ils ne pourront pas payer. Cette autocensure est un échec de la démocratie".

Qu'est-ce que vous attendez de cette campagne ?

"Nous voulons rappeler aux autorités leurs responsabilités par rapport à la jeunesse. Nous voulons aussi attirer l'attention sur le poids qui pèse sur les familles quand l'État ne joue plus son rôle. Avec son lot d'inégalités d'une famille à l'autre, chaque jeune, quel que soit le milieu dont il est issu, doit pouvoir faire des études si c'est son choix, et ça dans des conditions de vie correctes. Alors, nos revendications communes avec toutes les organisations qui soutiennent cette campagne de la FEF sont simples : des études moins chères, un élargissement des aides sociales et un refinancement de l'enseignement supérieur. Investir dans l'enseignement c'est nous enrichir tous en permettant à un maximum de jeunes de développer leurs projets. Et  l'enseignement supérieur reste encore l'un des meilleurs moyens pour ça, c'est incontestable, et je pense qu'il faut vraiment le défendre".

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