Réforme intrafrancophone: main tendue entre Magnette et Jeholet, silence du cdH

"La main est tendue" de la part du MR wallon pour débattre de transferts de compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles vers la Wallonie, a affirmé Pierre-Yves Jeholet (MR) à Paul Magnette (PS).
"La main est tendue" de la part du MR wallon pour débattre de transferts de compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles vers la Wallonie, a affirmé Pierre-Yves Jeholet (MR) à Paul Magnette (PS). - © JOHN THYS - BELGA

"La main est tendue" de la part du MR wallon pour débattre de transferts de compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles vers la Wallonie, a affirmé lundi le chef de groupe MR, Pierre-Yves Jeholet, à l'adresse du ministre-président wallon Paul Magnette (PS), tout en lui lançant plusieurs avertissements.

Paul Magnette était interpellé en commission du parlement wallon par Pierre-Yves Jeholet et le chef de groupe Ecolo, Stéphane Hazée, sur sa volonté, réaffirmée lors d'une rencontre avec la presse il y a deux semaines, d'ouvrir un débat dans l'assemblée sur la régionalisation d'une série de petites compétences communautaires pour 2019, via l'activation de l'article 138 de la Constitution, sur le modèle des accords de la Ste-Emilie.

Quant à un débat sur une régionalisation des deux grandes compétences communautaire, Enseignement et Culture, il ne serait envisageable qu'après 2019, a réexpliqué Paul Magnette, à propos de ce sujet qui divise jusque dans son parti.

Cela se ferait alors en prévoyant des "solidarités fortes" entre Wallonie et Bruxelles, "à reconstruire, à réinventer dans un nouveau schéma institutionnel". "Cela n'a rien à voir avec une 7e réforme de l'État. Je ne suis pas demandeur d'une régionalisation venant du Fédéral, car je comprends le contexte politique dans lequel on sera en 2019", a souligné Paul Magnette, en évoquant la N-VA.

"J'en appelle à une Ste-Emilie bis. Depuis 1980, on est prisonnier d'un non-choix, on a divisé entre différentes entités fédérées (Régions et Communautés, NDLR). Les Flamands ont résolu le problème en dissolvant leur Région dans la Communauté, les Wallons et les Bruxellois le font par transfert", via l'article 138.

Renforcement des compétences et enseignement

Quant à l'après-2019, à ses yeux, "plus nos compétences (régionales) se renforcent, plus nous avons besoin que les compétences d'Enseignement et Culture soient exercées sur une base régionale. C'est quand même très compliqué de dire 'nous avons un projet de société, mais on ne va pas parler des deux domaines qui forment l'esprit, l'identité et le savoir-faire des citoyennes et citoyens de Wallonie: l'enseignement et la culture'".

Paul Magnette a repoussé les attaques de l'opposition MR et Ecolo qui ont dit lire dans ce plaidoyer un aveu d'impuissance du chef de l'exécutif.

Au-delà, Pierre-Yves Jeholet, partisan d'une Belgique à quatre Régions, a souligné qu'il gardait la main tendue à cet égard, toute décision nécessitant une majorité des deux tiers. "Oui, sur le fond, demain on est prêt à aborder le débat. Si aujourd'hui les politiques éducative, d'enseignement et de formation étaient des succès, on ne serait pas à en débattre ici au Parlement".

Mais "chat échaudé craint l'eau froide", a-t-il prévenu, en rappelant l'échec de la commission spéciale Renouveau démocratique, où il juge que le gouvernement a repris le contrôle en étouffant le débat parlementaire. Heureux de voir cette main tendue, M. Magnette a reconnu "des torts partagés" dans la gestion de la commission spéciale.

Stéphane Hazée, quant à lui, s'est demandé où serait la plus-value d'un transfert de compétences. "Sur quelles décisions Bruxelles empêche-t-elle la Wallonie, à travers la Fédération Wallonie-Bruxelles, de prendre une quelconque orientation par rapport aux enjeux de l'école", a-t-il demandé, dénonçant une certaine forme de "romantisme".

Les arguments attendront le débat

Paul Magnette n'a pas répondu à cela, disant réserver ses arguments pour le débat, lorsqu'il aura lieu. Tout au plus a-t-il évoqué l'avantage d'une proximité plus forte des pouvoirs organisateurs pour mieux répondre aux demandes concernant les bâtiments scolaires.

Stéphane Hazée préconise quant à lui une intégration plus poussée des deux gouvernements via les doubles casquettes ministérielles. A ses yeux, une réflexion entre Wallons, sans y associer les Bruxellois, serait une erreur majeure dans la perspective de l'après 2019. Il a mis en garde contre le danger qu'un débat intrafrancophone aboutisse à ce que les francophones de Bruxelles "soient poussés dans les bras de la Flandre".

Le cdH, quant à lui, n'est pas intervenu dans les interpellations. Le parti centriste est traditionnellement un grand défenseur de la Communauté française, même si le vice-président du gouvernement wallon Maxime Prévot s'est déjà prononcé par le passé pour la régionalisation de compétences communautaires (tourisme, sport, patrimoine mobilier). Culture et enseignement constituent des lignes rouges pour le cdH.

Plus généralement, les divergences entre régionalistes et communautaristes traversent les quatre plus grands partis du parlement wallon.

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