Photovoltaïque: "Les gens vont traîner le gouvernement wallon au tribunal"

Pierre Kroll
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Pierre Kroll - © Pierre Kroll

Le gouvernement wallon a décidé de modifier le soutien qu'il apporte au secteur de l'énergie photovoltaïque. Fallait-il vraiment changer les règles en cours de jeu? Ceux qui ont déjà placé des panneaux photovoltaïques seront-ils réellement les dindons de la farce? Aujourd’hui l’heure est à la discorde et à l’indécision, comme en témoignait l'ambiance du plateau de Mise au Point.

Derrière les interminables discussions du gouvernement, les ménages sont en ébullition. Faudra-t-il qu'ils paient tous, ceux qui ont installé des panneaux comme ceux qui ont décidé de ne pas investir ou n'ont pas eu les moyens de le faire? D’un autre côté, les installateurs ont le couteau sur la gorge et ne savent pas vers où ils vont. Le MR quant à lui, isolé dans l’opposition, veut intervenir. Les libéraux crient au "hold-up".

Le débat s’ouvre sur une constatation : le ministre wallon de l’Energie Jean-Marc Nollet (Ecolo), son prédécesseur André Antoine (cdH) et Rudy Demotte (PS), le ministre-président du gouvernement wallon, ont décliné l’invitation au débat. 

"Courage, fuyons ! Voilà ce qu’ils ont du se dire"Sur le plateau, Régis François est remonté. Il est venu représenter ceux qui, comme lui, ont investi dans le photovoltaïque suite aux incitations du gouvernement. Il s’estime complètement lésé par le retour en arrière que ce dernier veut opérer.

Il faut dire que le gouvernement est victime du succès du mécanisme de soutien qu’il avait mis en place. Aujourd’hui, il va falloir éponger une dette de plus de 2,5 milliards d’euros. Mais à charge de qui ?

Laurent Minguet, administrateur délégué de Sol Invest, estime qu’il n’a pas été écouté alors qu’il proposait des solutions : "J’avais prévenu quand il y avait 700 millions de dettes. Jean-Marc Nollet a progressivement réduit les subsides, de plus en plus. Mais le problème est qu’André Antoine ne voulait pas toucher à son bébé Solwatt. On a été trop longtemps généreux !".

Il met le gouvernement en garde : "Ce qui va arriver, c'est un deal mexicain : ceux qui attendent leurs certificats verts vont tous traîner le gouvernement au tribunal. Et personnellement je vais le faire !"

Jean-Luc Crucke (MR): "Il faut redescendre sur terre. Stop aux idéologies bon marché"

"Qui va payer la dette ?". Sans attendre d'autre réponse, Jean-Luc Crucke monte au créneau. "Nous demandons une commission spéciale qui pourra directement se pencher sur le problème. C’est irresponsable. L’opposition veut les documents en main maintenant parce qu’on ne voit rien d’autre qu’incertitude et flou total."

Manu Disabato, chef de groupe Ecolo au Parlement wallon, a immédiatement riposté, rappelant que "Jean-Marc Nollet a réagi dès que le problème s’est posé. Les certificats verts allaient coûter trop cher à l’Etat, il a donc aussitôt diminué les soutiens en quatre étapes successives. Pas par manque de courage, mais parce qu’il était critiqué par l’opposition. Et je rappelle que vous vouliez qu’il arrête tout, alors qu’aujourd’hui vous déclarez qu’il fallait aller plus loin !".

La hache de guerre est déterrée et vole maintenant d'une table à l'autre. Jean-Luc Crucke la renvoie vers son adversaire. "On disait déjà à ce moment-là que le système devait être revu. Ecolo veut 38% d'énergies renouvelables, alors que l'Europe en impose 20%. Il faut arrêter avec les idéologies bon marché et redescendre sur terre! Fixons nous l'objectif plus raisonnable des 20% dans un premier temps."

Et dès que la balle est partie, c'est de tous les côtés qu'elle se met à rebondir. Claude Eerdekens déplore le fait que tout le monde risque d'être mis à contribution. Pour le député socialiste wallon, "On a créé une bulle financière qui met en péril aussi bien les entrepreneurs que les ménages."

Fallait-il se lancer tête baissée dans le marché du photovoltaïque ?

Dans la recherche du fautif, on a rapidement pointé du doigt les entrepreneurs qui ont sauté sur le marché des panneaux en voyant dans les mécanismes de soutien une opportunité considérable, quitte parfois à en abuser. Mais pour Noémie Laumont, la secrétaire générale d’EDORA (la fédération des producteurs d'énergies renouvelables), "c’est choquant de voir que les entreprises sont traitées de cow-boys et les ménages de spéculateurs. Solwat les a incités à foncer, à investir. On ne peut pas leur reprocher ça."

Quoiqu’il en soit le gouvernement a fait une promesse… Et sa remise en cause rétroactive ne plaît pas à ceux qui ont cru à ses paroles, soit environ 100 000 ménages qui ont installé des panneaux chez eux. Régis François devait percevoir des certificats verts d’une valeur de 65 euros pendant quinze ans, de quoi bien amortir son emprunt. Aujourd’hui, ces certificats risquent de perdre toute valeur. "C’est un dol manifeste vis-à-vis du citoyen !", se plaint-il.

Manu Disabato tente de rassurer: "On n’est pas en train de déchirer le contrat… En plus des 65 euros, il y avait aussi un rendement de 7% que le gouvernement essaie de garder." Ce à quoi le député wallon cdH Michel de Lamotte ajoute que "le ministre de l’Energie a certes tardé à mettre les dispositions en place, mais il va y avoir une garantie d’un certain nombre de rendements pour les 100 000 ménages touchés."

Mais Régis François n'en décolère pas et a d'ailleurs déjà pris des dispositions: "J’ai créé une page Facebook intitulée 'Touche pas à mes certificats verts'. On va attaquer la décision prise au conseil d’Etat."

Et Jean-Luc Crucke d’ajouter : "C’est bien le casse du siècle, et même un hold-up ! Le gouvernement doit savoir que s’il vend sa parole comme ça, le MR prendra des mesures avec le centre Jean Gol pour casser cette décision."

Pistes de réflexion : vers une tarification progressive?

Pour terminer, les membres du gouvernement wallon ont timidement osé quelques pistes qui devraient orienter le projet de réforme. Et ils sont attendus au tournant, car pour Régis François, "On tente de diviser le citoyen, de faire passer les utilisateurs de panneaux pour des nantis ! C'est inacceptable, je veux que tout le monde soit défendu." Noémie Laumont déclare qu' "il n'y a pas d’éthique là-dedans. Le gouvernement peut prendre une mesure rétroactive, mais ne peut reporter la faute sur ceux qui n'ont rien fait, et doit avoir les c******* de la prendre normalement."

Jérôme De Bruyn, installateur de panneaux photovoltaïque, témoigne de la crainte grandissante des entrepreneurs. Pour lui il faut absolument voir ces 2,5 milliards comme un investissement et non comme une dette. "Maintenant les banques elles-mêmes se méfient de nous. J'ai peur pour l'avenir : j'ai 35 salariés à ma charge et vais être contraint de restructurer... Juste parce qu'on me refuse toute visibilité d'avenir. Et en plus de ça, il y a un flou complet sur le passé!"

Chargés de toute part, les membres du gouvernement doivent dissiper le nuage qui assombrit le photovoltaïque. Michel de Lamotte promet d'épargner les petits revenus, et Manu Disabato assure que ceux qui consomment le moins seront d'abord exonérés d'une partie de la facture. Mais très vite, Claude Eerdekens traduit les brèches qui fissurent la majorité en expliquant que "si l'objectif est de consommer plus raisonnablement, je dis oui. Mais je crois qu'avec une tarification progressive de l'électricité, on ne va pas non plus encourager les innovations en termes d'énergie renouvelable, comme la voiture électrique par exemple..."

Bref, les pistes de réflexion sont lancées mais ne font pas encore l'unanimité, même au sein de la majorité olivier. Régis François se dit d'ailleurs "abasourdi" car "on prend des décisions et on se retrouve avec 2,5 milliards d'euros de dette, et ce à l’aube d’une nouvelle réforme de l’Etat. (...). Avant j’avais peur. Maintenant je suis terrorisé", conclut-il.

Germain Renier

 

Présenté par Olivier Maroy, le débat réunissait :

Claude Eerdekens, député wallon PS ;

Manu Disabato, chef de groupe Ecolo au Parlement wallon ;

Jean-Luc Crucke, député wallon MR ;

Michel de Lamotte, député wallon CDH ;

Laurent Minguet, administrateur délégué Sol Invest ;

Régis François, possesseur de panneaux photovoltaïques ;

Jérôme De Bruyn, installateur de panneaux photovoltaïques ;

Noémie Laumont, secrétaire générale EDORA.

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