Réforme du chômage: la FGTB espère toujours "le retrait de la mesure"

Pour Thierry Bodson, "il faut remettre les choses dans leur contexte". "Les personnes qui vont être exclues sont souvent des gens qui ont travaillé à temps partiel, ont eu de l'intérim et ainsi de suite. Donc, ce sont des personnes qui ont déjà travaillé".

Par ailleurs, "ces personnes sont des personnes convoquées par l'Onem tous les six mois et on n'a rien à leur reprocher", ajoute le syndicaliste qui précise : "Ces personnes ont un contrôle de la disponibilité qui est renforcée. Donc, elles sont contrôlées beaucoup plus souvent et beaucoup plus fort par l'Onem, donc il ne faut pas les exclure. Et ça c'est vraiment la demande minimale que nous faisons : ne pas exclure toutes les personnes qui ont satisfait au contrôle de disponibilité trois ou quatre fois ces dernières années".

Pour lui, cela concerne 80 à 85% des personnes visées.

"50 000 exclusions en janvier 2015"

Ce chiffre est officiellement contesté par l'Onem qui parle de 23 000 exclusions, soit moins de la moitié des exclusions annoncées par la FGTB. Mais son secrétaire général maintient sa position : "Quand vous avez entendu les raisons pour lesquelles ils passent à 27 000 et qu'ils contestent le chiffre de 50 000, c'est par exemple, parce qu'il y aurait des jeunes qui iraient chercher de l'emploi à l'étranger. Je pense qu'il n'y aura pas, malheureusement, 23 000 jeunes qui vont aller chercher de l'emploi à l'étranger", explique Thierry Bodson.

"Une véritable bombe sociale"

"Sur les 50 000 (personnes, ndlr) exclues, il y en a une moitié qui bénéficieront du CPAS car ils sont chef de ménage ou isolé et qu'il n'y a pas d'autres revenus dans le ménage. Et une autre moitié qui n'auront pas droit au CPAS car ce sont des cohabitants, c'est à dire des gens qui vivent avec quelqu'un qui ont un revenu", poursuit-il.

"Socialement, ce sont les cas les plus difficiles. En règle générale, il s'agira d'un ménage qui a aujourd'hui 1800 euros pour vivre, 1400 de salaire et 400 d'allocations. Il va passer à 1400 euros et quand vous retirez 400 euros dans un ménage comme celui-là, il y aura des problèmes de logement, de paiement de loyer, du remboursement de la maison ou que sais-je. Socialement, cela va être une véritable bombe, notamment pour toutes ces personnes qui sont cohabitantes".

"Une surcharge de 150 millions par an" pour les CPAS

"Et puis après, il y aura l'impact sur les CPAS puisqu'une moitié des exclus vont demander une aide au CPAS". Une surcharge qu'il évalue à 150 millions d'euros par an.

Le gouvernement a promis de recalculer son enveloppe, mais "il n'y a pas de garantie pour le moment", estime Thierry Bodson, "parce ce que ce qu'il faut savoir c'est que ce qui est prévu aujourd'hui au niveau des textes et qui permet d'avoir un complément de budget pour les CPAS, c'est un texte qui permettra aux CPAS d'avoir une enveloppe de l'ordre de 15 millions en plus et je viens de dire que la surcharge était de 150 millions. Ils ne feront jamais dix fois plus que ce qui est prévu, je n'y crois pas du tout".

La faute aux libéraux

"Les wallons de façon très claire et les francophones dans leur ensemble se sont fait rouler dans la farine parce que ce qu’il va se passer, c’est que le transfert de charges va passer vers les communes et vers les budgets des communes et des CPAS et que c’est évidemment les communes wallonnes qui vont davantage trinquer. En plus, à l’intérieur des communes il y a quelque chose de profondément malsain, c’est que la commune de Liège, Charleroi ou La Louvière, elle va beaucoup plus banquer que la commune de Waterloo ou la commune de La Hulpe. Donc même à l’intérieur du monde des communes, il y a quelque chose de profondément inquiétant. Je voudrais quand même aussi dire ici que le gouvernement a une responsabilité dans son ensemble mais je ne cesserai de dire que les libéraux sont ceux qui ont voulu de cette réforme du chômage pour entrer dans le gouvernement. Ils la voulaient, ils l’ont réclamée. Sabine Laruelle, Charles Michel en tête. Et maintenant les wallons et les bruxellois doivent savoir que c’est ça la réforme du chômage, c’est 50 000 exclusions", ajoute le syndicaliste.

Et quand on lui fait remarquer que le PS l'a accepté, il répond : "Le PS l’a accepté, ça fait partie en effet vous avez raison, de l’accord du gouvernement. Nous reprochons bien entendu à l’ensemble du gouvernement et au PS d’avoir accepté cette mesure qui était portée par la famille libérale. C’était vraiment une condition sine qua non pour entrer au gouvernement".

Quant à savoir si la FGTB va appeler à voter pour le PS, il conclut : "On n’est plus dans une époque où quand on appelle à voter pour un parti, les gens répondent le doigt sur la couture du pantalon. Mais je pense, avec ce que je viens de dire, que tout le monde aura compris que si demain on doit avoir un gouvernement qui se lance dans une réforme fiscale sans une composante de gauche forte, la réforme fiscale elle va faire trinquer la plupart des travailleurs".

C. Biourge

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