Réforme des pensions: "Une réformette, sans impact véritable"

Michel Jadot: "Une réformette, sans impact véritable"
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Michel Jadot: "Une réformette, sans impact véritable" - © RTBF

Pour le président de la Mutualité socialiste, invité de Matin Première ce lundi, "il y a lieu de se préoccuper des pensions", élections ou non. Pour ce spécialiste des pensions, la réforme adoptée en début de législature par le gouvernement Di Rupo "est une réformette" et "manifestement, l'impact au niveau général est tout à fait insuffisant".

"(Vincent, ndlr) Van Quick et (Alexander, ndlr) De Croo, ont juste relevé quelque peu l'âge d'accès à la pension anticipée, passer de 60 à 62 ans, et ensuite augmenté un peu la carrière de certaines catégories de travailleurs (...) mais si vous examinez l’analyse qui a été faite par le comité d'étude sur le vieillissement, on constate que le régime des pensions, les dépenses augmentent encore de 0,2% par rapport au rapport précédent. Donc par conséquent, les mesures n'ont pas eu d'impact véritable sur la problématique des pensions".

En d'autres termes, à politique inchangée, on va droit dans le mur.

Lier la retraite à l'espérance de vie, "une mauvaise idée"

Sur le question des pensions, chacun avance des solutions. Récemment, deux députés CD&V, partant du constat que l'espérance de vie en bonne santé augmente, ont proposé de se baser sur la moyenne pour progressivement reculer l'âge légal du départ à la retraite (aujourd'hui à 65 ans) en le faisant passer progressivement à 66, 67, 68, jusqu'à 70.

Une solution qui n'en est pas une pour Michel Jadot voyant dans cette proposition "une idée de parlementaires qui font tout pour parler d'eux".

Si pour lui, il est légitime de dire qu'il faut travailler plus et plus longtemps, il ne faut pas lier la pension à l'espérance de vie car la notion est trop variable et on ne ferait que déplacer le problème.

Il explique : "Environ 15% des pensionnés atteignent péniblement l'âge de 65 ans pour obtenir leur retraite (...) Cela signifie que si vous prolongez l'âge d'accès à la retraite à 67 ans, par exemple, vous allez automatiquement prolonger les périodes de chômage, les périodes d'invalidité, les périodes de prépensions, et que ce que vous aurez gagner en matière de pension, vous allez immédiatement le perdre dans les autres régimes de sécurité sociale. Par conséquent, il faudra assumer cela".

Par contre, dit-il, "il faut retarder l'âge effectif de l'âge à la retraite, il faut retarder les mécanismes anticipés comme on a adapté le système de prépension".

Comme cela a déjà été dit auparavant, il ajoute qu'il vaudrait mieux prévoir des carrières sur mesure et assouplir le temps de travail et/ou les conditions de travail des personnes plus âgées. Ces dernières pourraient, par exemple, "jouer le rôle de tuteur" pour les jeunes inexpérimentés.

Retarder l'âge d'accès à la retraite n'empêche pas les jeunes d'accéder au marché du travail

Michel Jadot précise qu'il n'y a pas de corrélation avec le maintien des seniors dans le circuit du travail et le taux de chômage des jeunes. Au contraire, dit-il, dans les pays scandinaves, là où l'emploi des seniors est beaucoup plus élevé qu'ailleurs, le taux de chômage des jeunes est le plus bas. Et vice versa, dans les pays du sud où la pension est à 59 ans, le taux de chômage des jeunes est le plus important. 

"Il n'y a pas de corrélation entre les deux, bien au contraire, je doute même de l'utilité d'un tel raisonnement", résume-t-il.

"Ce qu'il faut faire c'est prévoir une pension en fonction de la carrière", ajoute-t-il, avec des distinctions en fonction de la pénibilité des emplois.

Et de conclure : "Les constats, on les connaît. Maintenant, il faut que le politique tranche mais les idéologies sont différentes". "Je crois qu'il y a des solutions tout à fait possibles, mais il y a surtout des solutions qui sont nécessaires en matière de financement".

 

C. Biourge

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