Réforme des pensions: les enseignants aussi manifestent contre la pénibilité du métier

Comme beaucoup d'autres enseignants, Helen Lakama, professeur à l’école Magellan à Bruxelles, manifeste à la gare du Nord de Bruxelles mercredi contre la réforme des pensions. Elle veut défendre ses droits et témoigner sur la pénibilité du métier d'enseignant aujourd'hui. 

"Je ne raterais ça pour rien au monde. Je suis enseignante et c’est vrai que pour l’instant notre métier est soumis à rude épreuve. Quand j’ai commencé mes études d’enseignante, je savais que je n’avais pas les avantages que d’autres professions pouvaient avoir. On m’avait dit dès le départ que mes années d’études compteraient, que ma carrière serait de plus ou moins 38 ans et que j’aurais une pension complète. On n’a pas d’avantages de société, on n’a pas de voiture de société, on n’a rien", explique-t-elle.

Un enseignant n’est pas payé les 12 mois

Elle ajoute: "Il faut savoir qu’un enseignant n’est pas payé les 12 mois, parce qu’on nous dit : 'ah vous avez deux mois de vacances !' On est payés 10 mois de salaire répartis sur les 12 mois. La seule chose où j’étais sûre et je pouvais vraiment compter dessus, c’était d’avoir une bonne pension. Et ça, on le remet en cause."

Beaucoup de personnes considèrent que les enseignants n’ont pas trop à se plaindre car ils ont les congés scolaires. Des arguments qui énervent "royalement".

"D’abord, on nous dit qu’on est des fainéants. Vous savez, au départ, quand je suis rentrée dans l’entraînement, quand je faisais mes études, il y avait autant d’étudiants qui rentraient et qui sortaient. On a une pénurie, on n’arrive plus à remplacer les enseignants, le métier n’est plus attractif et vous croyez qu’avec des mesures comme ça on va les trouver ? À l’école, ça fait presque quatre mois qu’on n’arrive pas à remplacer. C’est comme ça qu’on va pouvoir ramener les gens dans le métier ? Les gens commencent et ils arrêtent. Ce n’est pas évident ! Vous imaginez une enseignante de maternelle ou de primaire qui va travailler jusqu’à 67 ans et on lui dit finalement au bout du compte : 'c’est terminé, non seulement vous avez travaillé plus longtemps, mais pour moins.' Est-ce que vous trouvez ça normal ? Mais ça suffit !"

Le métier a changé

Selon Helen Lakama, le métier d'enseignant a changé depuis qu'elle a commencé: nouveaux défis, pression. "En 1980 c’était quelque chose, en 2000 c’est quelque chose… attention je ne dis pas que c’était super facile, mais le public a changé, la société a changé, les enfants ont changé devant nous. C’est devenu super pénible ! C’est super difficile de travailler en tant qu’enseignant, avec le bruit, etc." 

Elle donne un petit exemple: "Je suis dans le premier cycle, donc j’ai des enfants de première ou deuxième année primaire, et hier on est allés en sortie scolaire. On s’est tous regardés en sortant, on est rentrés à 19 heures, on était tous sur les rotules. Mais ce n’est pas fini, on a notre vie à côté. Quand on rentre à la maison, c’est reparti pour un tour, non seulement avec notre famille, mais après c’est reparti pour un tour parce qu’on doit continuer, on a les corrections, on a le travail, on a les préparations. Les gens ne voient pas tout ça. On se dit : 'oui, les enseignants, ils ont fini, ils ont les vacances.' Mais ce n’est pas vrai, ça ne marche pas comme ça ! Si c’était ça, si on avait autant de privilèges, pourquoi est-ce qu’il n’y a pas plus de gens qui rentrent dans l’enseignement ?"

Rapport compliqué avec les parents

Il n'y a pas que le métier qui a changé, les rapports avec les parents aussi est plus compliqué aujourd'hui. à l’époque, l’instituteur avait toute son importance, tout le respect.

"Aujourd’hui, si on ne lui crache pas à la figure, ce n’est rien. On n’a quasi plus rien à dire, on se mêle de notre travail non-stop, on nous remet en cause constamment. Pas tout le temps, des fois ça se passe bien, mais c’est devenu vraiment très compliqué, vraiment très difficile. Alors, laissez-nous le peu d’avantages que l’on a ! On n’a pas de chèques repas, notre pécule de vacances est l’équivalent de 70% du brut dans la fonction publique, on n’a même pas un pécule, on n’a même pas de treizième mois, mais au moins on avait une bonne pension."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK