Réforme des pensions: le système des points sera-t-il plus "lisible"?

Premièrement, la Commission insiste sur l'importance de la notion de "kilométrage" plutôt que sur l'âge. Pendant le débat, le professeur d'Economie à l'UCL et membre de la Commission, Jean Hindriks, expliquait que "pour un véhicule, ce n’est souvent pas l’âge qui compte mais les kilomètres parcourus".

Et il en va de même pour les pensions, dit-il: "On a fait une carrière complète quand la durée de référence effective d'années de travail a été atteinte, pas en arrivant à un certain âge". Quand on a cumulé assez de points, donc, pour le système proposé.

Mais la question qui a animé le débat était de savoir comment serait calculée la pension, et donc quelle valeur aurait ce point, au moment du départ à la retraite. Un autre membre de la Commission, le socialiste flamand Frank Vandenbroecke, explique que le point sera "convertible en euros sur base du salaire moyen de référence". C'est-à-dire qu'il sera calculé sur le salaire moyen au moment du départ à la pension.

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Pierre Kroll illustre le débat de Mise au Point © Pierre Kroll

"Pour les travailleurs salariés du secteur privé, ce sera le salaire brut moyen de tous les revenus bruts dans le secteur privé, l’année de la pension", précise-t-il. Et pour les indépendants, c'est la moyenne des revenus déclarés qui serait calculée, continue Frank Vandenbroecke en ajoutant que "cela va responsabiliser le secteur des indépendants, puisque la valeur du point augmente avec la moyenne déclarée".

Un système garantissant "une pension décente"?

Pour le socialiste flamand, le système permet de garantir quelque chose que le système actuel ne garantit pas, soit "le rapport entre la pension touchée et les revenus de tous les travailleurs actifs". "La question n’est pas de dire, vous aurez autant d’euros d’ici 20 ans mais plutôt d'affirmer : je ne sais pas exactement combien d’euros vous aurez mais je vous garantis un rapport décent entre votre revenu en tant que pensionné et le revenu moyen de la société active".

Et d'ajouter, image à l'appui: "C’est comme si on promettait un restaurant à 45 euros dans vingt ans : c'est très bien, mais comment savoir si ce sera une friture ou un restaurant gastronomique ?" demande-t-il en ajoutant qu'il est plus intéressant de se voir promettre "un restaurant d’une qualité représentative des restaurants qui existeront dans vingt ans".

"Le système offre donc avant tout une assurance que l'actuel ne donne pas", enchaîne Jean Hindriks. Mais si ce système veut offrir plus de prévisibilité aux travailleurs approchant de la pension qui veulent estimer ce qu'ils percevront une fois à la retraite, que se passera-t-il en cas de conjoncture ?

Un financement alternatif pour assurer un budget suffisant?

Pour certains, le fait que la valeur du point soit chaque fois ajustée sur les salaires du moment n'est pas "sécuritaire". C'est le cas du député socialiste Frédéric Daerden ou de l'Ecolo Georges Gilkinet, qui estime qu'il n'y aura de réelle garantie qu'en prévoyant un budget systématiquement suffisant. "Si les négociateurs diminuent les dépenses publiques, notamment en matière de solidarité, il faut des engagements solides en matière de financement alternatif", dit-il.

Et si Frank Vandenbroecke parle de recettes possibles notamment sur le patrimoine, il ajoute aussi qu'il faut aller plus loin: "La seule possibilité est de travailler sans tabou, et donc d'en éliminer", dit-il en pointant "les questions sensibles de l’allongement des carrières, des régimes spéciaux non justifiés, de la bonification des diplômes, ou encore des cotisations des indépendants".

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Pierre Kroll illustre le débat de Mise au Point © Pierre Kroll
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Pierre Kroll illustre le débat de Mise au Point © Pierre Kroll

La proposition de la Commission ne vise donc pas d'harmonisation stricte des pensions, mais veut en tout cas par exemple revoir les notions de pénibilité ou de dangerosité pour qu'elles correspondent à la réalité. Pour pouvoir faire évoluer la situation via "des mécanismes graduels d'ajustements sur la base des règles établies" pour, à tout prix, éviter de voir le futur pensionné confronté à un changement de régime aussi "abrupt", de l'aveu de tous les invités, que celui que les policiers ont récemment connu.

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Pierre Kroll illustre le débat de Mise au Point © Pierre Kroll

C'est en tout cas ce qui a fait l'unanimité sur le plateau : tout futur pensionné devrait pouvoir "voir venir" un changement de sa (future) situation. Assurant que le MR travaille dans ce sens en tant que négociateur du prochain gouvernement, Daniel Bacquelaine a aussi déclaré qu'une concertation en cours avec les syndicats devrait aboutir très prochainement à une solution.

G. Renier

Retrouvez le débat en vidéo dans son intégralité, ci-dessous (après Revu et corrigé, à la 35ème minute).

Les invités de Baudouin Remy étaient :

- Jean Hindriks, membre de la Commission pensions et professeur d’Economie à l’UCL

- Frank Vandenbroucke, ( SPa) membre de la commission pension

- Frédéric Daerden – PS député fédéral

- Christian Brotcorne – CDh Chef de groupe CDh à la Chambre

- Daniel Bacquelaine – MR – Chef de groupe MR à la Chambre

- Georges Gilkinet – Ecolo – Député fédéral

- Vincent Gilles – SLFP police

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