Réforme des pensions: la montagne accouche-t-elle d'une souris?

En l’état actuel des choses, va-t-on tous devoir travailler jusqu’à 67 ans ?
En l’état actuel des choses, va-t-on tous devoir travailler jusqu’à 67 ans ? - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

La réforme des pensions est l’un des objectifs majeurs du gouvernement fédéral. Et, il était temps. Si aucune réforme n’est entreprise d’ici 2030, notre système de pension pourrait devenir impayable et ne plus correspondre aux "nouvelles réalités" du marché du travail. En 20 ans, l’argent injecté pour nos pensions a augmenté deux fois plus vite que le PIB de la Belgique. Pour ces 5 dernières années, nous avons dépensé 45 milliards d’euros pour nos retraites. Bref, que l’on soit d’accord ou pas avec les réformes préconisées par le ministre des pensions, Daniel Bacquelaine, il est urgent d’agir.

Le problème pour le gouvernement Michel est que hormis le report de l’âge légal de départ à la retraite (66 ans en 2025, 67 ans en 2030), la plupart des mesures correctrices envisagées par le fédéral pour permettre aux travailleurs de partir plus tôt à la pension n’ont pas vu le jour. La pension à points, par exemple, ne sera pas votée au parlement sous cette législature. Enfin, les quelques mesures adoptées par le fédéral, comme la pension à mi-temps, n’ont pas tenu leur promesse. Bref, ce vaste chantier consacré à notre système des pensions est loin d’être achevé et n’a pas encore porté ses fruits. D’où cette question : en l’état actuel des choses, va-t-on tous devoir travailler jusqu’à 67 ans ?

Pour répondre à cette question, nous avons interrogé plusieurs experts du Comité national des pensions. Ce groupe composé, notamment, par différents professeurs d’université était anciennement appelé la Commission sur les pensions. En 2014, ceux-ci ont écrit un rapport de quelque 700 pages. Leur objectif était de transmettre au gouvernement fédéral une série de solutions pour sauver notre système de retraite. " Avant toute chose, l’âge légal de 67 ans avant de partir à la retraite ne vaut que pour les personnes qui n’ont pas de carrière complète", explique Frank Vandenbroucke, ancien ministre sp.a des pensions et actuel président du comité académique des pensions. "Il faut être nuancé sur les faits. Néanmoins si rien ne change, ceux qui n’ont pas de carrière assez longue, ne partiront qu’à 67 ans", conclut-il. 

Jean Hindriks, économiste à l’UCL, est également membre du Comité académique des pensions. Il partage le même constat que son confrère et regrette que le gouvernement fédéral ait décidé, en début de législature, de retarder l’âge légal du départ à la pension. "Travailler jusqu’à 67 ans à temps plein, ne me paraît pas du tout réaliste", explique Jean Hindriks. "On le sait à partir de 60 ans, il existe des grands écarts en matière de santé entre les travailleurs… Mon grand regret est qu’on a débuté la législature en décidant de reporter l’âge légal de la pension."

Quid des critères de pénibilité?

Selon Jean Hindriks, l’un des principaux problèmes avec le report de l’âge légal de départ à la pension est "qu’on a braqué toute la concertation sociale. On s’est mis à dos tous les syndicats", explique-t-il. A partir de là, il est difficile de faire avancer les autres mesures de cette vaste réforme des pensions. "On le voit avec les critères de pénibilité. Tout est bloqué", conclut l’économiste de l’UCL.

Un constat que partage Frank Vandenbroucke. Pour l’ancien ministre sp.a des pensions, les organisations syndicales et patronales ont, également, une part de responsabilité dans l’enlisement de la situation. "Même si je suis assez critique quant à la trajectoire qu’a choisie le gouvernement pour mener à bien sa réforme, j’espère quand même que les partenaires sociaux et le gouvernement sont a même de trouver un accord. Il ne faut pas donner des gages à ceux qui n’aiment pas la concertation."    

Et les autres mesures?

Bien sûr, le gouvernement fédéral ne s’est pas contenté de travailler sur les critères de pénibilité. La pension à mi-temps devrait être instaurée d’ici le 1er janvier 2020.  Le principe est simple : à partir de 60 ans, les travailleurs entrant dans les conditions d’une pension anticipée pourront continuer à travailler à mi-temps. Ceux-ci toucheront la moitié de leur salaire mais aussi la moitié de leur pension. L’avantage est que ces derniers pourront, de cette manière, continuer à cotiser pour leur pension. Le hic, c’est que cette mesure fait doublon avec le crédit temps et, surtout, celui-ci reste financièrement plus avantageux que la pension à temps partiel.

À contrario, d’autres mesures ont été, tout simplement, reportées à la prochaine législature. La pension à points en est le plus bel exemple. Grandement décriée par les syndicats et l’opposition au parlement, la pension à points suppose de revoir complètement le système actuel. Chaque année de travail équivaudra à un point. Ce point dépendra du salaire des travailleurs. Au sein du gouvernement fédéral, on espère remplacer le régime actuel des pensions par ce système à points. Bref, on est encore loin d’avoir fini de parler de la réforme de nos pensions.

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