Réforme des pensions des enseignants: le conflit d'intérêts déplacé vers l'assemblée de la Cocof

Comme attendu, le MR a bloqué mercredi soir l'adoption par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles d'une proposition de motion en conflit d'intérêts contre le projet de réforme des pensions des enseignants envisagée par le ministre fédéral des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR).

Le texte, qui nécessitait l'appui de trois quarts des députés présents pour être adopté, n'a recueilli que 53 oui (PS, cdH, Ecolo, DéFI et JEXISTE) pour 25 non, tous MR.

Initiée par Ecolo, la motion entendait forcer la concertation avec le fédéral au sujet d'une réforme qui, selon ses détracteurs, risque de nuire à l'attractivité de la profession à l'heure où la Fédération entend précisément revigorer son enseignement avec le Pacte pour un enseignement d'excellence.

"On change les règles du jeu en cours de carrière"

"Le fondement de cette réforme n'est que budgétaire et elle est injuste car l'on change les règles du jeu en cours de carrière", a justifié Christiane Vienne, la cheffe de groupe socialiste.

A l'origine la motion, Christos Doulkeridis a lui dénoncé une réforme qui, selon lui, ne tient nullement compte de la pénibilité du métier d'enseignants, et qui affectera essentiellement les femmes.

"Désinformation", "fake news" et "instigation de la peur chez les enseignants", ont répliqué les réformateurs selon qui réformer les pensions est nécessaire si l'on veut les préserver le système sur le long terme.

Comme le dit Daniel Bacquelaine depuis des semaines, le MR a répété mercredi qu'il est faux d'affirmer que les enseignants seront contraints de travailler jusqu'à 68 ans, que l'on modifiera les mécanismes de départ anticipé à la retraite (DPPR) ou que l'on touchera au calcul des tantièmes.

"Par cette motion, vous voulez en réalité détourner le mécontentement actuel des enseignants relatifs aux réformes entreprises par votre propre majorité!", a accusé la cheffe de groupe MR, Françoise Bertieaux, pointant notamment les remous provoqués par la récente réforme des titres et fonctions ou le Pacte d'excellence.

Vendredi à la Cocof

Fini au niveau du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le bras de fer politique devrait toutefois se prolonger vendredi devant le Parlement francophone bruxellois cette fois.

Véronique Salvi, cheffe de groupe cdH, a répété lors du débat son intention de soumettre la même motion en conflit d'intérêts vendredi devant l'assemblée de la Cocof, où le MR ne dispose pas d'une minorité de blocage (17 membres sur 72 sièges).

Dans les rangs du MR, certains doutaient toutefois de la validité de la démarche annoncée, le Parlement francophone bruxellois n'étant pas compétent en matière d'enseignement, une compétence -encore- communautaire, et non régionale, y faisait-on valoir.

Bacquelaine dénonce l'attitude "politicienne" du cdH

Le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR), a dénoncé la façon dont le cdH "instrumentalise" de façon "politicienne" la réforme de la valorisation des années d'études dans le calcul de la pension.

"Je rappelle que le projet de loi vise à harmoniser les conditions de rachats des années d'études supérieures pour l'ensemble des régimes. Désormais, que l'on soit salarié, fonctionnaire ou indépendant, on aura la possibilité de racheter ses années d'études pendant toute sa carrière afin d'améliorer le montant de sa pension, le moment de la retraite venu. C'est une mesure équitable et juste", a souligné Daniel Bacquelaine.

Selon le ministre, la mesure ne portera pas préjudice aux enseignants. Il rappelle par ailleurs que le régime actuel des tantièmes sera remplacé par un régime de tantièmes liés à la pénibilité.

"Le cdH semble considérer, a priori, que les enseignants ne bénéficieront pas de conditions de pénibilité. Il faut laisser le Comité National des Pensions, au sein duquel la Communauté Française est représentée, travailler sereinement", a ajouté le ministre.

"L'attitude du cdH est inadmissible non seulement parce qu'elle aboutit à entraver le bon fonctionnement de l'Etat sur des compétences qui sont exclusivement fédérales, mais en outre parce qu'elle retarde des réformes structurelles visant à garantir la soutenabilité financière et sociale de notre régime de pension. La vieille politique politicienne du cdH est doublement irresponsable, tant sur le plan institutionnel que sur le plan social", a-t-il conclu.

La réaction de Véronique Salvi, députée CDH, au micro de Pierre Magos

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