"Apartheid" en Flandre? Le débat sur les allocations familiales s'enflamme

La sixième réforme de l’Etat a fait des allocations familiales une compétence qui n’est plus fédérale. Du coup, le gouvernement flamand voudrait "réformer" le système des allocations pour 2017. Et réformer, dans ce cas-ci, cela veut dire diminuer.

L’équipe de Geert Bourgeois souhaite, par exemple, supprimer les hausses d’allocations octroyées pour les enfants à charge de six, douze puis dix-huit ans. Les allocations deviendraient moins importantes pour les familles nombreuses. Lesquelles seraient les grandes perdantes de cette réforme.

Pour le sénateur Bert Anciaux, il s’agit là d’une manœuvre claire de la N-VA. "Ces familles nombreuses sont comme par hasard en majorité des familles d’origines ethnico-culturelles issues de la diversité", soulignait-il dans une interview accordée au Knack la semaine dernière.

Pour rappel, la N-VA est en position de force au gouvernement flamand où elle occupe notamment la présidence. Le ministre-président flamand actuel n'est autre que Geert Bourgeois (N-VA). Ce dernier est d'ailleurs un ancien du parti nationaliste flamand Volksunie. Lequel parti a été pendant plusieurs années dirigé par... Bert Anciaux.

"C’est du pur racisme"

"Je trouve tout cela extrêmement regrettable", dénonce le sénateur en évoquant la réforme des allocations familiales mais aussi les propos de la N-VA selon laquelle la plupart des familles allaient pouvoir surmonter cette perte de rentrées.

"La plupart peut-être oui, mais une partie de la population va en être la victime. On le sait, et c’est en étant bien conscient de cela que ce choix a été posé. Je trouve cela très populiste", déplore l’ancien ministre flamand. "Et beaucoup de gens vont défendre cette réforme, soyez-en sûr. Ils diront que ‘les étrangers n’ont qu’à faire moins d’enfants. C’est du pur racisme".

Accuser son adversaire politique de populisme et de racisme, c’est une parole forte, certes. Mais ce ne sont pas ces propos-là qui ont fait débat en Flandre depuis la semaine dernière. "La" citation qui a marqué les esprits, c’est une comparaison, effectuée lors de la même interview au Knack, entre la façon dont la Flandre gère ses populations (d’origine) étrangère et le régime sud-africain d’apartheid.

"J'ai toujours été fasciné par la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. (…) Mais quand l'apartheid a été aboli, nous avons appliqué les mêmes principes" en Flandre, juge Bert Anciaux. Pour rappel, le régime d’apartheid, seulement aboli au début des années 90, organisait légalement la discrimination des populations de couleur et la ségrégation raciale en Afrique du Sud.

"Les discriminations ne sont pas dans la loi mais dans les faits"

Si on en a très peu entendu parler dans la partie francophone du pays, on s’en doute, la déclaration de l’ancien ministre régional n’a pas laissé indifférent en Flandre. 

Dans De Standaard, la philosophe Tinneke Beeckman a jugé ces propos "absurdes", rappelant qu’il s’agissait là d’un régime basé sur une distinction "pseudo-scientifique" entre "races" et que l’appartenance à l’une ou l’autre "race" déterminait légalement votre droit à prendre part ou non à la vie politique, "à l’achat d’une maison, à l’accès à l’école"… "Cela vaut-il ici ? Bien sûr que non. Les droits fondamentaux sont garantis, en Belgique mais aussi dans toute l’Union européenne", rappelle-t-elle.

Une analyse à laquelle a répondu celle de l’ancien journaliste de la VRT Walter Zinzen. Selon lui, l’argument selon lequel il n’existe pas de dynamique comparable à l’apartheid en Flandre parce que celle-ci n’est pas inscrite dans la loi est inepte. Il reprend le témoignage de Sihame El Kaouakibi, membre du conseil d’administration de la VRT pour l’illustrer. Celle-ci raconte que lorsqu'elle était petite, "elle sentait (…) que les autres enfants ne pouvaient pas nous approcher". "Y a-t-il là un terme qui décrit mieux cette situation que celui d’apartheid ? Quand bien même il n’existe aucune loi qui interdise aux enfants ‘blancs’ de fréquenter des ‘colorés’ (terminologie utilisée dans les lois d’apartheid, NDLR) ?", interroge le chroniqueur. Il insiste sur les discriminations à l’embauche, au logement et autres, précisant que le fait qu’il ne s’agisse pas de discriminations légalement consacrées n’empêche pas qu’elles se produisent de facto.

@julienvlass

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