Réforme de l'enseignement supérieur: prête pour la rentrée de 2014?

Pour les étudiants et leurs enseignants, la principale réforme est le seuil de réussite qui sera à une moyenne de 10 sur 20, contre 12 sur 20 à l'heure actuelle
Pour les étudiants et leurs enseignants, la principale réforme est le seuil de réussite qui sera à une moyenne de 10 sur 20, contre 12 sur 20 à l'heure actuelle - © SOPHIE KIP - BELGA

Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté mercredi dernier le décret redéfinissant le paysage de l'enseignement supérieur. Mais de nombreuses incertitudes subsistent. Sera-t-il possible de mettre les nouvelles mesures en applications pour la rentrée 2014? Et comment seront financés les étudiants dans ce système qui met fin à la notion d’année d’étude. Pour les universités et les Hautes Ecoles, le décompte a commencé.

Résultat d'une réflexion de plus de trois ans, l'élaboration du décret voté la semaine dernière avait suscité de vives tensions entre universités, et divisé des mois durant la majorité Olivier.

Le nouveau décret qui doit entrer en vigueur le 14 septembre prochain, établit une organisation générale commune à tous les établissements du supérieur: universités, hautes écoles et écoles artistiques. Mais le financement et l’organisation des cours doivent encore être adaptés.

10/20 et non 12/20

Pour les étudiants et leurs enseignants, la principale réforme est le seuil de réussite qui sera fixé par une moyenne de 10 sur 20, contre 12 sur 20 à l'heure actuelle. Marc Demeuse, psychologue, statisticien et professeur à l’Université de Mons estime que ce changement apparent de cotation n’est pas fondamental. Il le compare à un changement d’échelle: "C’est comme passer du franc belge à l’euro. Le seuil d’échec sera le même car les enseignants adapteront leur manière de coter. Selon lui, ce nouveau système présente l’avantage de simplifier les choses "Avec le décret ‘Bologne’ de 2004, il suffisait d’avoir 10/20 pour réussir dans une branche, mais la cote moyenne de 12/20 était requise pour passer automatiquement dans l’année suivante. Sinon, il y avait interprétation. Désormais c’est clair pour tout le monde."

L’ "année scolaire" n’existe plus

Un autre changement important pour l’étudiant est la disparition de la notion même "d’année scolaire"

Avec l’ancien décret Bologne, explique Marc Demeuse, psychologue, statisticien et professeur à l’Université de Mons, l’étudiant devait jusqu’à présent obtenir 60 crédits par an. Il était cependant possible de laisser passer un étudiant avec un maximum de 12 crédits non acquis. "Il lui fallait alors réussir 72 crédits l’année suivante avec obligation de solder les 12 crédits antérieurs". Ce système du ‘tout ou rien’ avec la sanction du redoublement éventuel est aboli dans le nouveau décret. La première année mise à part, chacun peut transférer des crédits d’une année sur l’autre. Une sorte d’enseignement à la carte à la vitesse de l’étudiant. Et c’est précisément là que le bât blesse. Des étudiants risquent de prolonger mécaniquement leurs études, sans doubler mais en les faisant durer (beaucoup) plus longtemps.

La première difficulté sera, pour les écoles de l’enseignement supérieur, de déterminer l’ordre des cours (et des crédits). "Il faut respecter un ordre logique dans l’apprentissage et pour cela il faut réfléchir à l’agencement des cours. Mais il faut faire vite, pour que tout soit prêt pour la rentrée du 14 septembre 2014", explique le professeur. Les Hautes Ecoles, qui n’étaient pas favorables à un délai si réduit, devront trouver un accord rapidement. Le problème ne serait pas aussi criant pour les universités qui jouissent d’une plus grande autonomie.

L’organe de pilotage n’existe pas encore

Le décret prévoit la création d'une académie unique de recherche et d'enseignement (ARES), conçue comme l’organe de pilotage de l'enseignement supérieur en Fédération. Cet organisme de concertation entre les Universités et les Hautes Ecoles doit déterminer ce que doit comprendre la formation de chaque profil (psychologue, géographe instituteur…)

Le décret prévoit que l’académie unique sera organisée en cinq pôles géographiques (Brabant wallon, Liège-Luxembourg, Hainaut, Namur et Bruxelles) pour encourager les collaborations entre établissements existants, et casser ainsi la logique de réseaux qui prévalait jusqu'à présent. Mais Marc Demeuse se demande si cette incontournable académie sera mise en place à temps.

Les lacunes du décret

Pour le professeur d’université, il manque au décret la notion d’aide à l’orientation des étudiants. Comment les sélectionner dans un système de financement dont le budget ne croît plus? "On pourrait organiser des examens d’entrée, mais les écoles sont trop hétéroclites ". Une autre solution serait d’attribuer des ‘visas directs’ aux élèves qui ont suivi des études secondaires en rapport avec la branche choisie. Dans ce scénario, il n’y aurait pas d’examen d’entrée en sciences pour les élèves ayant suivi des cours de mathématique et de chimie, mais bien pour les autres. "On a vu des étudiants entamer un régendat en langues sans avoir jamais suivi un cours de néerlandais", illustre Marc Demeuse.

Le financement: la patate chaude pour le prochain gouvernement

Crise oblige, les Universités et Hautes Ecoles sont financées dans le cadre d'une enveloppe budgétaire fermée alors que le nombre d'étudiants a augmenté depuis une dizaine d'années. Un débat que devra conclure la nouvelle majorité qui sortira des urnes le 25 mai prochain… moins de 4 mois avant le rentrée des élèves de l’enseignement supérieur.

Pour financer ses institutions d’enseignement, la Flandre a opté pour un droit de tirage de crédits. Lors de son inscription, chaque étudiant dispose de 240 crédits de réserve qui sont conservés tant que l’étudiant réussit. En cas de consommation de tous les crédits existants (par des échecs à des d’examens), l’étudiant doit arrêter une année. Ce modèle dit "nordique" vise à éviter le profit de l’étudiant éternel.

Une autre solution pourrait être la subsidiation de l’étudiant par la réussite. Mais alors, l’institution qui reçoit les subsides serait à la fois juge et partie. Marc Demeuse craint que cette prime à la réussite amène certains établissements à baisser leur niveau d’exigence ou, au contraire, à ne sélectionner que les bons étudiants.

Mais quelle que soit la solution envisagée, constate le professeur de Mons, en 10 ans les Université ont perdu 15% de subvention par étudiant. Une solution serait, d’introduire dans l’enseignement supérieur le financement différencié et complémentaire tel qu’il existe dans l’enseignement obligatoire. Ce que l'on appelle la discrimination positive.

Tout cela avant la rentrée de septembre ?

Jean-Claude Verset

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