Réduire les dépenses oui, mais comment ?

Le débat de Mise au Point, vu par Pierre Kroll
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Le débat de Mise au Point, vu par Pierre Kroll - © Tous droits réservés

La campagne électorale s’est invitée sur le plateau de Mise au Point. En pâture, pour les neuf partis autour de la table : les enjeux économiques tout d’abord. Où faut-il faire des économies ? Quelles réformes fiscales faut-il soutenir ? Et avec qui s’allier, pour réaliser ces grandes ambitions ? Viennent ensuite les questions institutionnelles. Va-t-on vers une 7e réforme de l’Etat ?

Avec quel argent réaliser les mesures promises dans les différents programmes ? Honneur à la N-VA de Hendrik Vuye. Tout en affirmant vouloir geler les dépenses de l’Etat, il ne perd pas de temps pour narguer les francophones. "En Flandre, le budget est à l’équilibre depuis 4 ans et nous avons réduit la dette de 4 milliards d’euros. Alors que du côté wallon, on apprend qu’il y a une dette cachée de 11 milliards".

Paul Magnette (président du PS) tempère : "On a déjà fait des économies, on peut encore en faire. Mais pour moi, on ne doit pas toucher ni aux pensions, ni aux remboursements des soins de santé. Et faire croire aux gens qu’on peut aller chercher des milliards, ce n’est pas vrai ".

Emily Hoyos, co-présidente d’Ecolo, estime qu’il ne faut pas confondre "la recherche de l’équilibre budgétaire fédéral et l’équilibre budgétaire des citoyens eux-même ! Si on se dote d’objectifs budgétaires trop importants, on sabote le travail des pouvoirs publics". Ecolo vise donc l’équilibre, mais à un rythme raisonnable. "Et on peut le faire sans aller chercher cet argent dans la poche du contribuable. La fiscalité est à son niveau maximum en Belgique. Il ne faut plus l'augmenter. Mais elle est mal répartie" estime-t-elle, prenant ArcelorMittal comme exemple de société qui passe entre les mailles du filet fiscal.

Benoît Lutgen, président du cdH, propose pour sa part une baisse d’impôts pour les sociétés et une baisse de charges pour les employeurs. Il entend aussi faire des économies via une chasse au gaspillage, en freinant par exemple la surconsommation de médicaments.

Au CD&V, on pense également que de nombreuses économies peuvent être faites dans le secteur de la santé. Mais la priorité, pour le candidat démocrate-chrétien flamand Benjamin Dalle, c’est d’assainir les finances publiques : "Gel des dépenses, sauf pour le social". Les dépenses sociales seront toutefois limitées à l’inflation des dépenses. Il vise une croissance réelle d’1,4 %.

Investir dans l'éducation

Cheval de bataille, côté FDF ? L’enseignement. Olivier Maingain veut réorienter les dépenses dans l’enseignement public pour améliorer les qualifications des jeunes, à la sortie. Il réaffirme qu’il soutient l’obligation scolaire dès l’âge de 3 ans et l’augmentation des fonds alloués à la recherche scientifique.

Guy Vanhengel (Open VLD) prône lui aussi un investissement vigoureux dans l’enseignement. Considérant le taux de chômage catastrophique des jeunes, il veut renverser la vapeur en travaillant au-delà des frontières administratives du pays, en permettant par exemple à des jeunes bruxellois de travailler à Zaventem.

Réduction du coût du travail : tout le monde est d’accord

Mais les moyens divergents. Bruno Tobback, président du SP.a, propose de réduire le coût salarial de 2,5 milliards. "Je suis persuadé que cela va créer de l’emploi. Mais on ne veut pas prédire un nombre d’emploi à créer, pour des jeunes qui ont peu de formation par exemple".

Le président du MR, Charles Michel, va dans le même sens, mais en proposant de miser sur les métiers en pénurie. Et d’accentuer la formation des jeunes.

Pour le candidat N-VA, le coût du travail représente clairement un handicap concurrentiel pour la Belgique. Au niveau des allocations de chômage aussi remarque-t-il, "nous sommes le seul pays en Europe où il n’y a pas de limitations. Nous, on propose un délais de 2 ans, on augmente l’allocation mais on la limite dans le temps, il y a une année d’activation, ensuite, on retombe sur le revenu d’intégration revu et corrigé. Ce n’est pas un programme socialiste", précise-t-il, "mais c’est un programme social".

Le socialiste Paul Magnette rétorque que ce programme social ne convient pas à l’ensemble du pays. "Nous, on vise toute la Belgique, pas juste la Flandre". Réponse du représentant N-VA : "Ne prenez pas la Flandre pour un Mister Cash".

Une fiscalité plus verte

Benjamin Dalle, candidat CD&V, propose de réduire de 6 milliards le coût salarial : 3 côté employés, via le minimum imposable, 3 autres côté employeurs, avec une taxe plus verte. Chez les humanistes francophones, on envisage de faire contribuer les grands spéculateurs, de supprimer les intérêts notionnels, et aussi de taxer, au niveau européen, les produits qui ne respectent pas les normes écologiques et humaines applicables chez nous.

Une idée qui convient très bien à Emily Hoyos. Elle prône "une politique fiscale qui a du sens, avec une instauration de droits de douane environnementaux" notamment.

Johanne Montay propose aux candidats d'élire la réforme fiscale la plus crédible dans l'autre camp linguistique. Mais les candidats rechignent à se mouiller pour les autres. Quelques réponses toutefois, osent sortir des traditionnelles solidarités par famille politique.

La N-VA avance sa règle clef : "Ne plus sanctionner le travail mais de le récompenser. Pour cela la réforme la plus convaincante est celle du MR". Mais Charles Michel ne croit pas à l’honnêteté budgétaire de la N-VA. Il se positionne sans surprise comme plus proche de l’Open Vld.

 

Avec qui gouverner, et pour quelles réformes ?

Derrière l'exercice, de possibles alliances pourraient bien se dessiner.

"Nous n’avons d’exclusive à l’égard de personne, pas même du PS" lance Hendrik Vuye (N-VA), "Mais nous n’entrerons pas dans un gouvernement pour appliquer le modèle du PS qui conduit à un appauvrissement".

"On connaît la ritournelle de la N-VA", répond Paul Magnette. "On ne va pas se mettre à table pour à nouveau bloquer le pays pendant 500 jours et pour discuter de la fin du pays, ça non".

On laissera le mot de la fin Bruno Tobback (SP.a) : "Ca fait depuis 1970 qu’on fait des réformes d’état, j’espère qu’un jour ça va s’arrêter et qu’on pourra travailler à rendre notre économie plus solidaire".

A. Dg.

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