Record de chaleur: bientôt fini notre climat tempéré "à la belge" ?

Jusqu'à 34 degrés ce mardi... Le 15 septembre est le plus chaud jamais enregistré. Après un été dans le top 10 des étés les plus chauds, la situation inquiète. D'autant quand on y ajoute les effets de la sécheresse. Pour en discuter sur le plateau de CQFD: François Massonnet, climatologue, chercheur à l'UCLouvain et Philippe Lejeune, professeur à Gembloux Agro-Bio Tech, chef de l'unité forestière.

34,4 °C un 15 septembre

Ce mardi est devenu la journée de septembre la plus chaude depuis le début des relevés. Les 34,4°C relevés à Uccle remplacent les 32,8°C du 4 septembre 1929. Ce qui est également remarquable, c'est que cette température arrive un 15 septembre, soit 11 jours après le précédent record, à une période où la température maximale moyenne est normalement de 18,5°C.  

François Massonnet explique ce record en trois temps: "Si on regarde une carte météo, on s'apperçoit que sur le flanc ouest de l'Europe, on a une grosse dépression qui remplace l'anticyclone des Açores, et sur le flanc est on a une forte haute pression. Quand on est dans ce genre de configuration, l'air se trouvant entre ces deux pôles est inévitablement aspiré, ça donne un effet d'entrainement de l'air du sud vers le nord, qui nous amène donc des températures torrides".

1/3 des vagues de chaleur enregistrées après 2000

"Une deuxième donnée", poursuit le climatologue, "c'est que l'air passe sur des sols relativement déficitaires en humidité, puisqu'il a très peu plu au printemps dernier [...] Sur de l'air sec, l'air n'a pas la possibilité de se refroidir, donc l'air arrive chaud chez nous. Troisième facteur: le facteur climatique. Chez nous comme ailleurs dans le monde, on a une augmentation très lente des températures - on a gagné environ 2 degrés en Belgique depuis le début des rélevés".

Le climatologue parle d'effet d'interaction et d'interference entre ces phénomènes: "la situation atmosphérique ici est plutôt banale, mais elle joue en faveur de l'augmentation de température, amplifiée par des facteurs de préconditionnement qu'on peut relier au réchauffement climatique". Et de confirmer que le nombre de vagues de chaleur est en train d'augmenter: "un tiers de vagues mesurées sont survenues après l'an 2000".

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Près de 50% de bois coupés sont scolytés

On estime que depuis le 1er janvier 2017, le déficit de pluie en Belgique équivaut à 6 mois normaux de précipitations. Depuis le début de ce mois, on a enregistré 3,7 litres de précipitations, ce qui est très loin des 68,9 litres enregistrés en moyenne en septembre. Avec quelles conséquences sur nos forêts? Philippe Lejeune donne un exemple: "l’épicéa n'aime pas la sécheresse et le scolyte, un insecte ravageur, l'adore. On explique les épidémies de scolytes par le fait qu'en temps normal, le scolyte présent en quantité faible se régénère de l'ordre d'un à deux cycle par an. Là, on a eu droit à trois générations par an, pendant trois ans. Ce sont des générations qui pullulent", s'inquiète le chef de l'unité forestière à Gembloux Agro-Bio Tech. 


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Il explique qu'on l'observe très concrètement sur les récoltes de bois en Wallonie: "il y a 10 ans, le bois que l'on coupait pour cause de présence de scolyte représentait 1% du volume, on est en 2019 à près de 50%! C'est un problème majeur pour la ressource forestière wallonne".

Episodes de chaleur plus nombreux et plus longs

François Massonnet prédit que notre pays sera à terme "pris en étau" entre deux phénomènes: "d'une part, un assèchement du pourtour méditerranéen, avec une remontée progressive des zones désertiques. D'autre part, un phénomène d'amplification arctique, c'est-à-dire un réchauffement différencié plus fort en Arctique qu'aux basses latitudes. Conséquence: la circulation atmosphérique qui résulte de ces contrastes sera beaucoup plus molle et moins dynamique [...]".

"On doit donc s'attendre à un ralentissement de cette circulation et à des épisodes plus longs. Le climat tempéré à la belge pourrait être remis en question, avec des conditions plus persistantes, surtout en été et en hiver", conclut le chercheur à l'UCLouvain.

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