Record d'affluence à l'Office des étrangers: plus de 1000 migrants

Dans la file, les personnes que nous rencontrons nous racontent leur voyage, aux mains des passeurs. La plupart d'entre eux les rencontrent après avoir quitté leur pays, en Turquie, à Izmir ou à Istanbul.
Dans la file, les personnes que nous rencontrons nous racontent leur voyage, aux mains des passeurs. La plupart d'entre eux les rencontrent après avoir quitté leur pays, en Turquie, à Izmir ou à Istanbul. - © RTBF

Il est 5 heures 30, ce lundi matin, devant l'Office des Étrangers, près de la gare du Nord, à Bruxelles. 250 migrants dorment à même le sol. Sur le trottoir, ils forment une longue rangée de corps enveloppés dans des couvertures. Dans le parc situé juste en face, ils sont éparpillés. Certains ont la chance d'avoir une tente, les autres doivent se contenter de cartons ou d'une paire de chaussures pour seul oreiller. Parmi eux, des enfants, parfois vêtus d'un simple t-shirt, d'un pantalon et de sandales.

Affluence record

Petit à petit, des groupes de réfugiés arrivent de tous côtés. Des familles, des enfants, des hommes seuls, des vieillards. L'Office des Étrangers ouvre ses portes à 8 heures. Ici, personne n'arrive en retard. Et rapidement, les chiffres s'affolent. Une policière avance un chiffre astronomique : "Ils sont plus de mille aujourd'hui."

Dominique Ernould, la porte-parole de l'Office des Étrangers n'en revient pas : "C'est du jamais vu. La semaine dernière, on pensait pouvoir résorber les retards mais ce n'est absolument pas le cas. En voyant cela, ce parc rempli de tentes, cette file interminable, je pense qu'on doit désormais parler de crise humanitaire, ici aussi".

Voyage éprouvant

Dans la file, les personnes que nous rencontrons nous racontent leur voyage, aux mains des passeurs. La plupart d'entre eux les rencontrent après avoir quitté leur pays, en Turquie, à Izmir ou à Istanbul. Ils arrivent en Europe par bateau, via la Grèce et remontent vers le nord du continent via la Macédoine, la Serbie, la Hongrie et l'Autriche.

Des jours de voyage très éprouvant, comme nous le raconte Sinan, qui a quitté Bagdad voici une quinzaine de jours moyennant la somme de 8000 euros : "Ces passeurs, ce ne sont pas des humains, ce sont des gangsters. Ils t'abandonnent dans la forêt, te traitent comme des animaux. Dans mon groupe, on a été frappés avec un bâton, parce qu'on faisait trop de bruit. Un jeune papa qui essayait de calmer son bébé qui hurlait a reçu un coup dans l'estomac. Entreprendre ce voyage qui n'en est pas un, c'est quitter la mort pour la mort."

À quelques pas de là, un autre homme, syrien celui-là, tient dans ses bras sa petite fille de 14 mois. Il raconte aussi l'horreur de son voyage : "Nous avons mis 6 jours pour arriver ici depuis la Turquie. Le passeur nous a enfermés dans un camion, et le chauffeur ne l'a pas ouvert une seule fois. Je n'ai même pas vu son visage. Ma fille n'a bu que du lait pendant 6 jours, et nous, nous nous sommes contentés des biscuits, et d'eau. C'était épouvantable. Nos besoins, nous devions les faire dans un seau, dans le camion... Quand nous sommes arrivés, on nous a ouvert en nous disant de sortir, sans plus d'explications." Ce "voyage" lui a coûté 15 000 euros.

Convocations

Mille réfugiés, c'est beaucoup trop pour l'Office des Étrangers, qui peut enregistrer jusqu'à 260 demandes par jour. Le manque d'effectifs et d'espace à l'intérieur pour faire patienter les réfugiés saute aux yeux. Ceux qui n'ont pas pu rentrer ont reçu une convocation pour demain, mercredi et même jeudi.

"Ça aussi c'est du jamais vu. D'habitude, on donne des convocations seulement pour le lendemain, mais là, il y a beaucoup trop de monde", explique Dominique Ernould. Ceux qui ont pu rentrer vont passer la journée dans une pièce sans aération, entassés les uns sur les autres. Ils auront droit à un repas ce midi, mais ne seront conduits vers des centres d'hébergement que ce soir, après avoir rempli certaines démarches administratives, laissé leurs empreintes digitales et fait une radio de leurs poumons pour s'assurer qu'ils ne sont pas atteints de tuberculose.

Les autres campent dans le parc en face. Dans leur malheur, ils ont un peu de chance : il ne pleut pas. Et quelques citoyens viennent leur distribuer des sandwichs et des jus de fruits. Ils se représenteront demain ou après. Sans même savoir ce qui se passera ensuite...

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