Reconnaissance du génocide arménien: "La Belgique avance à petits pas"

Bientôt une nouvelle résolution sur le génocide arménien ?
Bientôt une nouvelle résolution sur le génocide arménien ? - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

On entend souvent que la Belgique et les institutions internationales n'ont jamais reconnu le génocide arménien. La vérité est plus nuancée. La reconnaissance est pour l'heure surtout symbolique et assez limitée. Mais il y a des tentatives, notamment en ce moment au Parlement fédéral.

Quand on parle de génocide, il faut retourner en 1948. Cette année-là, l'Assemblée Générale de l'ONU adopte une convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Et elle définit le génocide : il s'agit d'un "acte commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux". L'intention de nuire et la notion de groupe sont ici essentielles.

L'ONU a-t-elle reconnu le génocide arménien?

Pas vraiment. L'ONU a clairement reconnu trois génocides: celui qui toucha les Juifs et les Tsiganes lors de la Seconde Guerre mondiale, celui contre les Tutsis au Rwanda en 1994 et le génocide commis à Srebrenica (ex-Yougoslavie) en 1995. "Sur les massacres commis en Arménie en 1915, on trouve seulement dans un rapport d'une sous-commission de l'ONU la mention du génocide arménien comme premier génocide et massacre du siècle mais on n'a pas de décision de l'Assemblée générale ou du Conseil de Sécurité qui reconnaîtrait ce génocide", explique Geoffrey Grandjean, politologue à l'Ulg et spécialiste des rapports entre mémoire et politique. Pas de reconnaissance formelle, plutôt une reconnaissance implicite. Ce sont donc plutôt aux États d'avancer sur ces questions. "Certains États du monde ont reconnu de leur propre chef ce génocide ainsi que le Parlement Européen qui le reconnaît depuis 1987."

Quelle est la position de la Belgique ?

La Belgique reste assez ambigüe par rapport à la reconnaissance du génocide arménien. Il y a bien eu une série de résolutions, certaines plus anciennes comme au Sénat en 1998, d'autres très récentes comme au Parlement flamand en avril dernier. Mais ce ne sont que des résolutions, non-contraignantes, et non pas des lois. Selon Geoffrey Grandjean, "ces résolutions sont surtout symboliques, elles visent souvent à pousser l'exécutif à reconnaître ce fait passé". L'idée serait donc de forcer le gouvernement à se positionner, pourquoi pas à travers un discours politique, comme l'a fait le président allemand Joachim Gauck, le 23 avril dernier. Dans un discours à l'occasion des commémorations des massacres perpétrés par les Turcs ottomans, il a reconnu le "génocide" des Arméniens et insisté sur la "coresponsabilité" allemande dans ce crime.

Reconnaître... et puis punir ?

Au-delà des résolutions, la Belgique pourrait reconnaître le génocide arménien à travers une loi. Elle pourrait aussi aller un cran plus loin. "L'une des pistes serait de partir de la loi belge du 23 mars 1995 qui réprime la négation de la Shoah et de l'élargir à d'autres génocides", indique Geoffrey Grandjean. Cela permettrait non seulement de reconnaître le génocide arménien mais aussi de pénaliser sa négation ou sa minimisation. "On n'en est pas encore là, la Belgique avance à petits pas".

Petit pas de plus : la majorité fédérale travaille sur une proposition de résolution (une de plus) à la Chambre. Son titre provisoire : "Proposition de résolution relative à la commémoration du centenaire du génocide arménien". L'opposition écologiste n'a pas tardé à réagir et à parler d’ambiguïté. La majorité, elle, indique que le texte doit encore être finalisé mais qu'il s'agit bien de reconnaître le génocide arménien.

F. Collienne

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