Reconnaissance du génocide arménien: l'opposition juge le texte ambigu

Mahinuri Özdemir et Emir Kir au Parlement bruxellois.
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Mahinuri Özdemir et Emir Kir au Parlement bruxellois. - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

La Belgique pourrait reconnaître officiellement le génocide arménien. Un texte en ce sens est en cours de finalisation au Parlement fédéral. Cette résolution a été cosignée par les quatre partis de la majorité fédérale. Mais elle ne sera pas votée tout de suite, la majorité ne voulant pas se précipiter sur un sujet sensible. L'opposition francophone trouve ce texte abscons et ambigu.

La députée bruxelloise Mahinur Özdemir a été exclue par son parti, le cdH, pour ne pas avoir reconnu le génocide arménien. Une exclusion injustifiée dit la jeune élue qui affirme n'avoir commis aucune faute, puisque la Belgique elle non plus ne reconnait pas, jusqu'ici, officiellement ce génocide.

En effet, le Sénat belge a bien adopté une résolution signée par l'ensemble des partis démocratiques reconnaissait bien le fait historique qu'est le génocide arménien, celle-ci n'a jamais connu de suite au niveau du gouvernement belge. Autrement dit, l'exécutif fédéral (et donc l'Etat belge) n'a jamais reconnu officiellement le génocide arménien. Une non-reconnaissance qui donne évidement un excellent argument aux négationnistes.

Pas plus tard qu'en avril 2015, le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, s'exprimant devant la Chambre au nom du gouvernement belge, justifiait la non-reconnaissance de ce génocide en estimant "qu’un génocide ne peut être reconnu que par un organe juridictionnel. Dès lors il ne me semble pas opportun que d’autres instances, législatives ou exécutives, se substituent au pouvoir judiciaire pour reconnaître un génocide".

Il semble que la position du gouvernement Michel ait donc évolué sur ce sujet, puisque c'est bien à une instance législative (le Parlement fédéral) qu'est désormais confiée la responsabilité de cette reconnaissance.    

"Sur certains dossiers, ces élus se comportent davantage comme des élus étrangers"

Le fait que le gouvernement fédéral, dont le MR est la seule composante francophone, n'ait pas lui-même reconnu le génocide arménien, n'empêche pourtant pas certains élus libéraux de tenir des propos très durs vis-à-vis des élus qui en font autant.

Ainsi Denis Ducarme, chef de groupe MR à la Chambre s’est exprimé on ne peut plus clairement au micro de la RTBF concernant le problème de la non-reconnaissance du génocide arménien par certains élus d'origine turque. "La polémique Özdemir ou Kir, c’est un peu le boomerang du communautarisme qui revient de plein fouet dans le flanc des partis tels que le cdH et le PS qui ont opté pour ce choix et c’est un échec. On doit, en effet, constater que sur certains dossiers, ces élus se comportent davantage comme des élus étrangers que comme des élus belges. Ici la volonté est de sortir de ces polémiques par le haut ; ne pas précipiter ce débat à la Chambre mais avoir un débat avec l’ensemble des partis pour mieux affirmer la reconnaissance du génocide arménien en se défaisant des accents communautaristes qu’on a vu apparaître ces dernières semaines, tant au Parlement bruxellois qu’au Parlement fédéral".

Les Verts proposent d'amender un texte qu’ils jugent ambigu

Les écologistes proposent ce lundi d'amender le texte soumis par la N-VA au nom de la majorité à propos du génocide arménien. La proposition de résolution ne demande en effet pas explicitement au gouvernement belge de reconnaître ce génocide.

La résolution considère que "l'année 2015 marque le centième anniversaire du génocide arménien dans l'Empire ottoman" et fait référence à la résolution sénatoriale de 1998 reconnaissant que les événements qui se sont produits à cette époque doivent être "considérés" comme un génocide. Elle demande au gouvernement de "rendre hommage à la mémoire des victimes innocentes arméniennes", de "participer à la commémoration du centenaire du génocide arménien" (dont la cérémonie officielle a eu lieu le 24 avril en l'absence d'un membre du gouvernement belge), de "condamner tous les cas de crimes contre l'humanité et génocides, et de réprouver fermement toute tentative négationniste", de "rendre hommage à la mémoire des victimes innocentes de tous les génocides et crimes contre l'humanité", d'"encourager la Turquie à profiter de l'occasion (...) pour reconnaître le génocide arménien", etc.

"Il faut arrêter les petits jeux politiques. Le génocide arménien doit être reconnu au plus vite par le gouvernement belge. Dans la résolution que le député N-VA Peter De Rover nous propose de cosigner, cette exigence est vague et ambigüe car elle permet plusieurs interprétations. C'est la raison pour laquelle nous avons proposé un amendement demandant au gouvernement de reconnaître clairement le génocide arménien", souligne le député Benoît Hellings (Ecolo). "Il faut en finir avec la tactique du crocodile: 'grande gueule' quand il s'agit d'annoncer une résolution et 'petit bras' dès qu'il s'agit de donner du corps au contenu des textes législatifs", a-t-il ajouté tandis que son collègue Wouter De Vriendt (Groen) épingle "la énième résolution N-VA écrite par le cabinet Reynders et qui ne veut brusquer personne".

Les Verts rappellent le précédent de la résolution sur la reconnaissance de l'Etat palestinien dont les conditions sont tellement strictes qu'elles rendent de facto très compliquée toute reconnaissance.

Le cdH s'interroge sur le texte abscons de la majorité

Le député Georges Dallemagne (cdH) s'interroge sur le texte de la majorité qui témoigne à ses yeux d'un manque singulier de courage politique à propos de la reconnaissance du génocide arménien.

"Je ne comprends pas l'exercice auquel se livre la majorité. C'est une résolution qui n'est pas claire alors que le sujet impose d'être clair. On a besoin aujourd'hui d'un peu de courage politique et pas de langue de bois ou d'un texte abscons", a déclaré le député interrogé par l'agence Belga.

Selon "Le Soir", le texte de la majorité -qui vise la "commémoration" du centenaire du génocide arménien- ne sera sans doute pas déposé avant les vacances parlementaires et ne viendrait donc en Commission qu'après la rentrée pour être voté à la fin de l'année ou au début de l'année prochaine. George Dallemagne s'interroge sur la longueur de ce délai alors que, dit-il, le problème est clair et les historiens se sont exprimés clairement sur la question.

"Cette année est celle du centenaire du génocide. Ce serait choquant de voter un texte l'an prochain. Cela n'aurait aucun sens", regrette George Dallemagne.

Le député cdH proposera d'amender le texte afin que le parlement et le gouvernement belges reconnaissent le génocide arménien.

RTBF

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