Réactions politiques au meurtre de Julie Van Espen : Geens, Michel et les autres

Dans la chaîne des réactions politiques après la découverte du corps de la jeune Julie Van Espen et les aveux du principal suspect désormais inculpé de meurtre, à épingler celle du ministre CD & V de la Justice Koen Geens, consterné et par les faits et par l’itinéraire particulièrement chargé du suspect : « Cette tragédie est incompréhensible et ne laisse personne indifférent. Je tiens à exprimer mes plus sincères condoléances à la famille et à ses proches ».

Koen Geens qui se refuse à s’exprimer directement sur l’enquête en cours mais revient sur les antécédents du suspect : « Il a purgé une peine de prison de quatre ans et demi pour des faits tels que vols, infractions de roulage, recel et viols sur une personne majeure entre 2004 et 2008. Fin 2016, il a commis un vol avec violences ainsi qu’un viol pour lesquels il est resté en détention préventive durant deux mois et demi. Soyons clairs, il n’a jamais été condamné définitivement sur ce sujet… Lorsque la Chambre du Conseil a renvoyé cette affaire au tribunal correctionnel début 2017, la Chambre a décidé de le libérer sous conditions et d’attendre son procès. La même année, le tribunal correctionnel l’a condamné à 4 ans de détention, dans les meilleurs délais. L’arrestation immédiate n’a pas été prononcée par le tribunal alors qu’elle avait été demandée et requise par le Parquet. C’est une décision indépendante du tribunal correctionnel d’Anvers que je ne commenterai pas ».

Procédure longue en appel ? « Je le déplore »

S’il glisse rapidement sur les décisions en 1ère instance, Koen Geens ne peut par contre s’empêcher de s’étonner de la durée anormalement longue avant une décision en appel à Anvers. « Bien que la décision ait été rapidement rendue en 1ère instance, cela n’a pas été le cas lors de la procédure d’appel, je le déplore. En particulier, parce que je crois avoir tout mis en oeuvre afin de réduire les délais dans les affaires pénales et les charges de travail. J’ai tout fait pendant la législature pour faire en sorte que les violences sexuelles surtout sur des jeunes, des enfants, des femmes, soient punies plus lourdement. Avec mon parti, j’avais aussi déposé une proposition de loi contenant un nouveau Code pénal qui contenait des sanctions plus lourdes et plus adéquates pour les violences sexuelles. En raison des affaires courantes, ce code n’a pas pu être approuvé. En tant que parents, nous voulons tous que nos enfants arrivent sans encombres à destination, en conduisant, en faisant du vélo. Et en tant que père et comme citoyen, et comme ministre de la Justice, je regrette vivement ce qui s’est passé ». Koen Geens qui s’est contenté de cette courte déclaration et qui a refusé toutes questions supplémentaires…

Charles Michel : « Appel à la dignité, non à la récupération politique »

Charles Michel, face aux accusations lancées déjà depuis ce matin – côté opposition – de sous-financement chronique de la justice (manque de moyens, de personnel), a choisi, lui, d’adresser d’abord un message de compassion avec la famille, mais le Premier ministre (et président du MR, en campagne) lance aussi et surtout un appel à la dignité : « Je pense qu’il est indigne, dans les heures qui suivent un événement aussi dramatique, de faire de la récupération politique, d’instrumentaliser cette douleur et ce drame. En Belgique, le financement de la Justice est similaire à celui que l’on connaît dans la plupart des grandes démocraties. Nous avons réglé les factures laissées par les gouvernements précédents. Et oui, les moyens de la Justice ont augmenté sous cette législature. Bien sûr, on peut toujours voir comment faire mieux, discuter encore plus avec le monde judiciaire et voir comment mieux faire coller les dotations aux besoins du terrain ». Et de renvoyer sur le fond de l’affaire au rappel des faits du ministre de la Justice.

Charles Michel qui fait son bilan et celui de son ministre, avec une petite pique en conclusion : « Sous ce gouvernement, le ministre de la Justice a proposé au Parlement une série de mesures en vue de durcir la fermeté des sanctions notamment à l’égard de récidives, et ce sont les partis politiques qui démarrent aujourd’hui un procès politique qui n’ont pas soutenu alors ces mesures pour plus d’autorité et de fermeté ». Charles Michel qui dit refuser de polémiquer « aujourd’hui » avec Ecolo.

Il faut refinancer la justice en urgence !

Les Verts qui avaient les premiers dégainé leur communiqué à l’occasion de ce « drame sans nom qui met une fois de plus en évidence que notre Justice est sous- financée. Les choix politiques de ces 10 dernières années aboutissent aujourd’hui à ce qu’elle ne représente plus en Belgique que 0,5% du PIB, alors que la moyenne européenne est de 2,2%. Singulièrement sous la législature MR-NVA, au nom d’une vision dogmatique du service public, le gouvernement Fédéral a appliqué un plan de restriction budgétaire aveugle de -10% en 5 ans. Les cadres des magistrats et du personnel judiciaire n’ont pas été complétés : vacances non publiées, procédures de nomination lentes (6 mois minimum) ».

Pour Ecolo : « Les économies imposées à la justice ne lui permettent plus de fonctionner efficacement. La lenteur de la justice, le cadre incomplet, la surpopulation carcérale… Autant d’éléments qui concourent à ce que les délais d’appel s’allongent, à ce que des individus dangereux restent libres entre deux jugements… Nous nous inquiétons de l’aveuglement du Premier Charles Michel qui, très récemment, doutait encore de la nécessité d’un refinancement de ce département. Nous en appelons à un sursaut de responsabilité. Il est urgent de dégager les moyens nécessaires pour financer la Justice à la hauteur de la place qu’elle joue dans notre société, à savoir assurer la sécurité de toutes et tous et l’égalité entre chacune.e ».

Le cdH rappelle ses mesures « Justice », campagne toujours

Le Cdh revient avec ses mesures Justice, en insistant sur la nécessité d’investir 500 millions dans la Justice, de remplir les cadres à 100% ou « accepter de nourrir les extrémismes ». « L’affaire Van Espen met tristement en lumière ce que le cdH dénonce depuis maintenant plusieurs mois : la Justice est malade de son manque de moyens. Aujourd’hui, le cadre n’est rempli qu’à hauteur de 83%, faisant fi des manques supplémentaires (maladies…). La Justice manque aussi cruellement de moyens informatiques, sans parler de l’état déplorable des bâtiments. Le manque de moyens entraîne une lenteur inadmissible pour le citoyen qui est concerné et attend parfois plusieurs années avant d’avoir une décision définitive le concernant. ​De plus, malgré certains risques de récidive ou de dangerosité, et selon la loi, ​le juge ne peut décider de l’arrestation immédiate du condamné que si celui-ci est condamné à une peine de plus de trois ans et qu’il y a risque de fuite. ​Dans ce cas, malgré la condamnation, le juge n’avait sans doute pas estimé que ce risque était important si le prévenu s’était présenté à toutes les audiences. Cette situation est particulièrement problématique dans les affaires de mœurs, de violences, en particulier envers les femmes et les enfants, de viols ».

Le PTB pour un plan d’action contre le féminicide

Le PTB et son organisation de femmes Marianne pensent que la violence et la violence sexuelle contre les femmes sont sérieusement sous-estimées dans la société et demandent un plan d’action contre le féminicide. En 2017, 38 femmes sont mortes en Belgique des suites de ces violences. En 2018, 36 femmes ont été tuées et on en compte déjà 9 en 2019. Selon les estimations, jusqu’à 100 femmes sont violées chaque jour. Et, quand cela aboutit à des poursuites, les peines légères prononcées sont souvent légères et le suivi des auteurs est insuffisant. Il faut un plan d’action pour lutter contre le féminicide. C’est nécessaire pour prendre enfin au sérieux la lutte contre la violence à l’égard des femmes.

Selon le président du PTB Peter Mertens, l’une des questions auxquelles il faudra répondre dans les semaines à venir est aussi celle des retards dans la Justice dans notre pays. « L’austérité appliquée à la Justice a des conséquences importantes. Ce gouvernement de droite a encore une fois coupé 10% des moyens de la Justice. C’est certainement l’une des nombreuses raisons qui expliquent les retards ». Le PTB souhaite qu’on revienne sur les coupes réalisées dans la Justice… Campagne toujours.

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