Wallonie: « On reste dans la gestion de la pauvreté pas dans la lutte contre celle-ci »

l'aide provisoire dans les épiceries sociales est fournie à des bénéficiaires de plus en plus jeunes ou de plus en plus âgés. 
l'aide provisoire dans les épiceries sociales est fournie à des bénéficiaires de plus en plus jeunes ou de plus en plus âgés.  - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

L'IWEPS (L'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique) publie ce lundi ses rapports d'évaluation du Plan Wallon de Lutte contre la Pauvreté, lancé en 2015, actualisé en 2018 sous la nouvelle majorité MR-Cdh. On y parle aussi bien de sécurité, du paiement des loyers, accès aux soins dans les maisons médicales que d'alimentation. 

Sur ce dernier point, on réalise surtout que l'aide provisoire fournie dans des épiceries sociales ou via des colis a tendance à devenir une aide durable et permanente pour des bénéficiaires de plus en plus jeunes ou de plus en plus âgés. 

Une aide provisoire... permanente

Ce rapport « alimentation » - avec témoignages de responsables de centres d'aides, de CPAS, d'épiceries sociales, de communes, de grandes surfaces, de bénéficiaires, bref tous les acteurs - vise à voir ce qui est possible pour tenter d'améliorer l'accueil des gens, la qualité des produits, augmenter si possible les moyens à disposition des associations, voir les meilleurs modes de fonctionnement locaux, réduire les coûts dans ces circuits de (re)distribution - pour l'essentiel - des invendus alimentaires vers les banques alimentaires, épiceries sociales ou magasins sociaux, au profit des plus précarisés. Voilà pour l'objet de la collecte d'informations présentée ce jour. 

Sur le fond même, peu de révélations dans le rapport mais la confirmation d'un paysage social qui continue à se dégrader côté wallon :71.000 bénéficiaires d'une aide alimentaire en 2017, surtout des femmes et des enfants, avec une part croissante, explosive de -25 ans et de + de 65 ans, bénéficiaires d'allocations et notamment le Revenu d'intégration versé par un CPAS. Certains bénéficiaires obtenant des colis... depuis 10 ans.

Une aide provisoire qui se fige et s'installe dans la durée, littéralement de parents à enfants venant chercher leur aide, gratuite ou légèrement payante et encore les bas tarifs (1,50 à 2,50 euros) sont parfois prohibitifs pour certains.

Mélange traditionnel de situation personnelle et de faibles revenus. Histoires récurrentes de chômage, maladie chronique, d'accident, de handicap, de séparations, de surendettement, de petites pensions, de travail avec salaire insuffisant. Les bénéficiaires y voient une bouée de sauvetage quand le « budget qui reste » ne suffit plus.

Des bénéficiaires plutôt satisfaits

Pour beaucoup, ce colis déjà prêt ou le passage par les rayons d'une épicerie sociale, est une « sortie » de la semaine ou du mois (selon les régions, les organismes d'aide), un lien social, avec la discussion et la tasse de café qui l'accompagne parfois, en tout cas quand sont passées la honte du premier pas ou la peur de se voir stigmatiser - ou de voir les enfants stigmatisés parce que les parents font la file à la banque alimentaire. Sur le contenu, peu de plaintes : certains « n'osent » pas vu le don qui est fait; les critiques allant surtout à la qualité des produits parfois, leur côté répétitif, la difficulté de faire un repas complet avec un colis (« que faire avec 5 paquets de pâtes ? sans viande ni accompagnement »), le manque de fraîcheur, le manque de fruits et légumes aussi pour les enfants ou pour la santé de chacun. Et là en cause avant tout les grandes surfaces qui n'abandonnent pas tout leur surplus - gratuitement ou à bas prix - au même rythme : J-4 avant péremption, J-2, J-1 voire le Jour J. laissant les banques alimentaires devant le fait accompli et un délai de distribution à réduire encore d'autant... Impossible souvent de distribuer le jour même aux nombreux bénéficiaires. Des bénéficiaires dont au final les besoins ne sont pas non plus qu'alimentaires...

Le rapport pointe aussi le déséquilibre entre ville (où les grandes surfaces abondent et fournissent l'aide) et la campagne où l'organisation de la collecte est plus complexe. L'aide alimentaire provient toujours pour l'essentiel des grandes surfaces et peu des commerces et producteurs locaux...

A noter aussi que l'IWEPS s'inquiète aussi d'un autre point : le côté « vieillissant » hélàs des bénévoles qui aident à ces distributions alimentaires. La relève - jeune - n'est manifestement pas là... 

De la gestion de la pauvreté

Mais la conclusion du rapport est sans appel : « On reste dans la gestion de la pauvreté pas dans la lutte contre celle-ci ». Certains n'en sortent jamais. Et l'IWEPS de plaider dès lors - et la période électorale est bonne ! - pour des politiques renforcées qui s'attaqueraient au coût des logements ou de l'énergie notamment. De quoi laisser de l'argent pour manger... enfin ! Autant d'éléments dont notamment les prochains parlement et gouvernement wallons devront donc s'emparer aussi.