Raoul Hedebouw (PTB-GO!): "Notre démocratie a besoin d'un vrai débat"

Raoul Hedebouw affirme vouloir mettre fin au "ronron libéral routinier dans le parlement", l'idée selon laquelle il faut "être compétitif" et "faire payer les travailleurs".

Un bataille à mettre en œuvre non pas en utilisant la violence (il laisse ça à Delhaize et à Mittal, voir ci-dessous) mais en jouant un "rôle d'opposition constructive et dynamique dans les parlements", mais pas seulement.

"Notre histoire sociale, elle s'est écrite dans le mouvement social, dans le mouvement syndical, dans le combat des travailleurs", dit-il. "La sécurité sociale, les congés payés, la semaine des 40h en 36", c'est tout ce que ces mouvements ont permis d'obtenir.

"C'est de cette inspiration-là que les parlementaires du PTB vont relayer, ce genre de revendications, de mouvement social, et pas uniquement en allant passer des heures et des heures dans des commissions qui finalement sont stériles. Je le vois aujourd'hui au niveau du conseil communal liégeois, vous venez avec plein de propositions, vous venez avec une opposition, de toute façon la majorité balaye toutes les propositions".

Le pouvoir doit revenir au parlement

Selon Raoul Hedebouw, "le pouvoir est passé de plus en plus du législatif vers l'exécutif, c'est à dire du parlement vers le gouvernement. Je rappelle quand même que 95% des lois sont des propositions faites par le gouvernement et non plus par le parlement".

Parallèlement, "on va de plus en plus vers l'économique et au final nos gouvernements n'ont plus grand chose à dire. Pendant la crise de 2008-2009 on l'a vu (...) ce sont les fonds de pension, les fonds internationaux qui ont décidé de la politique belge, ce n'est plus le gouvernement".

Autrement dit, "il y a un problème dans notre démocratie, le pouvoir échappe de plus en plus aux instances élues et est de plus en plus dans les grands groupes industriels".

Le citoyen doit se réveiller

"La politique est trop importante pour la déléguer à un petit groupe de politiciens professionnels qui vont travailler pour les gens, il faut que les travailleurs reprennent confiance en eux pour participer à nouveau à la chose politique", explique le porte-parole du parti d'extrême gauche qui croit beaucoup dans la mobilisation.

Quant à savoir s'il prône la violance, il répond : "Pourquoi la violence ? Quand un groupe comme Delhaize décide d'exclure 2500 personnes du monde du travail, ça c'est de la violence sociale. Une violence que je voudrais voir décrier sur tous les bancs de tous les partis, c'est une violence sociale qui est inacceptable. Ce genre de violence-là, quand 10 000 familles liégeoises perdent leur travail en sidérurgie, car une famille comme Mittal qui fait des milliards de bénéfices,a décidé de vouloir encore faire plus de bénéfices, je ne peux pas accepter ça. Et donc, la violence, elle vient des puissants, elle vient de l'establishment".

Pas de violence donc mais une mobilisation du citoyens et des pétitions. Il invite également les citoyens à participer aux conseils communaux : "Quand je vois une ville comme Liège, 200 000 habitants, seules 35 personnes seulement viennent regarder le conseil communal, dont la moitié sont des cabinettards et des chauffeurs de députés qui sont présents dans le conseil liégeois. Je ne peux pas accepter aujourd'hui une démocratie aussi faible d'intensité".

"Notre démocratie a besoin d'un vrai débat"

A la question de savoir si le PTB nuit à la sérénité des débats comme l'affirment certains élus, Raoul Hedebouw répond : "Il y a une telle sérénité dans les parlements pour faire payer la crise par les travailleurs, qu'il faut que cela s'arrête. Notre démocratie a besoin d'un vrai débat!".

"Il est temps d'avoir un débat dynamique, le PTB va être un empecheur de touner en rond", dit-il.

Pas question selon lui de contester l'essence même des institutions mais plutôt d'en "dénoncer les dysfonctionnements". Il ne trouve d'ailleurs pas normal qu'en Belgique il faille s'adresser aux députés fraîchement élus en cas de contestation des élections. Il propose "une réflexion" sur le sujet. Même "des instances internationales ont pointé la Belgique pour dire effectivement que c'est anormal que les parlements soient juge et partie".

L'impôt sur la fortune vu par le PTB

Pas question de taxer le domicile, affirme Raoul Hedebouw, du moins si la valeur de la maison ne dépasse pas les 500 mille euros.

"Notre taxe des millionnaires est une taxe de 1% sur les fortunes de plus de 1,5 million d'euros, de 2% sur plus de 2 millions et de 3% sur plus de 3 millions d'euros", précise-t-il.

Ce qui permettrait de rapporter "entre 7 et 8 milliards d'euros" avec un objectif : que les travailleurs (salariés, petits indépendants, employés, ouvriers) "arrêtent de payer alors qu'on nous annonce encore 10-12 milliards d'économie à faire".

Le porte-parole du PTB affirme galement qu'il ne compte pas toucher à l'exonération fiscale des comptes d'épargne (pas d'impôt sur les premiers 1800 euros d'intérêt) "car cela va faire payer la classe moyenne".

"Le but, c'est de faire payer les grosses fortunes, pas de faire payer les gens qui ont travaillé pendant 15-20 ans pour construire une petite poire pour la soif", conclut-il.

 

C. Biourge

 

 

 

 

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