Raoul Hedebouw: pourquoi pas la semaine des 30 heures?

Raoul Hedebouw: pourquoi pas la semaine des 30 heures?
Raoul Hedebouw: pourquoi pas la semaine des 30 heures? - © Tous droits réservés

A l'approche du 1er mai, Raoul Hedebouw, le député fédéral et porte-parole du PTB, revient sur les valeurs et la signification de ce jour de congé cher aux travailleurs. Il énonce également ses arguments sur l’idée de la semaine de 30 heures, une idée développée dans le livre que publie le PTB : "La taxe des millionnaires et 7 autres idées brillantes pour parler de la société". Enfin, le député aborde la question de l’immigration et de l’ouverture des frontières et fait part de son soutien à Syriza, le parti grec au pouvoir actuellement dans l’impasse avec ses créanciers européens.

Le 1er mai, fête des travailleurs, mais aussi fête de la concurrence à gauche avec le PS et Ecolo et depuis quelques années à droite avec le MR qui s'est joint à la fête. Une situation qui fait sourire le porte-parole du PTB, car, pour lui, ce 1er mai appartient d’abord au mouvement ouvrier et aux travailleurs : "C’est l’idée d’un mouvement collectif du monde du travail, ce n’est pas le monopole d’une force politique. Mais c’est surtout des valeurs claires et le MR ne se retrouve pas dans ces valeurs. L’esprit du 1er mai, c’est aller à l’encontre de la pensée dominante libérale."

La réduction du temps de travail à 30 heures semaine, irréaliste ?

Sept idées sont avancées dans le livre du PTB, parmi elles, l'une prône la semaine des 30 heures avec maintien du salaire. Nombreux sont les observateurs qui la jugent populiste, du moins irréaliste. Or, pour Raoul Hedebouw, "on s’inscrit complètement dans la logique du mouvement ouvrier". Il s'appuie sur le combat de 1886 où le mouvement ouvrier s'est battu pour "réduire la journée de 14 heures à 8 heures, de manière à avoir 8 heures de travail, 8 heures de repos et 8 heures de sommeil. C’est grâce à ces idées qu’aujourd’hui on peut parler de la journée de 8 heures."

Pourtant, nos voisins européens continuent à travailler plus longtemps : "Je constate que cette idée fait de plus en plus son chemin chez l’ensemble des syndicats européens : les Allemands et certaines villes en Suède la pratiquent déjà, avance le porte-parole. On doit s’inspirer de ce mouvement européen (...) Les gens sont fatigués, nous avons besoin de temps libre, de respirer. Ce n’est pas normal que, d’une part, nous soyons 60 000 travailleurs sans emploi et, d’autre part, que l'on nous presse de plus en plus comme des citrons."

Le député fédéral prône une répartition plus égalitaire du monde du travail, n’en déplaise aux patrons : "Ça ne m’étonne pas que le monde patronal ne soit pas d’accord, je serai inquiet le jour où la FEB nous applaudit. Nous voulons des propositions qui font du bien aux travailleurs, et ce qui fait du bien aux travailleurs fait du mal au monde patronal. Je constate cette contradiction et je la regrette."

"Oser penser en dehors des sentiers battus"

Un constat : depuis une vingtaine d'années, il n’y a quasi plus d’acquis sociaux à gauche. Raoul Hedebouw confirme, la faute à "la gauche traditionnelle qui s’est enfermée dans un paradigme qui a accepté les règles du jeu du libéralisme (…). On doit recommencer à oser penser en dehors de sentiers battus, avec des idées simples."

Quitte à passer pour des populistes ? "Vous savez le qualificatif populiste est utilisé par ceux qui pour moi n’ont pas d’arguments à avancer à l'encontre des études du PTB.​ Le simplissime de droite c’est de dire : il y a la crise, alors on va faire travailler les travailleurs jusqu’à 67 ans. Il y a la crise, alors on va bloquer les salaires et les réduire de 2% avec le saut d’index."

La gauche européenne dans l’impasse ?

Cela fait maintenant plus de 100 jours que le parti de gauche Syriza, au pouvoir en Grèce depuis janvier 2015, négocie avec ses partenaires européens. La chose semble moins aisée que ce qui était annoncé en campagne. Alors les partis de gauche doivent-ils revenir sur terre ?

Raoul Hedebouw reconnait que ce qui se passe en Grèce est une situation complexe, "mais ce que je trouve important c’est qu’ils continuent à refuser les diktats européens (…). Aujourd’hui, l’UE insiste pour que la Grèce continue son programme d’austérité, or on ne peut pas continuer dans cette logique-là. Oui, les dirigeants grecs n’y arrivent pas pour l’instant, mais je constate que l’establishment européen est un peu en panique et a peur d’une tâche d’huile. Regardez le peuple espagnol, le peuple irlandais et la Belgique."

Raoul Hedebouw appelle l’ensemble des peuples européens à s’unir "contre cette Union européenne libérale".

Immigration : le PTB contre l’ouverture des frontières ?

"Ce que l’on doit permettre aux gens c’est au moins d'introduire leur demande d’asile. Il faut quand même rappeler que la plupart des demandeurs d’asile ne viennent pas en Europe : un million en Jordanie, 700 000 en Turquie et 5000 pour l’Europe ? Il faut arrêter cette logique-là."

Le député compare l’immigration européenne à l’immigration américaine : "On va prendre les cerveaux, ceux qui vont contribuer au développement du pays, mais pas ceux qui sont dans le besoin. Ce que l’on doit faire maintenant, c’est au moins permettre d’avoir des voies légales de manière à ce que les gens puissent déposer une demande pour l’asile."

En ce qui concerne le 1er mai, le porte-parole se dit prêt à aller saluer ses homologues du parti socialiste : "Nous sommes ouverts au dialogue". Il dit d'ailleurs constater que "de plus en plus de mandataires socialistes nous contactent, car nous remettons en avant leurs valeurs d’il y a 100 ans."

A.Glaudot

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