Raoul Hedebouw : "Changeons la loi pour permettre des augmentations salariales"

En ce lundi de grève nationale lancée par les syndicats pour exiger plus de souplesse sur la hausse des salaires, le porte-parole et député du PTB, Raoul Hedebouw, invité de Thomas Gadisseux dans Matin Première, entend faire passer un double message : au patronat, auquel il rappelle que "17 des entreprises du Bel 20 ont reversé l’an dernier 5 milliards de dividendes, il y a donc de l’argent dans certains secteurs, qu’on arrête de bloquer une hausse des salaires" et au gouvernement, à qui il enjoint de "modifier la loi de 1996, qui pour le moment rend obligatoire de plafonner l’augmentation des salaires à 0,4% hors indexation.

Avec Marc Goblet, nous avons déposé une proposition de loi pour revoir cette loi de 96 et rendre cette norme salariale non pas impérative, mais indicative". Une augmentation des salaires pourrait dès lors être adaptée, en fonction des secteurs.

Mise sous pression du gouvernement

Ironique, Raoul Hedebouw se réjouit de voir le président du PS, Paul Magnette, dont le parti est premier parti de la Vivaldi soutenir la grève nationale et son motif : "Génial, ça montre que les lignes bougent !" Et il se réjouit de voir la mise sous pression du Gouvernement.

"Mais je regrette qu’il laisse croire aux travailleurs que cette grève ne serait que contre le patronat, alors que toutes les plateformes de revendication syndicale indiquent clairement qu’elles réclament une révision de cette loi de 96. Il faut arrêter de prendre les travailleurs pour ce qu’ils ne sont pas : les travailleurs savent très bien que le Gouvernement a aussi une responsabilité et j’espère que ce ne sont pas que des grands mots".

Circulaires ?

Œuvrer via des circulaires pour contourner la loi, comme le suggère Paul Magnette ? "On verra ce qu’elles donnent, mais accorder un bonus annuel, c’est donner des petites cacahouètes aux travailleurs. Ce n’est pas augmenter les salaires. Donc si c’est ça, sachant qu’une circulaire n’est pas au-dessus de la loi, qui interdit d’aller au-dessus des 0,4% , ce n’est pas une solution".

Le Gouvernement a jusqu’au 14 avril pour sortir du blocage et Alexander De Croo a donné des pistes pour contourner cette loi. "Intéressant de voir plier déjà le Gouvernement sous la pression mais il ne faut pas tromper les travailleurs, et se contenter de primes "one shot", argumente encore Raoul Hedebouw.

Dans la grande distribution notamment : "Le groupe Colruyt, par exemple, a fait 185 millions de dividendes l’année passée. Augmenter les salaires de ses travailleurs de 5% coûterait 65 millions. Moi, mon choix il est fait, et je mets en garde contre les subterfuges : les travailleurs veulent de vraies augmentations salariales".

Grève inopportune ?

Une grève, actuellement, en pleine crise, c’est insensé et inopportun pour la FEB. A-t-elle un sens, en particulier, en ces temps de télétravail ?

"Mais c’est clair ! Beaucoup de travailleurs continuent à bosser sur le terrain : dans l’industrie mécanique, dans les boucheries industrielles, tous ces travailleurs continuent à aller bosser ! Et aujourd’hui, ils font grève pour donner un signal : c’est parce que ces travailleurs sont sur le terrain que 40% des clusters de contamination se font dans les entreprises !


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Je pense qu’il manque des inspections, et des moyens pour pouvoir garantir la sécurité des travailleurs. Les travailleurs ont pris des risques sanitaires, ont pris des risques financiers, parce que beaucoup de ceux-ci ont perdu 30 à 40% de leur pouvoir d’achat à travers le chômage corona et aujourd’hui ils veulent un retour, c’est une question de justice sociale et c’est pour ça qu’on va gagner le combat !"

Qui va payer les pots cassés de cette crise corona ?

Alors durcir le climat avec une grève, est-ce opportun ? "La question c’est de savoir qui va payer les pots cassés de cette crise du corona : chaque année en Belgique, il y a entre 7 et 12 000 nouveaux millionnaires en euros. Les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Ce débat politique est essentiel : je trouve que ce sont les plus riches de notre société qui doivent contribuer à résoudre la crise. Le salaire minimum doit être porté à 14 euros de l’heure !"

Un élément clé pour la relance ? "Les salaires sont la solution parce qu’ils permettent de relancer la consommation. Comment voulez-vous que si les gens sont compressés dans leur pouvoir d’achat, le jour où on rouvre l’économie, ils pourront aller consommer dans les cafés, etc. ? Cessons d’aller chercher dans les salaires et allons chercher du côté du capital.

Avec quels relais, alors que le PTB est dans l’opposition ? : "c’est un vrai combat, à mener avec les partis qui se positionnent à gauche", conclut Raoul Hedebouw.

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