Rajae Maouane, coprésidente d’Ecolo : "Ce qui compte, c’est rendre le marché de l’emploi le plus inclusif possible"

Le débat, délicat, au sujet du port du voile a resurgi ces derniers jours, avec la condamnation de la Stib par le tribunal du travail de Bruxelles pour discrimination fondée sur les convictions religieuses et le genre. La Stib fera-t-elle appel ou adaptera-t-elle son règlement ? La coprésidente d’Ecolo refuse de "remettre une pièce dans le juke-box" et préfère laisser la Stib décider en son sein : tous les partis y sont représentés.

Des partis qui sont eux-mêmes traversés par différentes approches sur le sujet. Mais Rajae Maouane entend ramener la question au problème de fond : "chez Ecolo, nous défendons les libertés individuelles et le droit à l’autonomie. Notre horizon c’est d’outiller les personnes pour pouvoir s’émanciper. Et qu’y a-t-il de plus émancipateur que le travail ?"

Aujourd’hui, dit-elle, au micro de Thomas Gadisseux dans Matin Première, il reste encore des différences importantes entre femmes et hommes dans le domaine du travail. "Un chiffre : les pensions : 20% de différence au détriment des femmes". Parce qu’elles ont des emplois plus précaires, une carrière incomplète, des temps partiels. "Ce qu’il faut c’est inclure un maximum les femmes au marché de l’emploi. Le foulard ne doit pas constituer une barrière supplémentaire à l’accès à l’emploi. Rendre le marché de l’emploi inclusif, c’est une vraie question et les partis doivent pouvoir s’y atteler de manière sereine et apaisée". Et il faut trancher, hors campagne électorale.

Ecolo n’est pas communautariste

Sérénité, au moment où des accusations de communautarisme fusent à l’encontre d’Ecolo, de la part de plusieurs partis ? "Ecolo n’est pas communautariste". Quant aux propos de Georges-Louis Bouchez (président du MR) renvoyant dos à dos communautaristes de la gauche francophone et extrémistes de droite dans le cadre de l’affaire Jurgen Conings, Rajae Maouane refuse de les commenter "tellement ils sont énormes. Je ne fais pas d’attaques ad hominem. C’est heurtant et grave".

Les déclarations de Georges Dallemagne (cdH), qualifiant le voile de signe de radicalité politique, la coprésidente ne les commente pas plus, et note que "son président de parti lui a répondu et l’a recadré".

La neutralité du service rendu est la chose la plus importante

Quant à la neutralité mise aussi en évidence par le député, déclarant qu’un service public ne peut être neutre que s’il est rendu par des fonctionnaires n’affichant pas leurs convictions, Rajae Maouane répond que c’est un débat important et qu’il faut "le poser et le peser.


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La neutralité se retrouve dans la Constitution, nous voulons chez Ecolo que le service rendu soit neutre, peu importe origine ou conviction. La neutralité du service rendu est la chose la plus importante".

Fatigue démocratique

Revenant sur les manifestations du week-end, notamment d’extrême-droite, en soutien au militaire en fuite Jürgen Conings, Rajae Maouane souligne la "fatigue démocratique" actuelle. "C’est inquiétant. Le constat n’est pas neuf. En 2019 déjà il fallait déjà convaincre les gens de voter. Cette fatigue démocratique a été exacerbée par la crise du covid.

"Nous devons nous donner les moyens, nous démocrates, de résoudre ce problème. Il nous faut écrire collectivement un projet rassembleur et, en tant que nouvelle génération de politiques, nous devons tester de nouvelles recettes par rapport à cette lassitude. Les partis d’extrême droite aujourd’hui arrivent à rendre séduisantes, par la communication, des idées rétrogrades. Il nous faut nous investir dans la communication et, surtout, proposer un nouveau récit commun. Au sortir de toutes les grandes crises, dit-elle encore, il y a un "consensus sociétal qui s’est fait jour à travers un contrat social. Nous demandons de choisir un horizon et faire en sorte que cette crise ne soit pas qu’une parenthèse qu’on refermerait. Il nous faut avoir des pratiques démocratiques plus radicales : ouvrir les parlements, plus de transparence, ce sont de nouvelles pratiques pour rassembler".

Dupliquer l’exemple molenbeekois en matière de vaccination

Quant à la campagne de vaccination bruxelloise qui a connu des couacs, "il ne faut pas le nier", la coprésidente d’Ecolo souligne à présent son accélération et note que de plus en plus de personnes se font vacciner. Si certaines communes sont à la traîne, elle relève l’initiative molenbeekoise d’aller à la rencontre, sur les marchés notamment, des citoyens qui ont raté la première opportunité de vaccination. "On devrait pouvoir le dupliquer dans d’autres communes"

 
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