Racisme: pour Patrick Charlier (Unia), "il faut transformer l'émotion en un plan d'action"

Contrairement à la France, l'Allemagne ou encore aux Pays-Bas, il n'existe, en Belgique, aucun plan d'action contre le racisme. En 2001, la Conférence mondiale contre le racisme préconisait déjà l'adoption d'un tel plan mais dix-sept ans plus tard, il n'a toujours pas été créé chez nous. Pour Unia, le centre interfédéral belge pour l'égalité des chances, les événements de ces derniers jours sont l'occasion de pointer du doigt le manque de volonté qui règne dans ce domaine. "Ce genre d'affaires, il y en a tous les jours, ce n'est pas nouveau. Cette fois, il faut transformer l'émotion en un plan d'action", explique son directeur, Patrick Charlier.

Ne pas relativiser le racisme

Si l'on peut mettre l'inaction de la Belgique en cette matière sur le dos de sa complexité institutionnelle, c'est toutefois un peu restrictif. Pour Patrick Charlier, il y a aussi "un discours qui a tendance à relativiser la question du racisme. Comme Liesbeth Homans (la ministre flamande de l'Intérieur, NDLR), qui disait que le racisme était quelque chose de relatif ou que les personnes qui se plaignent de racisme sont trop dans la victimisation et devraient se prendre en main, trouver un emploi, un logement en faisant face aux discriminations, sans toujours devoir se plaindre. Ce discours relativise l’importance des droits fondamentaux".

Les élections, la bonne occasion?

Avec les élections communales dans un mois et les élections régionales et fédérales en mai prochain, le moment est-il propice pour réclamer un grand plan d'action? "Sur le plan local, oui car on peut aussi adopter à ce niveau des mesures extrêmement claires de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversité. On a formule des exemples à destination des pouvoirs communaux. Au niveau régional et fédéral, on attend des prises de position très strictes en la matière", explique Unia.

Pour cette législature-ci, le doute est par contre permis. D'autant que Zuhal Demir (N-VA), la Secrétaire d'état pour l'égalité des chances, a réaffirmé ce midi son refus d'adopter un tel plan, sur le plateau du Zevende Dag (VRT). "Je ne vais pas faire un plan anti-racisme et revenir sur la définition du racisme. Il ne s'agit pas de cela. Il y a déjà des lois anti-racisme. Moi je veux répondre à la question "comment devons-nous vivre ensemble?"

C'est pour cela que la Secrétaire d'Etat travaille depuis quelques temps à un "plan pour le vivre-ensemble". "Pour l'instant, différents groupes de travail doivent déterminer ce que nous avons tous en commun. Cela ne s'intègre pas dans une loi, il s'agit d'une mentalité", explique-t-elle.

Le plan d'action contre le racisme tant attendu par les associations (et qui doit être élaboré en concertation avec les communautés et les régions) n'est visiblement pas encore près de voir le jour...

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