Rachid Madrane (PS): "Il y a autant d'islams que de musulmans"

Rachid Madrane (PS): "Nous sommes en face d’une génération qui a le sentiment d’être sacrifiée et reléguée."
Rachid Madrane (PS): "Nous sommes en face d’une génération qui a le sentiment d’être sacrifiée et reléguée." - © Tous droits réservés

L’agression d’un élève de l’Athénée d’Anderlecht, la double nationalité, l’inexistence d’une véritable communauté musulmane, le mal de vivre des jeunes… Rachid Madrane, ministre (PS) de l’Aide à la Jeunesse en Communauté française, dit rejeter les solutions toutes faites, reconnaît les torts de chacun et en appelle à la reconstitution du lien entre tous les citoyens.

S’exprimant à propos de la pétition lancée contre un professeur de Athénée d’Anderlecht, Rachid Madrane répond que "si les faits sont avérés, c’est scandaleux et ils doivent être sanctionnés ".

Plus globalement, Rachid Madrane y voit le reflet d’un malaise que l’on n’avait plus vécu depuis de nombreuses années : "Je ne veux pas vivre dans une société où la communauté juive a peur et où la communauté musulmane a honte. Nous sommes en face d’une génération qui a le sentiment d’être sacrifiée et reléguée. Elle éprouve une méfiance à l’égard des adultes, de l’école et de la société de manière générale. "

"Les jeunes ont un sentiments de ‘deux poids, deux mesures’"

Alors que d’autres enseignants, dans d’autres écoles, reconnaissent avoir éprouvé des difficultés à évoquer le débat né après les attentats de janvier, le ministre de l’aide à la Jeunesse dit ressentir "un sentiment de deux poids et deux mesures chez les jeunes ". Il faut, dit-il, les ramener à la citoyenneté : "L’immigration est une chose merveilleuse, notamment grâce à l’école, mais il y a aussi des échecs. Il faut leur expliquer que l’on peut tout critiquer, mais dans le respect. Tous n’ont pas le même capital culturel. Il faut faire preuve de pédagogie. Leur apprendre qu’être citoyen, c’est aussi avoir des devoirs. "

La communauté musulmane n’existe pas

Le problème majeur, pour Rachid Madrane, est que la communauté musulmane n’existe pas : "Il y a autant d’islams que de musulmans. La difficulté dans la religion musulmane est que, faute d’un clergé, il n’y a pas d’autorité morale unique". Raison pour laquelle le gouvernement de la Communauté française a décidé de mettre en place un institut des cadres musulmans. Il en appelle à un "islam conforme aux valeurs que l’on défend, comme la démocratie et l’égalité des hommes et des femmes".

Chacun a sa part de responsabilité

Pour Rachid Madrane, l’Etat n’a pas suffisamment pris les choses en mains. "En 1973 la Belgique a reconnu le culte musulman et remis les clés de la mosquée à l’Arabie saoudite. Ensuite il y a eu les tentatives d’organiser l’islam de Belgique, notamment avec l’Exécutif des musulmans. Mais c’était difficile, il y avait les convertis, les Marocains, les Algériens… Tout le monde voulait être représenté et il y a eu des luttes de pouvoir".

Déchéance de nationalité: ne pas créer deux catégories de Belges

Même si le PS a voté, en 2012, le code de la nationalité qui prévoit la perte de la nationalité belge pour faits de terrorisme, Rachid Madrane craint une législation qui irait trop loin. "Je constate que Koens Geens (ministre de la Justice) et Christine Defraigne (présidente du Sénat) vont dans le même sens". Et de critiquer la perspective avancée par le nouveau gouvernement fédéral de pouvoir retirer la nationalité aux Belges de 2ème et de 3ème génération. "D’autant que leur bi-nationalité n’est souvent pas un choix. Il faut que tous les Belges soient égaux devant la loi".

A propos des "Assises de l’interculturalité" du MR, Rachid Madrane évoque l’idée, émise par le président du MR Olivier Chastel, de rembourser différemment la circoncision présentée comme une pratique cultuelle. "Ce qu’il faut, c’est un parcours d’intégration pour les primo-arrivants. L’enjeu est tellement important qu’il faut sortir des postures. La communauté musulmane doit faire son examen de conscience. Retroussons-nous les manches, travaillons ensemble pour renouer le dialogue entre tous les citoyens."

Jean-Claude Verset

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