Rachid Benzine: la violence n'est pas inscrite dans le Coran

Le philosophe Rachid Benzine
Le philosophe Rachid Benzine - © RTBF

Le philosophe Rachid Benzine juge que le texte du Coran est mal compris des jeunes. Une incompréhension due à un manque d'outil. Selon lui l’islam n’est pas une religion née dans la violence, ni porteuse de celle-ci. Ce philosophe, islamologue, penseur de l’islam et auteur de "Le Coran expliqué aux jeunes" donne actuellement à Bruxelles une série de 5 conférences sur le Coran. Une manière de l'expliquer, d'interroger les jeunes et de revenir au fondement historique du texte.

D’emblée, il pose le constat de l’incompréhension du texte coranique : "À la fois des musulmans qui ont tendance à en faire une lecture directe car ils n’ont pas les outils nécessaires et par d’autres qui ont peur de l’explosion d’un certain type d’islam en contexte international. Ils pensent que la violence du moment est dans le texte du Coran."

Or le philosophe explique que lorsque l’on n’a pas de grille de lecture, il est difficile d’appréhender le Coran dans son contexte.

Revenir au contexte historique

Pour Rachid Benzine, le Coran reflète un état de la société : "La société du 7ème siècle d’Arabie. Une société tribale, avec une économie de survie où la vie de chaque homme compte. Le Coran montre la difficulté de certains à s’engager dans le combat car s’engager dans le combat, c’est prendre le risque de mourir, de manquer aux siens et d’affaiblir son propre camp."

Face au contexte actuel de violence, bien souvent mis en relation avec l’islam, le philosophe dénonce l’absurdité de penser que l’islam est né et contient de la violence.

"L’islam n’a pas été convertisseur. Si vous prenez par exemple l’empire Omeyyade de 650 à 660 après la mort du prophète, pour devenir musulman il fallait appartenir à une famille arabe. Il est donc difficile de comprendre comment, à partir de cette soi-disant violence, on peut construire une si grande civilisation."

Pour lui, ce sont les soubresauts de ce que nous vivons depuis une cinquantaine d’années qui font appel à des textes illégitimes: "L’islam premier, celui de Mohammed a été très peu violent. (…) On convoque le passé de manière fantasmagorique pour justifier le présent."

Vision littéraliste vs vision historique

"La vision littéraliste est en contradiction avec la tradition historique. Il y a une rupture." De part ce constat, il ne voit pas en quoi l’État Islamique par exemple, justifie le fait d’aller brûler un pilote jordanien "alors que le Coran historique relate une société où la vie est importante. Et puis il ne faut pas confondre la violence d’un discours qui traduit souvent une menace parce qu’il y a une difficulté de passer à l’acte avec l’action réelle. Donc il ne faudrait pas prendre le virtuel du passé pour le réel du passé."

Comme expliquer ce déficit de compréhension de l’islam en Europe ?

"On a toujours traité la question de l’islam comme un élément autre. On n’a pas pris en compte le décalage historique de ces pays et de la population de ces pays." En Europe de manière générale, on continue selon lui à raconter l’histoire mythique de l’islam sans prendre en compte son caractère historique.

Le manque de remise en contexte historique, il l’invoque également lorsqu’il parle des caricatures et de leurs interprétations: "Ici aussi, il y a un manque d’histoire. A l’intérieur du Coran il y a l'histoire du prophète qui se fait insulter. Je donne souvent l’exemple dans la sourate 108 verset 3 'celui qui t'insulte, c’est lui le châtré.' Être châtré c’est être castré dans la mesure où le prophète n’a pas de descendance mâle qui lui survit. Dans cette société, ne pas avoir de descendance mâle, c’est une malédiction. Le Coran répond par le discours. Face à cette violence du discours, on répond par une autre violence. Le croyant a toujours tendance à se faire une représentation de Dieu, de son prophète. Il prend alors le risque d’idolâtrer la représentation qu’il s’en fait. La caricature évite cette idolâtrie."

Une caricature qu’il juge nécessaire dans la mesure où elle traduit une attitude critique du croyant vis-à-vis de son prophète.

Christianisation de l’islam

"Le mot islam, ces trente dernières années, a supplanté Allah, Dieu. Il y a eu une sorte d’inversion de hiérarchie et aujourd’hui le prophète est en train de supplanter la figure de Dieu. Ce n’est plus Dieu et son prophète mais plutôt le prophète et son Dieu. On assiste à une sorte de sanctification de la figure du prophète comme celle du christ. Une sorte de christianisation de l’islam, une judaïsation de l’islam par l’excès de normes."

"L’école se doit de protéger les élèves"

Rachid Benzine travaille également avec des jeunes élèves dans différentes écoles suite aux attentats de Charlie Hebdo. Une manière de les laisser s’exprimer, de pouvoir rebondir face à leur discours bien souvent radical et de leur donner les outils pour comprendre. Bien souvent, selon lui, "les jeunes sont dans l’émotion et ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent. Nous, en tant qu’enseignant, on doit pouvoir les aider. Lorsque on dispose d’un certain nombre d’outils on peut leur dire ‘regardez il y a des choses que vous ne connaissez pas de votre histoire.’ Les gamins sont saturés par les images et ce qu’ils entendent. Ils deviennent des victimes de ces discours. L’école se doit de les protéger."

A. Glaudot

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK