Quotas de femmes dans les Collèges: "La Belgique est en retard en termes de représentativité"

Les députés wallons veulent plus de femmes dans les collèges communaux et provinciaux, Jacqueline Galant est contre le principe, mais elle a quand même voté pour, ce qui est quand même assez paradoxal. Le texte prévoit qu'après les élections d'octobre 2018, tous les collèges communaux et collèges provinciaux compteront au moins un tiers des femmes, ou bien un tiers d'hommes s'il y a une majorité de femmes, ce qui est plutôt rare

Dans la nouvelle séquence "Le parti pris" de Matin Première, Sophie Heine, auteure, consultante et chercheuse associée à l'université d'Oxford et François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l'université de Liège et à Sciences Po Paris, donnaient un avis tranché sur la question, comme ils le feront désormais chaque vendredi dans cette séquence.

Sophie Heine est résolument pour ce genre de mesure, même si elle se limite actuellement au niveaux communal et provincial: "On sait qu'il y a, de manière générale, une sous-représentation des femmes dans les sphères politiques et dans les sphères exécutives, qui n'est pas liée à une incompétence. De nombreuses études montrent qu'il y a un pool, un terreau de femmes pas seulement militantes, mais formées et compétentes.

Mais il y a toute une série de discriminations, de barrières, de désavantages sociaux et de stéréotypes que subissent les femmes dans la société, qui peuvent les empêcher elles-mêmes de poursuivre certaines carrières et aussi qui peuvent justifier leur écartement, voire leur éviction.

Et donc des mesures-là comme les quotas peuvent contribuer à avancer dans une représentation un peu plus égale des hommes et des femmes en politique."

Aucune femme dans les dirigeants des 10 plus grandes villes du pays

François Gemenne insistait, lui, sur le problème de représentativité actuel: "Sur les dix plus grandes villes du pays, combien sont dirigées par des femmes ? Zéro. Et la Belgique qui se targue d'être souvent en avance sur ses voisins européens sur toute une série de réformes éthiques est très en retard sur cette question de la représentativité des femmes en politique. Nous n'avons jamais eu de femme Première ministre et dans les exécutifs, il y a manifestement un grand déficit de femmes, alors que deux des plus grands pays européens, l'Allemagne et l'Angleterre, sont aujourd'hui dirigés par des femmes. Et donc, les quotas sont sans doute un moyen de forcer cela et d'amorcer un peu cette représentativité. Même si c'est dommage de devoir en arriver là pour quelque chose qui devrait être assez naturel dans la société".

Cela va libérer toute une série de choses

Quant au risque, à compétence inférieure, de choisir une femme parce qu'il faut remplir ce quota, François Gemenne le reconnaît mais estime:  "Il faut se dire que c'est une façon d'amorcer les choses et de visibiliser cela. Cela va donner aussi l'impression à ceux qui font partie de ces minorités — les femmes en politique dans ce cas-ci — qu'elles aussi peuvent accéder à ces postes et je crois que cela va libérer toute une série de choses".

D'autant que, insiste Sophie Heine, "il n'y a pas un problème d'incompétence des femmes en politique. Ça, c'est un argument très ancien, qui était utilisé par les courants qui voulaient s'opposer à la montée des femmes en politique et qui justifiaient en général leur incompétence par le fait qu'elles étaient meilleures dans d'autres sphères professionnelles, voire dans la sphère domestique. Un argument typiquement conservateur qui revient régulièrement et qui a un fond essentialiste très problématique. Car les femmes sont aussi compétentes que les hommes en politique". "Ou aussi incompétentes" conclut François Gemenne en clin d'oeil....

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