Qui veut changer le "sexe linguistique" d'Elio Di Rupo ?

Elio Di Rupo, le futur probable Premier ministre
Elio Di Rupo, le futur probable Premier ministre - © RTBF

Le futur probable Premier ministre Elio Di Rupo sera-t-il un "asexué linguistique"? Certains Flamands souhaiteraient lui faire payer sa mauvaise connaissance supposée du néerlandais en le considérant comme un francophone. Ce qui signifierait un portefeuille en moins pour les partis du sud.

Les accords continuent à être engrangés entre les négociateurs pour le prochain gouvernement et la question de la composition de ce dernier commence à se poser. Depuis de nombreuses semaines, tout le monde semble penser que le formateur Elio Di Rupo sera le prochain Premier ministre. Mais, pour certains en Flandre, la médiocre connaissance du néerlandais du président du PS empêcherait qu’on puisse le considérer comme "asexué linguistiquement". Dans ce cas, il serait versé dans le quota des ministres francophones.

L’article 99 de la Constitution prévoit : "Le Conseil des ministres compte quinze membres au plus. Le Premier ministre éventuellement excepté, le Conseil des ministres compte autant de ministres d'expression française que d'expression néerlandaise". Le Premier ministre est ainsi considéré comme "au-dessus de la mêlée", mais cette disposition est facultative. Dans les faits, depuis 1970, presque tous les prédécesseurs d’Elio Di Rupo ont été considérés comme "asexués linguistiques". Il faut cependant noter des exceptions. Paul Vanden Boeynants, francophone, lorsqu'il est redevenu Premier ministre en 1978-1979. Guy Verhofstadt lorsqu'il était rappelé pour diriger un gouvernement en 2007, durant 3 mois, après l'échec de l'orange-bleu. Et enfin, en 1973-1974, Edmond Leburton, le dernier Premier ministre wallon et socialiste.

Toujours est-il que, si Elio Di Rupo était considéré comme un ministre francophone, son gouvernement ne devrait avoir que 14 membres maximum, afin de respecter la parité linguistique. Cela signifierait un portefeuille francophone de moins.

CD&V : un pays à majorité flamande

Même si ce sont certaines personnalités du CD&V qui ont lancé le débat du nombre de ministres, le sénateur social-chrétien flamand Rik Torfs a déclaré ce mardi sur Bel RTL "à titre personnel", que le Premier ministre doit faire partie intégrante de l'équilibre entre Flamands et francophones dans le futur gouvernement. "Une majorité de ministres francophones serait assez curieuse, dans un pays où la majorité est flamande", a-t-il relevé. A ses yeux, cette demande ne peut pas être considérée comme vexatoire par les francophones. "La parité n'est jamais vexatoire". Rik Torfs a par ailleurs relativisé la faible capacité d'Elio Di Rupo à parler néerlandais. "Cela fait partie de sa personnalité, c'est relativement folklorique et ce n'est pas un signal très fort pour les Flamands, mais le contenu de ce qu'il dit est plus important que la forme", selon le sénateur.

Le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme, CD&V lui aussi, a déclaré sur une chaîne de télévision néerlandaise que la faible connaissance du néerlandais d'Elio Di Rupo pouvait poser un problème même si la bonne volonté du président du PS n'était nullement en cause. "C'est surtout important que, maintenant, l'on mène des politiques mais je pense en effet que la connaissance imparfaite du néerlandais, en ce qui concerne Elio Di Rupo, est un point qui peut poser problème. Si le gouvernement cherche une assise dans la société, il est clair que, quand son dirigeant a des difficultés à parler la langue de la majorité de la population, ça peut poser un problème", a-t-il affirmé. Chez les démocrates-chrétiens flamands, on insiste par ailleurs sur le signal positif que constituerait la réduction du nombre de ministre en ces temps de rigueur budgétaire.

Open Vld: rien de grave

L'Open Vld, déclare ne pas vouloir entretenir ce débat en public alors que des négociations sont en cours. Le ministre libéral flamand démissionnaire Vincent Van Quickenborne relativise dans "Le Soir" de ce mardi les capacités linguistiques d’Elio Di Rupo : "Moi aussi je fais des erreurs dans la langue de Voltaire ! Et alors ? Elio Di Rupo a fait des progrès. Ce n’est pas parfait, il peut s’améliorer mais il n’y a rien de grave. En négociations, il n’a jamais eu besoin de traduction", assure-t-il.

sp.a : 13 ministres, alors...

Quant au président du sp.a, Bruno Tobback, il insiste dans "De Morgen", sur cette tradition qui prévaut depuis 30 ans, selon laquelle le Premier ministre est "neutre linguistiquement". Si l'on veut moins de ministres, alors il ne faut en désigner que 13, précise-t-il.

Cette polémique n’existe pas du côté des partenaires francophones. Ils ne voient pas pourquoi l'on devrait brusquement changer les règles du jeu à l'heure où un francophone pourrait devenir premier ministre.

PS : pour l'ensemble de la Belgique

Le président socialiste de la Chambre, André Flahaut, rappelle qu'un élu fédéral est élu pour l'ensemble de la Belgique, d'où qu'il vienne. "Il y a eu des gouvernements où des Premiers ministres étaient néerlandophones, d'autres des francophones. Un élu pour le fédéral, c'est un élu du fédéral, je suis député du Brabant wallon mais je suis député pour l'ensemble de la Belgique... Que l'on soit germanophone, francophone, Bruxellois, Wallon ou Flamand, un Belge est un Belge, il n'y a pas de raison d'avoir des règles différentes", a-t-il déclaré sur Twizz Radio.

cdH, MR : ne pas changer les règles

Tant le président du cdH, Benoît Lutgen, à son arrivée à la présidence de la Chambre, que le secrétaire d'Etat Melchior Wathelet sur les ondes de la RTBF, ont été clairs: il n'y a pas de raison que le gouvernement ne compte pas 15 membres et que le futur Premier ministre ne soit pas considéré comme asexué linguistique.

Même son de cloche au MR : les occasions récentes dans lesquelles le Premier ministre était compté dans un quota linguistique étaient spécifiques, fait-on remarquer. Il s'agissait de gouvernements de transition. Or, l'objectif poursuivi par les partis qui négocient actuellement est la formation d'un gouvernement pour toute la législature.

A.L.

Yves Leterme à propos du néerlandais d'Elio Di Rupo.

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