Qui se cache derrière le collectif "L'abîme", organisateur des rassemblements au Bois de La Cambre ?

Qui se cache derrière le collectif "L'abîme", organisateur des rassemblements au Bois de La Cambre
Qui se cache derrière le collectif "L'abîme", organisateur des rassemblements au Bois de La Cambre - © HATIM KAGHAT - BELGA

Le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close estime "irresponsable et inconsciente" l’attitude de ceux qui ont appelé jeudi à se ressembler au Bois de la Cambre pour démontrer l’absurdité de certaines mesures anti-covid. Au point qu’il parle de réclamer aux organisateurs le paiement des dégâts occasionnés par l’attitude d’une partie des participants. La volonté est clairement d’éviter la multiplication de faits analogues alors que les organisateurs ont laissé entendre que d’autres rassemblements seront organisés. Un autre rassemblement est d’ailleurs déjà prévu.

Sortir de l'ombre si un coupable devait être désigné

Désormais, le "faux" événement lancé le 1er avril, a donné lieu à un vrai rassemblement qui a entraîné de fait un trouble à l’ordre public. Malgré la panoplie carnavalesque utilisée par les organisateurs pour se dissimuler le visage lors d’un contact presse, l’appel lancé sur les réseaux sociaux et les nombreux échanges entre les personnes mises dans la confidence, font de l’identité de ces personnes un secret devenu relatif. Les autorités judiciaires auront dès lors peu de mal à les identifier si les moyens d’enquête sont mis sur ce dossier.


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De toute manière, les principaux concernés semblent prêts comme ils l’ont indiqué sur leur site à assumer leurs actes en cas de dérapage : " Si un coupable devait être désigné, notre collectif endosserait la responsabilité. Nous ne nous cacherons pas derrière un poisson d’avril. Nous sommes prêts à devenir les martyrs des fêtes sauvages car cette cause est noble et plus que jamais d’utilité publique". On devrait donc assez rapidement savoir si les incidents de jeudi soir sont jugés suffisamment sérieux pour que le collectif "L'abîme" sorte de l’ombre…

Un "syndicat" des professionnels de la nuit

Tout donne à penser que les organisateurs de ces événements sont en relation avec des professionnels du monde de la nuit (concerts, festivals, théâtre, etc.…). Sur leur site, l’un de leurs éléments programmatiques va dans cette direction : "Nous allons mettre sur pied un syndicat de la Nightlife bruxelloise pour représenter les noctambules et les professionnels du secteur afin que le couvre-feu et la fermeture des lieux de fêtes et de culture ne soient plus jamais d’application". Derrière les nobles intentions affirmées en faveur de la liberté et la tolérance pour les jeunes "au bord du burn-out" pourraient se cacher aussi des intérêts plus mercantiles.

Enfreindre une mesure liberticide

L’intention officielle des organisateurs est affirmée sur leur site. Il s’agit de remettre en cause l’interdiction des rassemblements à dimension récréative et culturelle. Voici ce qu’on peut lire sur le site où ils appellent à se rassembler à nouveau : "Nous ne sommes pas des hors-la-loi mais le contexte actuel nous amène à enfreindre une mesure que nous estimons liberticide". On se situe sur le registre de la désobéissance civile avec une référence à des décisions de justice récentes qui vont dans la direction d'une remise en cause du caractère légal des mesures prises. Et le collectif de se déclarer apolitique : "Notre collectif se veut apolitique, mais l’interdiction de faire la fête est devenue malgré nous une affaire politique, une décision prise sans aucune concertation avec les députés, ni avec les citoyens ou les acteurs de la nuit". L'objectif est ensuite clairement réaffirmé : "Cette fête sera donc aussi un mouvement citoyen de désobéissance civile qui dansera pour récupérer son droit à se réunir".

Forcer un changement de politique en rendant la mesure ingérable

La stratégie est-elle de forcer un changement de politique en rendant les mesures actuelles impossibles à gérer pour les autorités publiques ? En multipliant les événements "hors contrôle", un nouveau mode de régulation pourrait être alors proposé… Une approche risquée sur le plan de la responsabilité civile car les organisateurs n’ont aucun contrôle effectif de ce qui pourrait se passer au cours de ces rassemblements. Pénalement, chaque organisateur risque au moins une amende pour non-respect des règles Covid mais la note pourrait être beaucoup plus élevée sur le plan civil si des dommages sont imputables aux organisateurs.

Liberté d’expression et d’association garantie par la Constitution

Juridiquement, les libertés d’expression, d’association sont garanties par la Constitution. Et des mesures d’interdiction ne peuvent être prises que pour des raisons exceptionnelles donc forcément limitées dans le temps. Les organisateurs estiment que leur invitation s’inscrit dans ce cadre et ne met pas en danger la santé publique. Ils prennent appui sur un événement du même type qui n’aurait occasionné aucun dommage sur le plan sanitaire : "La rave organisée le soir du réveillon en Bretagne n’a généré aucun cluster malgré les milliers de participants non masqués réunis trois jours d’affilée. Et dans un lieu clos".


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A partir d’un cas précis pour lequel il est en réalité impossible de vérifier si des personnes ont été ou non atteintes du Covid, les auteurs du texte s’exonèrent des risques engendrés par leurs appels : "Nous invitons toutes les personnes qui le souhaitent à suivre les mesures sanitaires. Nous sommes contre les clivages et pour la tolérance. Mais notre rôle n’est pas d’endosser celui de la police et nous invitons chacun à prendre ses responsabilités". Dans cette déclaration, les organisateurs ne donnent aucune consigne sanitaire, laissant le libre choix aux "personnes qui le souhaitent" de se protéger. 

Une jeunesse qui ne serait pas menacée par le virus

Pour inciter les jeunes à se retrouver, les organisateurs ont opté pour un message univoque et donc forcément réducteur : "Une jeunesse qui s’est déjà beaucoup sacrifiée alors qu’elle n’est pas menacée par ce virus". Et d’inviter police, justice et politique à faire preuve de tolérance à l’égard de ces jeunes au bord du burn-out. Or si les experts en santé publique reconnaissent que les jeunes ne sont pas les plus exposés aux conséquences graves du virus, ils ne préconisent pas pour autant la levée des mesures générales de protection. Car le virus pour se propager se sert de toutes les personnes sans distinction d’âge. Sans compter que les jeunes qui se rassemblent ont des parents et des grands-parents…

Extraits de notre JT de 19h30

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